A.B. Ladji Coulibaly

A.D.O, la gare s’est transportée sur la route

Une gare à Abidjan Ph. Badra
Une gare à Abidjan Ph. Badra

Madame la Ministre, Honorable député,

Ceci est surement la dernière lettre, de la série que je vous expédie. L’aventure de mon ami et moi, vient de prendre fin. Nous sommes dans notre Abobo, l’oublié. Mais le chemin qui nous y a conduits, nous a offert d’apprécier vos actions. Bravo.

Comme vous avez dû le lire, mon ami du jour était dans un état qui ne nous permettait pas d’envisager le trajet direct. La diarrhée est une chose impolie, impudique, dont on ne se débarrasse pas aussi rapidement. Elle peut récidiver sans avertir. Ses attaques sont imprévisibles comme celles des Microbes.

Mon ami, n’était pas prêt à sortir de son mal. Du moins, sa diarrhée, n’en avait pas encore terminé avec lui. Quand elle décida de manifester son imminente venue, nous étions au carrefour Dokui, juste après l’immense clôture du camp de Gendarmerie d’Agban. Vos bulldozers avaient laissé un immense espace qui servait de gare au nombreux woro woro jaunes de Cocody.

#La gare a envahi les trottoirs.

Avant, ils étaient dans leur coin. Ils ne dérangeaient presque personne, vu qu’ils occupaient un espace que les syndicats avaient aménagé. Cet espace est désormais ceint par une clôture de fortune qui a dû coûter cher à l’Etat. Je suppose. Les brousses qui environnaient les flancs des collines qui dominent l’espace, offrent une belle verdure, qui pourrait servir à mon ami, à l’occasion.

Descendu du Gbaka sans avoir atteint la destination, il s’y était dirigé avec la précipitation qu’oblige toute diarrhée. Ma seule inquiétude, c’était qu’il arrive à enlever sa ceinture avant de prendre la position de la liberté que recommande la nature pour exécuter la tâche qui le pressait.

En bordure de route, je me suis rendu compte de la ribambelle de véhicules jaunes qui avaient occupé les deux cotés du trottoir. Diantre, que fait-on du droit du piéton ? Pauvre de lui, s’il ne fait attention, ce sera tant pis pour lui. On ne joue pas avec un quatre roues. Alors bipède, arrangez-vous pour trouver un autre chemin. La gare a été totalement et officiellement transportée sur la route, tandis que l’espace ceint attend de mauvais gazons. Ces gazons de mauvaise qualité et de mauvaises souches qui dégradent la beauté de la devanture du ZOO d’Abidjan. Mais pourquoi Madame ? Le gazon, ça ne se mange pas en Afrique. On n’en a que faire. Vous même regardez combien de fois sur le Latrille et combien fut désastreux, tout projet de terrassement par le gazon, ces espaces qui n’en veulent pas. Entre St Jacques et le Carrefour la vie, l’investissement fut un échec visible à Cocody.

Honorable, chère Madame, l’idéal serait que vous aménagiez mieux l’espace qui ne servira à rien avec son gazon, en une gare ordonnée. Cela éviterait l’envahissement des trottoirs. Nous restons dans l’attente de vos prochaines actions en cet endroit. Comme c’est la mode, nous espérons que vous ne direz pas que vous êtes #surprise. Mais continuons avec mon ami.

Le temps qu’il mettait commençait à m’inquiéter. Sa communion avec la nature, derrière un bosquet ou une touffe d’acacia – je ne sais pas – prenait du temps. Aussi il fallait craindre qu’il soit surpris par un Syndicat, une fille, ou je ne sais qui d’autre qui pourrait, sans connaître la raison de sa présence là, lui lancer une injure ou des mots mal placés. Mais l’inquiétude fut de courte durée. Je le vis revenir avec un visage moins tendu et le sourire sur le visage. Il fallait faire une autre courte distance par mesure de prudence. Mais encore, la diarrhée venait de récidiver. Quel poisson mal braisé, l’ami avait-il ingurgité la veille ? Allah seul sait.

#La poubelle devant le ZOO

Route du Zoo
Route du Zoo

Devant le Zoo d’Abidjan, des hommes en tenue, surement des militaires, s’occupaient du reste du nettoyage. Ils apprêtaient le terrain pour le futur gazon. Déjà devant le Zoo national d’Abidjan, des sachets avaient commencé à s’installer entre les pieds des herbes-gazon. Cet espace vert qui est institué et qui ne va pas durer à cause des gbaka qui y stationnent bon gré mal gré. Ils sont toujours indisciplinés. Ils sont impolis. Ils sont toujours pressés, car comme vous le savez aussi bien que moi, avoir un emploi est devenu cailloux, alors, s’ils ne veulent pas que le djoulatché dans sa furia leur enlève ses clés pour recette non complète, ils vont tout gnagamis sur leur passage.

Il vaut moins les craindre que les vendeurs et vendeuses ambulantes qui on été chassées. Le dioula est opportuniste, c’est pourquoi le bété ne l’aime pas. Ce n’est pas de moi ho, c’est Feu Kourouma qui l’a écrit dans un de ses livres. Il sait s’installer, se fondre dans le décor, mais jamais avec discrétion. Quand vous verrez mes sœurs avec des hangars et tables démontables, transportables, amovibles, vous comprendrez. Mes sœurs sont les championnes de l’adaptation en tout lieu et de tout commerce. Aujourd’hui vous détruisez leurs magasins, hangars d’habits. Demain, elles reviennent à la même place avec un tabouret et quelque échantillon. Avec le temps le tabouret devient table, puis la table devient baraque, avant qu’un soir, la baraque se surprend d’avoir des murs en brique et des vraies tôles sur une caisse métallique flanquée d’un vrai cadenas, et hop, ce qui avait été détruit est réhabilité.

Je disais que lorsque vous êtes devant le Zoo, des vendeurs de yaourt de toutes sortes vous envahissent. Achetez en, buvez en. Le sachet vous restera entre les mains. Car dans vos nombreux travaux, vous n’avez pas envisagé, jusque là, de mettre de simples poubelles, au fil des casses, pour tester la bonne foi de l’ivoirien. Cassez aujourd’hui. Ils reviendront. Car jamais il n’y a de suivi. Jamais avant de casser le budget qu’il faut pour valoriser n’est prêt. Et toujours, les hommes en tenue, en charge de réprimer les récalcitrants, sont corrompus. Vous-même vous constaterez avec les ivoiriens.

A bientôt. En espérant que vous me lirez. Cordialement.


A.D.O: La diarrhée est un mal impudique et imprévisible

Sur la bande cotiere, tout espace est bon pour se soulager (Ph.ABC)
Sur la bande cotiere, tout espace est bon pour se soulager (Ph.ABC)

Honorable, chère Madame la Ministre Anne Désirée Ouloto (ADO)

La diarrhée est un mal qui frappe sans coup férir. Nous avons vécu des instants d’inquiétude, j’ai donc décidé de vous narrer l’aventure douce et amer de mon ami.

Quand je dis nous, je parle de tous ceux qui ont au la chance de tomber sous le charme d’une ville d’un autre pays, que le sien.

J’avais promis de vous envoyer, malgré mes doutes sur la qualité de la transmission de la Poste, mes diverses remarques et expériences dans nos villes et sur vos actions.

Ce jour, je vous raconte, si vous me le permettez et si vous avez le temps de lire par vous-même ma missive, la belle histoire d’un citoyen frappé du non moindre malheur qui s’appelle diarrhée.

Nous sommes partis ce matin là du Campus de l’Université Nouveau Départ FHB de Cocody-Abidjan. Ce n’est pas que mon ami et moi sommes étudiants pour toujours continuer à pleurer, mais parce que Allah dans son immense Bonté nous a dit que c’est là que notre pain quotidien sera fabriqué. C’est donc par devoir que nous y étions.

Savez-vous surement les problèmes que nos petits frères y rencontrent. En ce moment à l’UNDFHB où tout est bling-bling, rien ne va depuis que notre présidente est devenue ministre. Jusque là les camarades l’ENS, promotion Sidibé Valy, après avoir vaillamment servi la République n’ont rien reçu de leur prime. Aussi on veut chasser les étudiants, les enfants des gens, de ceux qui ont voté ou non le PRADO en pensant qu’il apporterait des vraies solutions au problème de l’école ivoirienne. Il y a aussi les Camarades des je ne sais combien de syndicats nées au gré des frustrations. Les enfants d’une même mère qui veulent chacun tout à la fois et qui se fragmentent pour troubler le sommeil des pauvres oreilles des autorités universitaires. Les raisons de leur colère, si on y prête attention sont légitimes. Ils ne veulent qu’une seule chose : que l’université soit normale dans ce pays pour foutre la paix à nos oreilles.

Au risque de me perdre, revenons à nos moutons. Je disais qu’au nom d’une certaine #Francophonie et de ses #Jeux on veut vider les étudiants de leur Résidences pour encore environs 10 mois, pendant que ces derniers sont loin d’avoir fini leur classes de l’année en cours. L’Université du Nouveau départ est parti du mauvais pied, malgré les deux ans de fermeture pour réhabilitation. A qui la faute ? Dans tous les cas, c’est le pauvre qui a toujours tort. Il a toujours tort parce que le politicien, pense toujours qu’il est mieux placé pour décider de ce qui est bon pour les pauvres. La Francophonie je ne sais pas si elle est au courant, mais je me souviens qu’une des valeurs qu’elle promeut est l’éducation. Alors comment comprendre qu’en son nom, de pauvres étudiants, pendant qu’ils partent à l’école soient foutus dehors, parce que les étrangers de la Francophonie doivent être privilégiés. Et on va nous convaincre que c’est bien, que c’est normal, que tout ira bien dans le meilleur de ce monde. Bon Allah connait le destin des hommes et le vrai dessein de leurs actes.

Ce matin, il y avait plein de policiers encore. Allah seul sait pourquoi. Les policiers font leur loi sur la Cité. Dieu merci, je n’ai jamais compris le sens de franchise universitaire dont les syndicats estudiantins réclament toujours l’application. Et comme ceux-ci, nos CRS, du haut de leur BEPC, flanqués d’armes lourdes avec lesquelles ils se pavanent comme dans un Far West, dans un milieu d’intellectuels, ne savent pas distinguer qui est qui dans l’espace de l’Universitaire quand la FESCI et ses collègues, leurs foutent la frousse, la sagesse de revenir d’où nous sommes partis, nous a animé.

Je n’imaginais pas la gène dans laquelle, mon ami se trouvait. J’alimentais la conversation, et jusqu’à ce que je découvre son malheur, il a fait preuve de courage. Dans le Gbaka où nous nous sommes installés, il avait le visage radieux, le sourire au rendez-vous. Mais rien des goutes chaudes qui dégoulinaient et des ses tortillement discrets n’avaient réussi à m’interpeler, à m’habiter d’un brin de soupçon. Sinon je lui aurais peut-être donné des leçons rapides, du genre : Comment se positionner pour faire remonter la diarrhée dans un véhicule ? Comment respirer pour ne pas fait le pet urgent qui peu être désastreux ? Comment maintenir le sourire quand l’anus a du mal à respirer…Mais toutes ces leçons, mon ami les a apprises par intuition. Normal. Entre ami on apprend à se connaitre. Il a du aussi apprendre de moi en certaine circonstance, de nombreuses choses.

Entre l’Ecole de police et la CIE à Adjamé, le trajet fut ponctué de plusieurs arrêts qui sans doute, faisaient bouillir à l’intérieur mon ami de colère et d’impatience. Ils maudissaient, sans le vouloir, ceux à cause de qui le véhicule devait s’immobiliser. En son fort intérieur, il avait ses plans de descentes, avait nul doute déjà cartographié et verrouiller l’axe de son trajet vers les toilettes les plus proches, l’éventualité des broussailles en cet Abidjan étant à rejeter, et mesuré le temps qu’il lui fallait pour atteindre ce lieu où le saint trous se trouvait ainsi que la distance.

Après moult arrêts, d’innombrables coups brusques de freins et d’accélérations dangereuses, nous voici sur le pont conduisant à La Liberté. Mon ami avait arrêté de parler, de me répondre, de critiquer la mauvaise conduite du chauffard qui nous emportait. La couleur noire de son visage variait d’un bon du vehicule à une déviation de nid de poule. Sur le pont, la véhicule s’immobilisa une  fois de plus, non point pour laisser descendre un passager, mais pour suivre le rythme de l’embouteillage que cet endroit connait, parce que des policiers véreux, qui s’y trouvent souvent, refusent de faire leur travail. L’apprenti en ces moments, opportuniste, comme ils le sont tous, crie : Terminus. Les tchruus sortent des gorges. Pendant ce temps, mon ami avait disparu sans que je ne sache comment.

De loin je l’aperçu se faufilant entre véhicules et piétons dans la direction de La Liberté. Il se laçait surement du rythme de cet embouteillage qui semblait ne pas vouloir finir. Son sac en main, je l’admirais au loin planer, sans même jeter un coup d’œil ni à gauche, ni à droite. Il avait, comme une fusée lancée un objectif à atteindre. 10 minutes plus tard, mon cellulaire crépite. Au bout du fil, il m’annonce être dans des toilettes non loin de l’ancien cinéma Liberté. Je m’y rends à la hâte, un peu soucieux, mais ayant tout de suite compris pourquoi, il s’en était allé sans dire mot du Gbaka.

Madame la Ministre, la fâcheuse déconvenue, qu’a connu mon ami aurait pu se régler si quelqu’un du sommet de l’Etat, avait pris le soin de penser à des toilettes publiques disséminées un peu partout en Abidjan. Des toilettes qui relèveront de l’initiatve de l’Etat, comme on en trouve dans les gares de métros, dans les parcs, sur les voies publiques dans les pays où tout est pris au sérieux. Des endroits où les gens peuvent se soulager, uriner, sans avoir à risquer l’humiliation. Construire des toilettes, c’est aussi offrir à la jeunesse ivoirienne des emplois. Gérant de toilette. Ce n’est point un sot métier, encore moins un métier pour telle ou telle nationalité. Les toilettes publiques semblent nourrir leur homme. Un travail que j’aurais eu du plaisir à faire si papa n’avait pas eu la clémence de me mettre à l’école des blancs. Maintenant pour moi, il est tard pour envisager ce métier. Mais je crois que c’est un secteur juteux, vers lequel l’Etat pourrait aussi orienter les jeunes, au lieu de compter le nombre de greffeurs d’hévéa formés, parmi les plus d’un million d’emplois dit offerts.

Les toilettes qui existent sont, sont tenues par des ressortissants d’autres pays qui en ont fait un objet de commerce juteux. Quand je vois l’eau qu’ils gaspillent en longueur de journée, je me demande leur type d’abonnement SODECI. Mais la lourdeur des bananes qui enlacent leur Gérants, en dit long sur les recettes journalière. Taxi clé en mains, Boutique clé en main, pourquoi-pas songer à des Toilettes clé en main – pour la santé de nos villes et le malheur des pisseurs passe partout – en lieu et place de ces Containers placés ici et là dans la ville d’Abidjan ?

Mon ami avait fini, par se débarrasser de l’épine qui l’empêchait de mener une conversation normale. Je le sentais à nouveau jovial et souriant. Il était devenu subitement léger comme une plume. La diarrhée développe en l’humain, qui qu’il soit, des réflexes extraordinaires. Elle m’a permis de découvrir en mon ami balourd, sa prouesse au sprint. Nous étions maintenant dans un autre Gbaka en direction d’Abobo par la Zoo, non sans avoir invoqué la clémence du bon Dieu, de nous préserver d’une telle aventure diarrhéique. Chemin faisant, nous avons une fois de plus admiré les traces de votre passage. Surement l’objet de ma prochaine correspondance.

En vous souhaitant bonne lecture, à très bientôt.


ADO : déguerpir n’est pas résoudre, les bulldozers ne font que déplacer

 

Abidjan, Rond point de la Liberté, Adjamé. Ph.Ladji Siratigui
Abidjan, Rond point de la Liberté, Adjamé. Ph.Ladji Siratigui
Anne Desiré Ouloto (ADO) Ministre ivoirien de la Salubrité (Ph.Google)
Anne Desiré Ouloto (ADO) Ministre ivoirien de la Salubrité (Ph.Google)

Première Lettre en saison post-pluie à ADO, Ministre de la Salubrité Urbaine

Déguerpir n’est pas résoudre. Les bulldozers ne font que déplacer ce qui reviendra au galop.

Madame la Ministre, Honorable, Anne Désirée Ouloto (ADO)

Mes hommages. Je suis comme tout bon Ivoirien, heureux de vous écrire. Les lettres de nos jours, sont soumises au rythme de notre Poste de plus en plus abandonnée, à cause des nouvelles façons de communiquer jugées plus rapides et plus démocratiques. Dans le gouvernement auquel vous appartenez, les rares geeks se comptent du bout des doigts. Chacun donne aux yeux du monde une image en temps réel et avant tout Conseil, les CR de ses actions, comme pour dire, #lepaysestautravail, #noustravaillonspourvous…

Les lettres, souvent, sont lues, quand elles ont la chance d’arriver et d’arriver entre les mains du destinataire, sans qu’un Service courrier ne le jette à la poubelle. Souvent elles n’arrivent pas et restent perdues quelque part, Dieu seul sait où, en chemin ou dans une boite que rarement le facteur du service, visite.

Cette lettre est soumise à ce sort. Arrivera, n’arrivera pas. Sera-t-elle lue, ne sera-t-elle pas lue ? Dieu seul sait.

Mais bon, rien ne m’ôte ce jour, l’envie et la motivation de vous écrire. C’est d’ailleurs sous nos cieux, un privilège de savoir écrire une lettre et d’écrire une lettre à une honorable au sommet du pouvoir. Honorable, Ministre et je ne sais quelle autre bonne place dans combien de conseil d’administration… Encore une fois, Dieu seul le sait.

Madame, les dernières pluies ont causé quelques dommages, quelques torts. Elles ont provoqué la colère des dessus répugnants d’Abidjan, notre capitale économique. Les propriétaires des bulldozers se sont léchés les babines. De nombreux camions bennes pointaient au rendez vous devant le District de police d’Adjamé. Dieu seul sait pourquoi aussi.

En parcourant, au gré de ses courses personnelles, Abidjan, le constat des destructions de nombreux bidonvilles, mais aussi des installations anarchiques sur le domaine public est vite établi. Les bordures de routes sont désormais, mais provisoirement, dégagées. Ceux qui s’y débrouillaient ont été, avec les bons arguments, chassés. Des dessins de jardins par-ci par-là. Vous avez été vu en tenue de terrain – pour emprunter l’expression aux #fescistes – jeans, polos, casquettes, sur les champs de destruction, pour donner l’exemple, pour suivre l’exécution, pour faire un beau discours devant les médias, pour même accepter les malédictions lancées par tous ceux qui à coup de Caterpillar flanqués de hordes de FRCI, de CRS et de BAE, voyaient leur baraques détruites, leurs gagne-pains fracassés.

Et la chaîne nationale a fait l’éloge de vos travaux musclés de déguerpissement. Les Unes des journaux choisis titraient – avec une belle photo de vous dans un beau pagne bien cousu : «Le visage d’Abidjan va changer ». Aux entrées de certaines zones où vous avez agi, des pancartes enseignent ceci : « Ne jouons pas avec la mort ». Les exploits de vos actions vous ont auréolé de gloire avant votre voyage d’apprentissage de je ne sais quelle gestion de déchets, Dieu seul sait si c’est en Espagne ou au Portugal. Dans tous les cas, Facebook nous a fait savoir que vous étiez avec une forte délégation, à l’école de quelque chose, dans un pays de Blancs, comme si les échos du modèle du Ghana, en ces périodes où les Africains chantent hypocritement intégration et coopération Sud-Sud, ne pouvaient servir d’appât, de sujet de curiosité, d’inspiration, d’occasion de fréquentation. Mais bon, les per diem d’un séjour au Ghana ne doivent rien signifier, à coté de ce qui pourraient être ceux d’un si long voyage outre mer. En plus, ça fait plus chic de savoir qu’on est en Europe que d’être en Afrique. Cette Afrique pourrie où rien n’est bon, mais qu’on prétend toujours vouloir construire.

J’aurais bien voulu vous féliciter, comme ceux de la RTI le font si bien en faisant leur travail. Mais de nombreuses choses et raisons m’empêchent de le faire, et même si je devrais le faire, comment trouver les mots justes ? Vous êtes à un sommet tel que même ma voix dans son plus beau déploiement, avec la volubilité d’un Ricardo Zama, ne pourrait atteindre le lobe de vos oreilles. Alors pourquoi perdre l’énergie ? L’énergie dont les coûts ont pris un sacré coup d’émergence ces temps ci, au point ou les factures qui sont émises ces temps ci, grisent les minent de ceux qui les reçoivent. Dieu aussi seul sait comment les calculs ont été faits à ce niveau.

J’aurai bien voulu vous saluer, mais, puisse-t-il encore que mes mains se trouvent dans la trajectoire de la votre, un beau jour de hasard et de bénédiction divine. D’ailleurs si j’en ai l’occasion, je ne le ferai que pour la forme et non pour vos travaux, car c’est bien votre travail que vous faites. Qui félicite l’enseignant pour avoir tenu si bien sa classe au cours de l’année ? Qui remercie le médecin pour avoir sauver une vie ? Qui congratule le videur de poubelle qui fait le boulot pour lequel il est payé ? Qui récompense le planteur pour ses efforts surhumains, dont seul les acheteurs tirent bon profit ? Pourquoi vous féliciter ou vous saluer alors, puisque vous faites votre métier ?

L’autre raison est que, quand je vois tous ces travaux, je me dis que tous ceux que vous déguerpissez reviendront ou sont déjà revenus. Tous les agents des forces de l’ordre, que vous postez pour les dissuader, finiront par se lasser, se laisser corrompre. Tous les espaces que vous aménagez avec ces gazons grégaires, ces barbelés scellés sur des bâtons de fortunes, finiront par tomber d’ici peu en décrépitude. C’est une loi de la nature. La nature ivoirienne qui enseigne que toute solution n’est que provisoire. Très provisoire. Trop provisoire. Tout est folklore. Rien de plus.

Pourquoi, quand il s’agit d’importuner les pauvres gens, on déploie tout un arsenal de guerre en disant qu’on agit pour leur bien, alors que quand c’est pour tenir des promesses politiques, on invite à la patience ?  On n’hésite même pas à rentrer dans ces taudis pour quémander des voix au moment des élections. Et juste après, on estime qu’ils sont mal installés, en danger, on devient donneur de leçon de vie… La meilleure façon de gagner cette guerre, c’est de proposer des solutions durables à ceux qu’on chasse. Mais dans vos bureaux, on s’en moque. Un de vos Directeurs disait, sur une antenne, après avoir fait son boulot à Adjouffou : « on dit où ils vont partir ? La question est de savoir où ils étaient avant ». Et bien, voilà. Lui il est plein au as, il a perdu le bon sens. Il ne sait plus qu’ils étaient là et nulle part ailleurs. Ils ont toujours été là. Si vous les chassez ce matin, ils reviendront le soir. Si le soir vous les déguerpissez, ils se réinstalleront le lendemain dès l’aube. Et si à l’aube, des agents en uniforme les empêchent de revenir, ils attendront le crépuscule. Quand ceux-ci, fatigués à ne rien gagner comme « dabroudjôdjô », rejoindront leurs familles, ils arriveront comme prévu, car, il n’y a pas d’autres lieux où ils pourraient partir.

Croyez-moi, tous ceux que la RTI interrogera, et qui diront que vous agissez bien, sont des hypocrites. Car dans le fond, les actions menées ne sont que de simples déplacements des problèmes, sans jamais envisager de les résoudre réellement et définitivement. Dieu, encore, sait pourquoi.

Les containers dispatchés partout dans Abidjan comme brigade de surveillance ne servent qu’à décorer des espaces verts très mal tenus. Ils n’ont jamais rempli le 1% de leur fonction. Celui de Siporex, dans la commune de Yopougon, servira bientôt d’agence immobilière improvisée ou de dépôt de médicament africano-chinois. A Adjamé, au rond point conduisant à Williams-ville, les fous, les reclus et autres bakromanes, attendent la bonne occasion pour y élire domicile officiellement… Sur l’axe du Zoo, au carrefour 2 Plateaux, les taxis ont envahi la chaussée, mais nous y reviendrons dans la deuxième lettre…

Madame, la Solution n’est pas de déguerpir, car ils reviendront. Et si nous nous parlons tardivement, ils auront déjà commencé à revenir. C’est une loi de la nature. En attendant la prochaine saison des pluies, ils s’accommoderont…

En vous souhaitant, bonne réception et bonne lecture.

Cordialement.


Abobo : LES SCOUTS et l’ONG JADE Célèbrent l’Excellence scolaire

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Le Samedi 28 mai 2016. Groupe scolaire Fé’ndjé, commune d’Abobo à Abidjan. Ambiance festive et de réjouissance. Et pour cause les élèves et enseignants de ce groupe scolaire étaient à l’honneur. La groupe scout LES SIAMOIS et l’ONG Jeunes en Action pour le développement (JADE) en collaboration avec le COGES Fé’ndjé ont décidé de célébrer le mérite et l’excellence en milieu scolaire en présence d’un public d’environ 500 âmes composé de parents d’élèves, d’enseignants, d’élèves, de responsables scouts…

La cérémonie de distinction a permis de récompenser 100 personnes dont 97 élèves et 3 membres de l’équipe de formation. Les heureux récipiendaires des prix de concours du programme Recréation de l’Excellence 2016 se repartissent comme suit : 38 meilleures élèves des 12 classes que constitue l’établissement (les 3 premiers par classe), les 2 meilleures élèves filles de l’établissement, 7 lauréats du concours orthographe, 9 lauréats du concours de dessin, 2 équipes de 10 champions vainqueurs des tournois fille et garçon et 20 danseurs. En plus de ces distinctions, ont été aussi honorés pour la qualité de leur collaboration avec le COGES 1 enseignant et les  2 Directeurs des EPP du Groupe.

Elle a aussi vu l’élévation de trois (3) jeunes adultes aux fonctions de Chefs d’unité assistant. Il s’agit de TAN Roxane, qui devient assistante chef de meute, de Koné Aicha, assistante chef de troupe et du chef Waddja Alexandre investi assistant chef de Clan. Ces nouveaux responsables scouts, filleuls du chef Kroman Méité, chameau vaillant, constituent le futur du groupe scout les Siamois. Aussi faut-il ajouter l’accueil d’un nouveau membre officiellement dans la grande famille scoute. Le chef Lagnon Soro, enseignant d’Anglais au lycée de Prikro a prononcé sa promesse scoute. Les organisateurs ont profité enfin du moment, à la veille du 29 mai, pour célébrer toutes les mamans de leur vie.

Initié depuis l’année 2014, le programme Recréation de l’excellence est conjointement organisé par le groupe scout les SIAMOIS et l’ONG-JADE. Il encourage et fait la promotion de l’excellence en milieu scolaire par la mise en compétions des élèves à travers les activités ludiques suivantes au fil de l’année scolaire : orthographe, dessin à thème, sport fille et garçon, danse, et mérite scolaire. Cette 2e édition qui a mobilisé environ 4000 élèves de 3 groupes scolaires : EPP Fe’ndjé d’Abobo-té, le Groupe scolaire Gbeuliville de Daloa qui tiendra sa cérémonie de récompense le samedi 4 juin et l’EPP Merékou dans la sous préfecture d’Assuefry ou la cérémonie de distinction se déroulera le 10 juin.


Elles portent le monde, ces femmes

Elles portent le monde, ces femmes d’ici

Femme au marché de légume à Adjamé (Ph.Badra)
Femme au marché de légume à Adjamé (Ph.Badra)

Il est presque 4h du matin. Le muézin encore balbutie entre son réveil et son ablution, pour briser le calme de la nuit, par son strident et bruyant Allah Ô Akbar, que laisse souvent partir un microphone mal réglé…Dehors dans la brume urbaine qui se dilate progressivement sous des lampadaires aux lumières ternes par le manque d’entretien, des vrombissements font entendre le mouvement des premiers véhicules. Ce sont soit les camions de ramassage d’ouvriers des zones industrielles ou des fêtards que la nuit et l’ambiance ont empêché d’échapper à la partie…

En ce moment d’incertitude et d’insécurité, nos femmes ont déjà lavé le visage, pris un semblant de petit déjeuner, fait le feu, pilé le maïs de la bouilli collective, rempli les bouilloires et seaux d’eau chaude pour le bain purificateur des vieux devant aller à la mosquée ou à l’église, apprêté le sac de l’enfant qui doit se rendre à l’école, la valise de l’homme devant se rendre en mission, disséqué et cuit le gibier que le père a ramené de sa chasse nocturne…Elles se réveillent avant le jour, précédent le jour, pour l’organiser…

Au village, dans les campagnes, zones rurales, hameaux, campements…dans le fouillis, le bruit des premières hirondelles, sous le battement des ailes des oiseaux vampires rentrant de leur sordide et nocturne aventure…les bruits des premiers coups de balaies, de pilons, bruits d’écrasement de médicament se font entendre…Dans ce crépuscule matinal, se dessine sur les pistes des champs, sur les routes des marchés, sur les sentiers des marigots des ribambelles de jeunes filles, de jeunes femmes, de vielles femmes, de femmes aux chevilles craquelées par le labeur quotidien, de femmes aux paumes sèches mais doucereuses, femmes chiquant son tabac bâton à la main, le dos courbé et recourbé sous le poids progressif des charges, des coups et des acceptations des pires exigences de ces coutumes souventes-fois iniques, souventes-fois dévalorisantes …

Cuvettes, bassines, calebasses…sur la tête souvent pleines d’eau éclaboussante, souvent vides ou remplis d’outils de nourritures…impressionnant baluchons sur la tête, baluchons de feuilles médicinales, de feuilles comestibles destinés à la vente ou à la cuisine du soir ; fagot, canaris… la charge varie, les distances de même, mais le poids et ses conséquences sur leurs santés, leurs beautés, corps non. Malgré cela leur humeur reste stable. Dans les sillons de leurs mouvements, chants et mélopées accompagnent ces dames aux foulards traînant, aux pagnes multicolores souvent attachés à la hâte…

Dans les villes, les bureaux, les administrations, les marchés, les transports publiques…elles clignotent, klaxonnent, tournent avec frénésie au volant de leurs bolides biens maîtrisés, accélèrent, sur ces motos KTM, Jakarta la croupe seximent mise en évidence, dans ces pagnes, ces basins sublimement taillés par ces tailleurs, jamais au rendez-vous…elles appuient sur l’accélérateurs, ronflent, pédales, se précipitent…Les femmes en ville crient, sourient, discutent, négocient, injurient, chantent, parlent, dealent, lancent des tchrous, écrivent, défilent…mais, toujours pardonnent, acceptent, déclinent poliment ou insolemment, charment, encaissent, construisent, partagent, radotent, rapportent, s’affairent, fument le poison, la viande suspecte, attachent ses jus, ses poudres, se pommadent, se décapent … parce qu’elles veulent toujours plaire, et elles savent se faire plaire, se faire aimer, se faire chouchouter…

Dès 4h du matin, elles sont sur pieds. Sur le chemin de l’école, accompagnant ces bambins réticent au réveil et fuyant le futur bâton de l’instit. Dès cette aube, elles ouvrent les marchés, l’étable déjà dressée, palabrant avec les premiers clients, les premières clientes. Dès l’ouverture du matin et la tombée progressive de la nuit, son sommeil fuit très vite. Elles courent, circulent, se précipitent, apprêtent, arrangent, dressent, redressent…peu importe la rudesse de la nuit et le bilan des ébats du lit conjugal ou non conjugal. Dès le début du jour, la femme devance ou attend son patron, ou à l’inverse, se fait attendre…

Femmes servantes, femmes des cuisines, femmes des bureaux, femmes patronnes, femmes mères, femmes indigentes, femmes mal traitées, femmes seules, femmes ministres, maires, députés, artistes, stars, créatrices, femmes manœuvres, femmes évangélistes,  femmes leaders, femmes…

 Ahoulaba, Talouaklaman, djarabi, Finiti, Bobaraba, Bobaradéni, Wolosso, Wohouwa, Miss lolo, Femmes forme coca cola, guitare…femmes de nuit, femmes de jour, sveltes, tailles fines, gros ventres, teint clair, teint cacao, longues bouches, lèvres roses…il y en a de toutes sortes, de toutes humeurs, de toutes professions, de tout les gabaris…le Bon Dieu en a dessiné de tout modèle…Mais…

Chaque femme des villes, des campagnes imprime sa marque sur le monde ; chaque africaine construit et enchante sa terre ; chaque ivoirienne sert gracieusement la vie…

 Elles portent, elles transportent, elles ont le sourire…

Elles poussent, elles emportent toujours avec sourire…

Elles subissent, elles supportent, elles acceptent avec bon cœur…

Elles courent, elles accourent, elles se précipitent, avec inquiétude et espoir…

Elles marchent, chargent, vendent, cuisinent, allaitent, rassurent, font espérer, comptent, se font complices, rapportent, trahissent, injurient, mais toujours avec amour…

A ces femmes aux sourires envoûtant ; aux brèches démesurées ; aux lèvres tendres, drues, dures ; aux formes débordantes, conciliantes,…

A ces femmes aux paumes craquelées par le labeur des champs et du feu de cuisine aux bois fumant,…

A ces femmes de bureaux, femmes instruites conscientes de leur pouvoir et aux humeurs imprévisibles, aux sourires rares entre midi et deux,…

A ces femmes aux pagnes multicolores, les vendredis, dimanches, jour de marché, de fêtes, de baptêmes, de mariages, de deuils…

A ces femmes komian, féticheuses, gardiennes des secrets des jours et des nuits, aux paroles sacrées, aux salives vénéneuses, rougeâtres, soignantes, …

Femmes qui portent notre monde, notre Afrique, notre terre d’Eburnie…noire, chaude, bouillante, grouillante.

Vous êtes à l’honneur, et en cœur, nous disons, crions, chantons : bonne fête, belle célébration.

Toi, homme

Crains sa malédiction, recherche et blotti-toi dans son affection…

Fuis son odeur, suis son parfum…

Méfies toi de sa colère, poursuit son sourire, sa douceur…

M.TIEMELE-Mlle TAN – Mlle COULIBALY – M COULIBALY Aly

Pour nos mères, nos mamans Femmes, mères, agents de développement.


Au paradis de l’incivisme et de l’indiscipline

Interdiction de jeter les ordures (Ph.ABC)
Pancarte interdisant de jeter les ordures dans un espace public à cocody (Ph.ABC)

« La Côte d’Ivoire s’affiche de plus en plus comme une grande nation, grâce au travail de tous » annonçait le président de la République, Alassane Ouattara, à l’occasion de son message traditionnel de nouvel an à la nation. Malgré le beau bilan qu’il a dressé, la Côte d’Ivoire reste le paradis de l’incivisme et de l’indiscipline.

Le soir du 31 décembre 2015, à 20h, le discours tant attendu du président est prononcé. Le bilan est bon, à en croire l’éloquence avec laquelle il est énoncé et la pertinence des chiffres évoqués, qui viennent confirmer les nombreuses performances atteintes. La Côte d’Ivoire est en marche. Et tous les Ivoiriens contribuent d’une façon ou d’une autre à cette belle marche. On dira : « Bravo Monsieur le président. Tout est beau dans ce paradis PPTE (« pays pauvre très endetté ») émergent, dans lequel toute une partie du peuple doit encore être éduqué.

L’incivisme et l’indiscipline occupent une place d’honneur, dans ce vent de développent. Ceux sont deux attitudes désormais consacrées, encouragées et institutionnalisées, d’une façon ou d’une autre, par un laxisme étatique. Un laxisme dont l’une des qualités est de toujours susurrer, avec enthousiasme sérieux et en fanfare, décrets et mesures. Ces décisions sont toujours prises, mais rarement suivies sur le terrain.

Des décrets ont été signés et annoncés. Ils ont brillé de mille feux, comme ceux qui ont explosé sur Abidjan au soir du réveillon, mais étaient marqués d’un sceaux maudit. Celui qui scelle la durée de tout feu de paille ou d’une éjaculation : l’éphémère. L’Etat scande son souhait de voir naître un « Ivoirien nouveau » et impose avec fermeté l’application de ces mesures. Mais, au même moment, un certain intouchable, Yakou le chinois, organise des orgies dans une des prisons du pays les plus sérieuses, la MACA, et ce, avec la complicité de nombreux agents d’Etat. Et au même moment, des Ivoiriens continuent allègrement de pisser sur les murs, « parce que ça ne va pas quelque part », dira t-on.

A l’évidence, l’hypothèse d’un « Ivoirien nouveau », capable de conduire et de vivre dans une Côte d’Ivoire émergente est une véritable utopie. Au mieux, elle sera une réalité difficile à atteindre si l’Etat ne resserre pas la vis dans sa ville. Dans aucun pays dit « sérieux », l’on ne voit l’intégralité des citoyens – sans exception – faire ce que bon lui semble, comme en Cote d’ivoire. Les mesures sont toujours prises aux bons moments, mais elles sont foulées aux pieds après quelques instants d’euphorie. Les preuves sont nombreuses et jalonnent non seulement la période du premier mandat, mais surtout 2015 qui vient de s’éteindre. Feedback (retour) sur quelques cas :

#Interdiction de pétards et des feux d’artificeLa mesure est des plus récentes. L’interdiction est des moins respectées. L’Etat espérait mieux des Ivoiriens. Cette espérance restera vaine. Ce qui est interdit est vendu publiquement. Pourquoi, alors, se priver du plaisir de l’achat et de l’usage ? Les pétards continuent de rythmer les journées ivoiriennes et les commerçants arguent, de bon droit, que leurs marchandises ne viennent directement du port national. L’Etat veut donc interdire la commercialisation de produits sur lesquels il a déjà prélevé des taxes douanières ? L’inverse aurait probablement sonné mieux mieux dans les oreilles des Ivoiriens. Qui est fou ?

#Interdiction de l’usage du téléphone au volantPatati patata. Policiers, directeurs, hommes d’affaires, citoyens lambdas dotés d’un véhicule, Gbaka, taxis et consort. Véhicules avec plaques bleus, blanches, jaunes, vertes, oranges… Toutes ces catégories ne se privent pas du plaisir d’un échange téléphonique, volant en main. Pourtant, le décret n’est point retiré. Et la surveillance n’existe plus. Au début, la police exerçait, avec un zèle surprenant, un contrôle terrible. Il y avait beaucoup à gagner. Les Ivoiriens, peureux d’être verbalisés, avaient pendant un temps commencé à respecter la décision des autorités. Cela n’a pas duré longtemps. Le zèle de la police dans l’exercice de sa mission a duré moins de deux semaines. Aujourd’hui, c’est un désastre. On pourrait même dire que de nombreux policiers ne veillent plus à l’application de ce décret. Ils n’interpellent les infracteurs qu’aux veilles des fêtes, pour pouvoir se payer le poulet du dîner de fin d’année. Maintenant, même « si chien ne mange pas chien », comme dit un ami qui s’est fait prendre au volant, téléphone en main, « chien mange poulet au moins ». Il a payé 2000 FCFA au lieu de 10000 du franc sexagénaire. Ô corruption ! Qui va dénoncer qui et auprès de qui ?

# Interdiction de fumer en publicVoilà une mesure qui a soulevé de nombreuses polémiques et suscités de nombreuses craintes… de courtes durées. Les boutiquiers avaient retiré leurs briquets, les petits vendeurs ambulants, avaient presque rangé leurs étables. Dans les cafés, les bars, les restaurants, les maquis et dans les terrasses, ont voyait le fameux symbole d’interdiction de fumer. Les fumeurs en avaient gros sur le cœur. Ils estimaient que l’Etat n’avait pas pris la peine de construire des espaces fumeurs avant d’interdire. L’Etat ne savait pas qu’il était interdit d’interdire, là où on pouvait même se toucher devant l’écriteau d’interdiction. L’air commençait à être vivable à certains endroits fréquentés par les chauffeurs de gbaka et woro-woro. Le 6e doigt était rangé. Mais cette ambiance idyllique n’a durée qu’un mois et la brigade en charge de la surveillance s’est lassée de traquer les braves fumeurs. Les vielles habitudes sont revenues de plus belle. Pourtant, le décret est toujours en vigueurs. Et l’Ivoirien s’en fou.

# Interdiction des sachets en plastiques. Les pharmacies et les boulangeries semblent être les plus assidues dans le respect de cette décision. Elles se sont toutes mises au biodégradable. Mais, encore faut-il s’assurer que les emballages utilisés par ces commerces sont véritablement et authentiquement biodégradables. Jamais on n’a vu sous le ciel ivoirien des boulangers servir le pain dans autant de sacs en papier, kaki ou blancs, avec générosité. Jamais. Achetez un petit pain de 50FCFA et vous aurez votre emballage. Ce n’était le but visé. Pourtant, avant, lorsque les boulangers utilisaient des bout de papier pour servir le pain, on entendait fréquemment « y a pas de papier hein, faut prendre ça comme ça. » C’est aussi une mesure pour laquelle l’Etat a fait de nombreux calculs. Aujourd’hui, le prix de l’eau en sachet a augmenté au même rythme que toutes les fabriques illicites d’eau en sachet, dissimulées dans les gares d’Adjamé. On se demande que fait le ministère en charge de ce secteur ? Question à la Jemy Allade…

#Interdiction de construire au delà des poteaux électriques. C’est la mesure bulldozer qui a entraîné de

Façade d'une résidence à Grand Bassam (Ph.ABC)
Façade d’une résidence à Grand Bassam (Ph.ABC)

nombreuses destructions – au nom de l’ordre – d’installations anarchiques. Mamie Buldozer, surnom donné à la ministre des Villes de l’époque, a inquiété de nombreux ménages en faisant son boulot. Mais, aussitôt engagée, elle a du changer de maison. Elle aurait du rester un peu plus longtemps à ce poste, mais ses chefs en avaient décidé autrement. Aussitôt partie, les mêmes constructions ont repoussé de plus belle avec, dans certaines communes, l’accord des agents et des responsables municipaux. Kiosques, restaurants, lavages auto, etc, contribuent à l’ensablement des routes et caniveaux, et offrent à certains quartiers la possibilité d’expérimenter la douleur d’une inondation.

# Interdiction d’afficher en désordreSi

Les dessous de l'échangueur de Marcory (Ph.DR)
Les dessous de l’échangueur de Marcory (Ph.DR)

Abidjan et les villes ivoiriennes sont salles. Ce n’est pas forcement à cause des ordures, qui ces temps-ci reviennent en puissance à tous les coins de rue. Mais aussi, et surtout, à cause des affiches qui naissent de partout comme des champignons sauvages sur les espaces publiques : murs, panneaux de signalisations, en bas de ponts, etc. Les afficheurs, surtout des organisateurs d’événements religieux – ces évangélistes des temps nouveaux – n’épargnent aucun endroit pour se faire voir ou faire connaître leur événements. Lors des campagnes électorales, les partisans du président au pouvoir n’ont pas épargné les dessous très enchanteurs du nouvel échangeur de Marcory. Affiche ADO par-ci, ADO par-là, aujourd’hui les religieux ont pris la place. Il fallait empêcher cet acte de profanation au pied du pont N’zuéba par l’ex-président, ce grand amoureux de vin français et de cigare, que les partisans voudrait rendre éligible au Prix Nobel de la Paix. Pour quelle action ? That is the question.

# Interdiction de se dépigmenterLes sœurs dioulas ont du lancer des tchrouuuus. Certains ont même vu en cela une adresse à quelques membres du gouvernement dont l’éclat du teint devenait extraordinaire. Une bonne mesure pour préserver la santé de ces femmes et ces hommes qui, en quête de beauté, mettent en péril leur avenir. Mais voila qu’entre deux comédies de Bonjour 2016, la RTI1 a bombardé le public de publicités pour produits cosmétiques. Franchement, l’Etat aurait pu demander au sieur Koffi Olomidé de ne point se présenter en Eburnie, avec ses couleurs trop rutilantes, pour donner l’exemple de sa fermeté. Mais hélas, non seulement Mopao est parti sans avoir servi ses mélomanes, pour une trouble histoire de drones, mais paraît-il que l’ « intouchable congolais » serait, dans sa fuite, passé – grâce à une de ses hautes relations  – par le Salon Présidentiel de notre aéroport. Il aurait, juste avant, été avoir été escorté, comme un prince, en visite d’Etat, par les véhicules de l’Etat ivoirien. « Il parait ho, ils on dit ho ». Aucun pays dit « sérieux » ne pourrait admettre cela. Aucune autorité dite « sérieuse » ne pourrait admettre cela.  Mais allons seulement.

Les interdits en Côte d’Ivoire sont nombreux. A défaut de surveillance et d’une culture de la sanction réelle, l’Ivoirien a du mal à se détacher de la corruption – malgré toutes les augmentations de salaires. Si l’Etat manque autant de souffle, à quoi bon signer des décrets ? Si on ne peut plus en assurer un suivi sérieux et réel, au delà des enthousiasmes des premiers jours, fièrement psalmodiés dans les médias nationaux, à quoi bon signer des décrets ?

Le président de la République fait de son mieux. Il est optimiste quant à l’avènement de « l’Ivoirien nouveau ». Il met en place des structures qui sont censées permettre à cet Ivoirien d’être à l’image qu’il souhaite. Sait-il qu’un texte, un discours, ne suffit pas pour faire changer l’Ivoirien? Encore faut-il qu’il ait de vrais comptes rendus concernant la réalité quotidienne de ses concitoyens. 

Au final, le plus important n’est pas tant de construire des ponts et des chaussées, il faut une véritable politique permettant de changer les comportements. Aujourd’hui on assiste à des mascarades comme les pompeux et coûteux panneaux affichés dans les villes, invitant à dénoncer la corruption. Les vrais corrompus et les vrais responsables de l’incivisme sont toutes ces personnalités publiques aux multiples nationalités, dont les enfants fréquentent les écoles les plus cotées du pays. Ces jeunes, au bout de 5 ans, détiennent des patrimoines immobiliers les plus étonnant dans le pays et sont à l’abri de toute sanction. Quand le peuple ne perçoit rien de concret, il se considère comme « cabri mort ». Bonne année 2016


Abidjan entre pétards et psychose

Differents Pétards (PH.Google)
Differents Pétards (PH.Google)

La fin de l’année 2016 est accompagnée de coups de pétards stridents qui rappellent les chauds et tristes moments des crises que le pays à connu depuis le Coup d’ Etat de 1999 et dont la pointe de la terreur fut atteinte aux lendemains des élections présidentielles de 2010.

C’est une situation d’autant plus déplorable car depuis 1999 les putschistes avaient interdit le port des vêtements aux couleurs de l’armée, tout comme celui de la vente et l’usage des pétards ou  » bangers » comme les ivoiriennes l’appelle. Les gouvernements qui ont succédé à ces putschistes ont réitérés ces mesures avec autant plus d’insistances que de vigilances relâchées.

Ces derniers jours, les ivoiriens semblent voir renoués avec les habitudes proscrites dont les raisons étaient de leur éviter de revivre les effets des coups de canons vécus à une certaine époque. Malgré la présence des patrouilles de police, la loi est déjouée. Abidjan ressemble la nuit à une favela que des policiers essaient de pacifier par un assaut mal préparé et d’un champ d’échanges de tirs avec des trafiquants. Les coup des pétards sont terribles et produisent de véritables sons de coup de fusils. Des jeunes, comme quelques adultes s’adonnent à cœur joie, malgré les restrictions et souvent interdictions, à faire éclater ces joujoux, à n’importe quel endroit.

La présence et les coups répétés dans un désordre synchronisé de ces jouets explosifs, depuis un certains temps installe une psychose qui rappelle aux ivoiriens de mauvais souvenirs. Dans les quartiers populaires comme Abobo, Yopougon, Adjame, Attecoubé les pétards résonnent comme de véritables coups de fusil. Un coup sec, deux, trois coups successifs, comme des tirs de revolver, coups saccadés, intonations de canon etc., toutes les formes de pétards éclatent.

La présence des pétards aux mains d’enfants, en ces périodes de fin d’année justifient belles et bien l’existence de marchés officiellement officieux. La police et les autorités jusque l’à n’ont fait aucun communiqué en dehors des appels à la prudence lancés à l’endroit des transporteurs. C’est une situation qui pourrait bien profiter aux voleurs, braqueurs et voyous de toute sortent qui cherchent toujours la meilleurs occasion pour frapper un sale coup. Alors vigilance.