A.B. Ladji Coulibaly

Les trois lacs pétrolifères de la commune d’Abobo

Devanture de la Mairie d'Abobo (Ph.Badra)
Devanture de la Mairie d’Abobo (Ph.Badra)

S’il y a une commune dont le nom, à Abidjan, est associé à tout ce qui ne peut ni surprendre, ni étonner, c’est bien Abobo. A Abobo, il n’y a ni mer, ni lagune. Pourtant on y trouve un port maritime virtuel très célèbre. Le deuxième du nom de la ville d’Abidjan. En ce port travaillent toutes les catégories de chômeurs et de vagabonds dont la fertilité de l’imagination a toujours eu le dessus sur la naïveté de leur compagnes. Marechal DJ et la série ivoirienne Ma famille que mes chers amis camerounais aiment tant, ont crée, institué, institutionnalisé et pérennisé l’idée du virtuel port d’Abobo. Ce port aurait été idéal vu toutes les activités nées de la simple idée de son existence, avec ses faux travailleurs, mais il est purement idéel.

A défaut de port, la nature, ayant horreur du vide, a doté cette commune de lacs, qui si je ne m’abuse, produiront bientôt du pétrole. Dans lacs nés de nombreux rejets d’eaux usées sorties tout droit des nombreuses concessions bâties sans système d’évacuation d’eau usée, ou de restes très têtus des dernières pluies se dessinent des atomes d’or noir. Restes qui, sans pouvoir s’évacuer, ou trouver un chemin d’écoulement vers des caniveaux bouchés et très vite rebouchés, ont pris sièges en des endroit très stratégiques de la commune du ministre du pétrole, l’honorable député et maire Toungara, lui-même ayant de très nombreux honorables députés, ministres et maires adjoints dans son conseil.

On se demande, si en dehors des élections, où il fallait mettre à contribution toute sa verve savoureuse pour récolter des voix et remporter des élections, ces derniers ont remis les pieds dans la commune. Impossible ou inquiétant si la réponse doit être positive. Et pour cause des eaux sales et fétides ont pris siège à des endroits où personne ne peut passer sans les voir. Je tenais pour l’occasion à l’avenir de mon WikoCinkslim dakarus de mondoblogus, pour ne pas le sortir en ces lieux et immortaliser ces endroits. Trois petits lacs ont maintenu notre regard…

#1 Le lac devant la Mairie…

Abobo, gare (Ph.Badra)
Abobo, gare (Ph.Badra)

La Mairie d’Abobo est située en plein centre de la commune. Le Bureau Ivoirien des Droits d’Auteurs (BURIDA), la Police économique, le Ministère de la santé doivent urgemment installer des unités de surveillance aux environs de cet endroit pour le bien être des populations et l’avenir de l’économie du pays. Le bâtiment, qui ressemble à un fumoir, n’a rien d’une administration dirigée par les sacraux patrons du pétrole, de l’énergie, de l’éducation, de la communication nationale et des saints leaders de la jeunesse du partie au pouvoir. On se demande quels conseils se donnent-ils mutuellement pour rendre belle leur commune.

Mais vu le décor qui entoure le bâtiment, on se demande, si en dehors des périodes électorales, ces hautes personnalités font l’effort de passer de temps en temps dans leur commune. Malgré la présence de ces hautes autorités, l’édifice tout comme son environnement choque. Coté Adjamé, les femmes anangos (nigériane) et leurs multiples objets de vente en plastiques se disputent la place avec les vendeurs de friperies, d’ignames etc., le dos est carrément transformé en une gare sans espace de circulation jouxtant une grande poubelle. La devanture du bâtiment est occupée par des commerciaux des agences de communication cellulaire, les gérants de cabines, les vendeuses de pain et de toutes les chinoiseries récupérées dans les zones industrielles. Il y a aussi des vagabonds, de voleurs dont on ignore encore l’objet réel de sa présence.

Et de l’autre coté de la voie, le grand espace est pris d’assaut chaque matin par tous les petits cireurs de Abobo derrière rails mais aussi et surtout par des nombreux vendeurs de médicaments traditionnels venus tout droit du Mali, du Niger et de la Guinée proposer leur service aux milieux d’ivoiriens atteints de kôkô (hémorroïde). L’autre versant de la clôture est occupée par mes tantes vendeuses de pommes, d’arachides, et des Taxis et Dinas décevants les quartiers Bloc Célibataires, Habitat, 4 étage, Akeikoi…

Enfin, juste à l’entrée, sans que cela ne préoccupe personne, la cerise sur la gâteau. Le lac. L’eau qui y stage est devenue verte de moisissure. La dessus planent des hordes de moustiques et de petites mouches qui se délectent de ce jus tellement fétide qu’il faut un cache nez quand on s’y trouve. Ce lac est le lac de la honte. Toute fois, il n’y a peut-être rien d’anormal, car si le pétrole est un dépôt de sédiments, peut-être que le destin de ce lac est de devenir un jour pétrole en rendant riche tout le salmigondis de population abobolaise en quête de pitance quotidienne pendant que « l’argent travaille ». Et oui, Abobo sera un jour un champ pétrolifère, car des lacs, il y en a partout et devant toutes ses institutions. Après la Mairie, la brigade de gendarmerie.

#2 Rond point de la gendarmerie…

Cet endroit est bien animé et bien connu. C’est même un repère pour de nombreuses personnes. L’endroit est aussi dangereux de jour que comme de nuit, malgré sa proximité avec le hakirisso (cours de la conscience) de feu Tangara Seed Goda est même transformé en marché. Ce matin, dans le wôrô wôrô, deux femmes discutent.

La première : Ici là aussi est salle ho !

L’autre : Ça va aller ma chérie. Les gens commencent à comprendre que ce n’est pas le pouvoir, mais ce sont les gens qui doivent changer leurs habitudes. Un jour Abobo sera comme Cocody et dépassera Yopougon. Tu vois avant, Yopougon était comme ici, mais aujourd’hui, les quartiers comme Maroc, Ananeraie…Sont des exemples à suivre…

Abobo, Rond point de la gendarmérie ( ph.Badra)
Abobo, Rond point de la gendarmérie ( ph.Badra)

Cette dame est une éclairée. Elle a encore la foi. Combien en existe comme elle dans ce bled? La conversation nous conduit devant la brigade de gendarmerie. Un rond point qui à force de persévérance des tradipraticiens improvisés, venus de on ne sait où exactement et des vendeuses de feuilles et de tubercules, est devenu un célèbre marché.

Juste devant la clôture, des gens aux métiers inconnus sont assis. Ces personnes sont effrayantes de par leur posture. Voleurs ou corps habillés en tenues banalisées ? Les Murs de la gendarmerie sont occupés d’un coté par des vendeurs de sacs et syndicats de transporteurs, tandis que l’autre pan est décoré par des revendeurs de vieux journaux et de téméraires turfistes qui croient encore pouvoir faire fortune dans les jeux de hasards.

Ce haut lieu de défense de la commune a subit, il y a quelques années, la furia des populations fatiguées des abus des ses locataires avant d’être occupé par des FRCI et une confrérie de dozos (chasseurs traditionnels) en période de crise et post crise électorale, puis rétrocédé aux gendarmes pour l’exercice de leur devoir. Encore sur le mur sale et délabré on peut lire la devise Pro patria Pro lege. Et pourtant au nom de l’amour de cette même Patrie, les hommes en tenue sont insensibles face à la catastrophe qui se constitue devant leur brigade.

En effet, un autre lac y est né. En pleine rue, plus large que celui de la mairie. Sa présence est révélatrice d’un autre malaise que vivent nos zones urbaines: tous les conduits d’évacuation qui ont eu la chance d’exister, sont bouchés et aucun service technique de nos communes ne daigne faire de leur entretien et débouchage, une priorité. Après, on se plaindra des inondations et des dégâts qui suivent… Ce lac est particulier. Sa source est constituée par les eaux des dernières pluies qui refusent de descendre. Du moins, elles ne peuvent descendre. Sa présence permet de temps en temps aux naturothérapeutes installés juste à coté, de lancer quelques malédictions à l’endroit de quelques automobilistes imprudents, qui les arrosent en vrombissant leurs moteurs et pneus…Gnamokéde ni filé (regardez moi ce batard)…

Dans des pays normaux ou dans ceux qui rêvent de véritables émergences en 2025 ou dans une commune normale, les Services Techniques auraient vite pris le taureau par les cornes en aspirant l’eau stagnante et qui du coup menace la structure du bitume. En d’autres circonstances, les hommes en tenue, se seraient mobilisés pour soigner l’entrée de leur lieu de travail. Mais qui a le temps et pourquoi la chose publique devrait être l’affaire d’une corporation ? L’armée c’est pour le racket et non le nettoyage. Hum l’Africain… Enfin passons ce lac, rentons dans Abobo pour une autre découverte débilitante, le lac du super marché…

#3 Enfin le lac de la Rue des maquis d’Abobo…

IMG_20130615_090626Entre les résidences universitaires d’Abobo, devenues bastion d’anciens d’ex-combattants toujours en attente de la régularisation de leur statut et d’individus de toutes sortes, souvent transformées en ménages où prospèrent depuis deux ans des couples, et un supermarché de la chaîne de CashIvoire, se dresse une rue qui mène à une ribambelle de maquis et de restaurant. C’est la rue où les nuits sont bruyantes, chaudes et animées chaque soir à Abobo.

A l’intersection, stagne depuis quelques mois une eau rougeâtre que les automobilistes se plaisent à traverser pour refroidir leurs vieux moteur. En face, les propriétaires du super marché n’ont trouvé d’idées géniales que d’y dresser un pont de fortune avec des caisses, afin de permettre à leurs clients d’accéder au bâtiment commercial. Stratégie palliative et irresponsable. Le Ministère de l’environnement et du développement durable a pourtant lancé une campagne invitant chacun à nettoyer devant sa porte. Pour les propriétaires de ces lieux, l’entretien revient à la mairie ou au district. Il y a toujours des conflits quand il s’agit de partager les responsabilités de celui qui doit nettoyer depuis la création des Districts.

Notre eau rougeâtre a progressivement rongé le goudron et fait son nid. Elle refuse comme les autre de descendre parce que là ; il n’y a point de vannes d’évacuations ouvertes. Partout il y a de la boue. Cela doit faire sourire de joie les autorités de la commune, car parait-il encore, que le pétrole sort de la boue. Alors pourquoi faire disparaître la base d’extraction des futurs barils d’or noir au non d’une fichue esthétique urbaine? Tant que ça ne tue pas Africain, y a pas de mal à voir disparaître cette marre, nid des moustiques qui alimente les quartiers environnant de doses de paludisme. Et même si la commune et le supermarché ne nettoient pas les propriétaires des maquis et restaurants, auraient eux aussi, à leur tour, pu s’organiser pour arranger la route qu’empreinte leurs clients. Mais nada. Cela n’est pas de leur ressort. Tout le monde s’en fou. Que l’argent vienne aussi travailler.

Le pétrole en pleine rue. N’est-ce pas, une si mauvaise nouvelle. Si la découverte du premier gisement de pétrole à conduit le Président Houphouët Boigny à boire sa première coupe de champagne dans les années soixante dix, imaginez le nombre de bouteilles que les nouveaux dirigeants pourraient boire, à la joie de la découverte de gisements en plein air et de surcroit à Abobo ? Cela permettra à l’argent de mieux travailler.

En attendant que le pétrole soit, pensons un peu à notre environnement ou bien on vous fera écouter le tube des années 92 du groupe les SALOPARDS. Peace.


Willy Edoo Roger. Un jeune africain, vivant ailleurs…

Pour mieux apprendre, il faut enseigner. Avec l’intelligence artificielle, tout devient possible’ – Willy Edoo Roger, passionné des NTIC au service de la Formation.

Willy Edoo Roger (Photo Willy Edoo)
Willy Edoo Roger (Photo Willy Edoo)

La jeunesse africaine, à notre époque se nourrit de la culture du lointain, cultive le gout de l’ailleurs. Et pour causes : la situation socio-économique dans certains pays africains, l’inadéquation formation-emploi, le chômage et le manque d’espoir, la chronicité des crises et changements politiques, associées au couple népotisme-corruption obstruant l’égalité des chances à l’accès à l’emploi, la saturation des universités nationales cinquantenaires… Pour ces milles et une raisons, de nombreux jeunes choisissent d’immigrer ou de s’expatrier.

Willy Edoo Roger, jeune camerounais de 27 ans à l’enthousiaste communicatif et mordu d’informatique, fait partie de cette génération de jeunes africains de et dans la diaspora, qui nourrissent le rêve de créer une Afrique meilleure, grâce aux compétences qu’ils vont acquérir en Europe durant leur formation. Avec lui, on peut affirmer que le rêve se partage.

Ce jeune plein d’énergies et de sourires, sportif par moment, amoureux de théâtre et de Koffi Olomidé,  nostalgique des saveurs culinaires et des fraîcheurs du lac de sa vallée natale, auteur…vit à Lille depuis septembre 2012, où il prépare un Master en Ingénierie Pédagogique multimédia. Profitant de son parcours et de son expérience à l’internationale, Willy a découvert de nombreuses potentialités que les nouvelles technologies de l’information offrent pour l’apprentissage et le développement. S’il avoue que son rêve « est d’être le plus utile à la communauté, d’aider les jeunes Africains, à s’intéresser d’avantage aux études pour faire la différence »…son souhait  est que « les Etats conçoivent des programmes adaptés aux besoins des jeunes ». Au Pays des Eléphants, a rencontré, notre bonhomme qui, à cœur ouvert partage un peu de lui en répondant à nos questions.

Pourriez-vous vous présenter et nous parler de votre parcours?

Permettez-moi d’entrée de dire bonjour aux abonnés de votre site et chaleureuses salutations à vous-même. Merci de m’accueillir sur votre espace de communication. Cela fait un peu plus de 27 ans que le petit Village de Nnemeyong dans le département  du Dja et lobo avec “Sangmélima la belle” comme capitale départementale m’a vu naître.

C’est dans cette ville paisible et studieuse que j’ai réalisé mon parcours scolaire primaires et secondaire jusqu’en 2004 année où j’obtins mon baccalauréat. Puis je m’installai à Yaoundé pour poursuivre mes études supérieures. 3 ans après je faisais partie des rares étudiants qui sortent  de la faculté de science avec une licence en biologie des organismes animaux. Après une année master en hydrobiologie et environnement pas très satisfaisante, ma passion pour les TIC m’a menée à m’inscrire en Master Technologies innovantes/informations stratégiques. J’ai obtenu mon diplôme à la fin de l’année académique et par la suite j’ai mis mon expertise au service informatique du  Ministère de l’économie de la planification et de l’aménagement du territoire du Cameroun, puis au Catholic Relief Services(CRS)…avant d’effectuer un mission de 12 mois à l’AUF au Vanuatu pour développer des cours en ligne dans le cadre du prestigieux et sélectif programme de volontariat international de la francophonie.

Comment vous est venue  la passion des TIC?

Dès le lycée, la médiathèque municipale de Sangmélima (dont je déplore la démolition au profit d’un restaurant au prétexte que les livres ne rapportent pas à la mairie) et la bibliothèque du lycée ont toujours été mes lieux préférés. A l’université, à la bibliothèque universitaire,  je passais des heures devant l’un des quelques postes disponibles. Cela m’a permis de me former à la recherche d’informations sur ordinateur. Il faut reconnaître qu’à cette époque, l’accès à l’outil informatique n’était pas facile, la maîtrise de son utilisation sortait de l’ordinaire. C’est donc la conjugaison du besoin de connaissances et la nécessité de maîtriser cet outil qui a fait croître ma passion pour l’informatique.

Willy Edoo Roger (Photo Willy Edoo)
Willy Edoo Roger (Photo Willy Edoo)

Avec toutes vos activités, comment gérez-vous votre quotidien ?

Mon credo est « ne jamais limiter nos défis mais toujours défier nos limites. » Les difficultés sont des mines d’ors à exploiter. Pour y arriver je ne fais qu’une chose à la fois et pas plus de deux heures à une même chose. Je me suis rendu compte que les alertes et les discussions me volaient beaucoup de temps mais elles donnent aussi des informations intéressantes! Je me suis donné des heures précises pour traiter mes mails (deux fois par jour 11h et 15h) les réseaux sociaux dans la soirée et les médias pour l’actualité. Lorsque ces journées sont terminées, je me consacre à moi en améliorant mes compétences soit en suivant des formations en autonomie ou encore en ligne comme par exemple avec coursea. C’est un bon moyen d’apprendre et et se former sans dépenser trop d’énergie et de finances. La jeunesse africaine devrait s’approprier ce moyen.

Comment et pourquoi êtes-vous en Europe ? N’avez-vous pas trouvez d’occasion de formation sur le continent ?

L’Afrique est un continent qui n’a pas encore assez développé ses relations internes. Pour se développer, elle doit pourvoir à sa jeunesse un environnement d’affaires et d’études plus paisible et plus serein. Cultiver les échanges académiques, économiques et culturels est une nécessité pour la valorisation de sa diversité culturelle. Mon pays, le Cameroun, qui est une “Afrique en miniature”, des efforts sont faits pour l’éducation des jeunes et l’adéquation enseignements-besoins reste un challenge. Ce qui rend le rêve difficile.

Ma mission de volontariat international m’a donné l’envie d’approfondir mes connaissances dans le domaine de la formation en ligne et de l’intelligence artificielle. Des recherches sur les établissements formant dans ce domaine m’ont orienté vers Lille1 qui est parmi les quelques (2) universités en France qui proposent ce type de  formation. Mes recherches m’ont permis de constater aussi que l’Algérie a des compétences dans le domaine mais malheureusement je n’ai pas pu trouver plus d’informations sur les possibilités de formation.

Pensez-vous que le volontariat apporte une valeur au (parcours)background des jeunes diplômés Africains ?

Certainement, sur le plan professionnel l’apport est important pour les jeunes diplômés de vivre une expérience professionnelle de niveau international. Au-delà les relations qui se nouent font de ces jeunes des citoyens du monde. Avec la Francophonie, l’accès aux personnalités est d’une facilité déconcertante. Au-delà les gens sont très chaleureux et loin de toutes les pressions imaginables.

Le volontariat est un système de partage d’information et de formation. Le partage de l’information permet de mieux percevoir l’impact de ces informations. Les gens bien informés peuvent en principe mieux décider. C’est ce que nous apprenons quand on vit dans la diaspora. La diaspora justement représente pour moi une partie de la population qui est à la recherche des ressources (humaines, financières, environnementales…) qu’elle n’a pas chez elle. En migrant je vais à la découverte d’autres horizons d’autres modes de penser, pour mieux comprendre les autres et me comprendre moi-même. Ce n’est que par un séjour qu’on peut mieux cerner les causes du succès. Mon souhait est que cette expérience puisse durer 2 ans minimum pour permettre aux jeunes de mieux s’approprier leur métier.

Pour terminer, vous êtes un jeune auteur. Quelque mots sur votre manuel…

Je travaille en ce moment à la mise à jour de mon livre qui parle de la conception de cours avec le logiciel Opale Avanced. Son titre c’est: L’ingénierie pédagogique avec Opale Advanced.  C’est un manuel pour la conception des cours adressé aux Formateurs qui veulent utiliser ce logiciel open source, disponible en version numérique.  

En attendant de vous lire, Au Pays des Eléphants, vous dit merci et à bientôt…


ANASUR- Une nouvelle mésure pour lutter contre l’insalubrité urbaine

Pré-collecteur d'ordures (Photo Badra)
Pré-collecteur d’ordures (Photo Badra)

« Finie la période de sensibilisation, maintenant place à l’action » Tels sont les mots du journaliste Ali Diarrassouba, sur RTI1 au journal télévisé de 20h du 26 juin 2013, pour annoncer le démarrage des actions de sanction par la brigade de salubrité, de toutes les personnes qui, de par leurs activités salissent l’espace urbain de la capitale économique Abidjan (la verdure longeant l’Autoroute de nord). Pour l’occasion, un reportage montrant des policiers de la brigade en question en action. Un Menuiser et une Tenancière de restaurant ont été les premiers contrevenants interpelés. Ou les premières victimes. Le premier est accusé de salir les bords de l’autoroute. La deuxième, coupable de ne pas tenir son lieu de commerce dans des conditions hygiéniques prescrites et acceptables. En direct, le premier s’est acquitté d’une amande de 10000 FCFA. Selon le Commissaire interrogé, cette amende varie part de 10000FCFA à 50000FCFA. Les contrevenants ont la possibilité de payer sur le champ ou, peuvent se rendre aux guichets de l’Agence nationale de Salubrité urbaine (ANASUR) pour régler la note.

Ils ont, d’après le reportage résisté, puis payé, après explication. Pour ce coup, on devrait dire chapeau à l’ANASUR pour l’initiative et cette action. On pourrait déjà saluer ces braves policiers pour cette opération d’éclat. Parce que nos villes sont sales. Très sales. La beauté de notre Abidjan est flétrie par des comportements inciviques. Il faut donc éduquer l’ivoirien, le punir. Parce que un peu de chicotte, peu faire changer. Et il faut du changement. Mais. Oui mais. Car de nombreux beaux projets, de nombreuses belles initiatives et actions ont étéannoncées avec beaucoup de boucan médiatique.Après, rien. Elles sont passées aux oubliettes jusqu’à ce que de nouvelles actions soient annoncées en fanfare pour le plaisir du peuple.

En tenant compte de mon expérience des satisfactions très courtes, (pardon, brèves) des actions et mesures d’éclats prises pour le bien-être des populations et pour que l’ivoirien soit plus fier de son pays, je m’abstiens de toutes félicitations. Je jouerai même le pingre en compliment. L’avare. J’attends de voir l’endurance de ces agents dans l’exercice de leur fonction et dans l’application stricte de cette mesure. Sanctionner tous les salisseurs publiques. Je me garde de toutes acclamations au regard de ce proverbe,  de ce illustre village inconnu, qui dit ‘Si ton sogoni s’est une fois tromper, dit toi, qu’il te trompera souvent.

Ce n’est point du pessimisme. Mais je suis curieux de savoir combien de temps cela pourrait durer. Jusquà quel niveau de satisfaction les agents commis à cette tache feront leur travail selon les règles de l’art. Je me souviens, qu’une année, de telles mesures avaient été prises pour règlementer le petit commerce dans la commune du Plateau. Ou pour assainir la cité Administrative du pays. Les vendeurs ambulants avaient été chassés. Une brigade spécial, doté de beau véhicules mise en place pour traquer les petits gérants de cabines, les vendeuses d’eau, de bananes braisés et quoi d’autre…? Les beaux vigiles, avec leur T-shirt gris, estampillés CIVESS ou je ne sais quoi, ont traqué, traqué, confisqué, saisi les téléphones, recharges… qui ont ensuite disparu…Le Plateau était assaini. Ses trottoirs dégagés. Mais tout fut comme un feu de paille. Chassé, votre nature, je vous garanti, qu’il reviendra en TGV. Les vigiles ont commencé à être les complices, les amis des petits vendeurs des trottoirs. Ils les protégeaient. Et recevaient des commissions. Parce qu’on ne les payait plus régulièrement. Parce que ce projet, une fois mis en route, n’était plus une priorité. Aujourd’hui, en dehors de la Sorbonne qui a disparu, les trottoirs sont plein de tout type de vendeurs ambulants. Le cas du Plateau, n’est qu’un exemple. Un cas parmi tant d’autre que montre la flexibilité de la dextérité de l’ivoirien quand il s’agit de l’intérêt public, de mener à bout un projet, une mesure.

Messieurs les membres de la brigade. Si je me réfère au reportage, et selon votre deuxième contrevenante, votre action doit être juste et impartiale. Il s’agit d’hygiène, de cadre de vie. Donc de la vie. Il faudra traquer toux ceux qui salissent et polluent nos villes. Pas d’exception. Pas seulement les pauvres commerçants, débrouillards. Mais aussi les « grands » industriels, dans les Zones.  Pas seulement les espaces visibles. Allez dans les méandres de nos quartiers. Que les vendeurs de GARBA, n’échappent pas à vos filets afin, que l’ivoirien, bonnement, ne soit pas fier de dire « on aime, c’est doux quand c’est sale ». Il y a ces Lavages-autos de fortunes qui bouchent nos caniveaux. Venez à Abobo, et partez dans toutes les communes, traquer tous ceux qui évacuent leurs eaux usées des ménages sur les voies publiques. N’oubliez surtout pas les Religieux, les Ecoles, etc tous les Afficheurs de la place publique. Oui, ces affiches un peu partout, détruisent le charme de nos villes. La liste n’est pas exhaustive, mais vous savez ce que vous avez à faire.


L’AUTRE COCODY, Quand la mort rode autour des enfants

Cocody, Petite ourse. Nous ne sommes pas loin de l’Eglise St. Jean et de la voie qu’empruntent de nombreuses personnalités pour se rendre chez elles.Les circonstances font penser à une chanson du zouglouman ivoirien Vieux Gazeur. Il s’agit de SICOGI.
Facade d'un batiment, SICOGI, Cocody (Photo, Badra)
Facade d’un batiment, SICOGI, Cocody (Photo, Badra)

En chantant SICOGI, il n’eut point tort. Louanges ou diatribes à l’endroit de ces logements sociaux d’Abidjan? Difficile de répondre quand-on sait que l’artiste lui-même est issu du milieu. En substance, il avance que SICOGI est un quartier populaire où vivent de modestes familles. Presque dans toutes les communes d’Abidjan, ce type de logement existe. Les maisons SICOGI sont des HLM. Abobo, Yopougon, Koumassi, Marcory, Cocody, le décor est identique. Même pareil. Les traits des habitants sont communs : Si ce ne sont pas des vieux retraités, turfistes dans l’âme qui consacrent leurs journées aux jeux de dames ou au ludo quant ils sont paumés, c’est une jeunesse étouffée, par la pauvreté et le chômage qui rempli  les maquis et les bistrots en quêtes d’inspiration. Dans ces quartiers, tout le monde s’en fou. « On mange, on boit, on grè (fait l’amour) le surplus on s’en gnagne (s’en fou) ». C’est l’artiste qui le dit.

Enfant jouant sous un batiment (Photo Badra)
Enfant jouant sous un batiment (Photo Badra)

Si dans toutes les communes, ou presque, il y a des logements sociaux de ce type, si des traits communs peuvent être établis entre les habitants de ce type de logements, ceux de Cocody devraient se démarquer. Parce que nous sommes à Cocody. La commune résidentielle. Là où tout le monde auraient souhaité vivre, s’il le pouvait. Car ici, ne réside pas qui veut, mais qui peut. Hélas, cette façon de penser, n’est qu’une vue de l’esprit. Cocody est parsemé d’une vingtaine de bidonvilles, sans que cela ne flétrisse la beauté de cette belle commune. Mais il y existe de bâtiments sociaux  de la SICOGI, dont les bolides sur les parkings trahissent, tout de suite le statut social de ceux qui peuvent vivre dans certains bâtiments comme ceux du Quartier Petites ourses.  Dans l’ensemble, le décor qu’on y trouve  est déprimant. Les façades sont sales, délavées, dégradées. Les couloirs, souvent lugubres avec ses colonies de souries géantes qu’aucun chat, même affamé, n’oserait chasser. Les dessous d’escalier et entresol, transformés en poubelle, dépotoir grouillent de cafards…

Le bâtiment qui attire notre attention, en plus de remplir toutes les conditions, digne d’un bâtiment de la SICOGI, constitue un danger permanant pour tous ceux qui ont le malheur d’y vivre, de s’y retrouver. La façade en bois, qui sert à la fois s’accoudoir et de protège escalier, a cédé. Le lourd assemblage de chevrons, est cassé en son épine dorsale. Pour maintenir cette façade de la hauteur de quatre ou cinq étages, des esprits tordus, au lieu de s’organiser pour effectuer des travaux sérieux et d’urgence, n’ont pas trouvé mieux qu’une minable solution de fortune qui est peut regardable : appeler un Tôclô, pour faire du coupé-clouer. Des planchettes, une quinzaine, format 4cm/2cm sont agrafées ici et là pour soutenir le lourd édifice. On se croirait dans le décor d’un film où des fugitifs, traqués par des loups garous colmatent, portes et fenêtres, avec des planchettes et marteaux (on trouve bizarrement toujours ce type d’outils dans les films de loup-garou) de la maison où, ils trouvent refuge la nuit.

Logiquement, et à cause de la menace, qu’il constitue, le bâtiment devrait être classé, non habitable, non fréquentable et danger public jusqu’à nouvel avis. Mais qui oserait le faire ?  En dessous cette façade chancelante, et prête à se fracasser un matin, des enfants jouent, ignorant tout le danger qui plane au dessus de leurs jeunes cranes. Ils ne s’en soucient même pas. Les plus frêles, font des va-et-vient dans les escaliers en bois, rongés au fils du temps par les montées et descentes des usagés. Insouciance, innocence ou ignorance de ces enfants ? Ils ont toujours joué ici, ils jouent et joueront  là. Pour eux tout est normal. Mais à voir le bâtiment, le simple passant se sent en danger face à cette maudite façade colmatée, comme un blessé dans une bande dessinée. Que dire alors des parents ? Pauvres ou modestes ? Non. Les carrosses dans le parking invalident cette hypothèse. Inconscients et pingres ou « zivoirien ». Possiblement oui.

En chantant, Vieux Gazeur, a fait redécouvrir, les stéréotypes que les ivoiriens attribuent à ces quartiers et leurs populations. Et ces derniers, dans la majorité des cas, ne font rien pour justifier le contraire. Et même si l’évocation du nom SICOGI pourrait indexer une société immobilière, qui reste irréprochable pour avoir honoré ses engagements : construire, il incombe naturellement aux habitants et acquéreurs, par devoir, d’être plus responsables et citoyens dans la gestion de leur environnement. Peace.

1- Tôclô Tôclô : tailleur bricoleur, généralement des ghanéens ou des nigériens,   Champion de la débrouillardise et des petits métiers, qui se promènent en longueur de journée avec leur machine à coudre à l’épaule, une paire de ciseau métallique bruyante en main, pour raccommoder des vêtements usés.

Photos sur ma Page FaceBook.


Hommage à une Cité: ABOBO

Une rue de mon Abobo (Photo BADRA)
Une rue de mon Abobo (Photo BADRA)

Je voudrais faire un slam à Abobo. Je voudrais vous présenter la cité où tout se déverse et s’évacue dans les rues. Je voudrais visiter avec vous la ville dont le maire a déboursé, parait-il 300 millions pour sa campagne. Abobo, déversoir, commue dortoir. Du matin au soir, tes grands espaces, hyper sales, lugubres et dangereux sont envahis par des sans emploi, les petits cireux, les commerçants aux méthodes et produits à vérifier, les charlatans et divers naturothérapeutes… Abobo des Gbakas, des Casses et quoi d’autre encore.

Je voudrais voyager avec vous à Abobo, ville où chacun fait sa loi. Les rues au quotidien, de cette commune, reçoivent les eaux usées et déchets de toutes sortes évacués ou déposés par ses habitants. Et dans ce salmigondis, tes fils, tes filles, tes bambins, jouent. Abobo, commune dirigée par au moins trois ministres députés et maintenant maire. Cela ne change rien à ta beauté. Il parait que tes habitants ont voté le Partie et non des individus. Je crois que souvent, une nouvelle équipe apporte des espoirs nouveaux. Abobo ma belle.Toi et ton Port Imaginaire. La ville de la convivialité. La commune la plus peuplée de la Capitale Ivoirienne. Abobo est un quartier habitat.  Je t’admire et je voudrais ici te rendre hommage pour deux raisons. Au moins.

D’abord parce qu’à force d’être surnommée Abobo la guerre, tu as fini par être une commune martyr. Martyr par ce que l’histoire raconte que tu as perdu tes femmes, te filles, tes mamans à l’occasion d’une crise poste électorale absurde. Voilà. Pour cela l’humanité, sinon la Côte d’Ivoire toute entière a reconnu ton mérite. Le mérite du sacrifice de tes amazones. Mérite pour ta résistance, pour ton Fongnon, le vent, le commando dit invisible. Sur tes marchés, sur tes maisons, dans les entrailles des tes lugubres quartiers et ghetto, les bombes sont tombées. Tombées, comme si le ciel était en colère. Et comme des mangues mures, tes fils, tes filles, tes femmes, tes mamans, nos copines, nos sœurs, nos cousines etc, sont tombées. Mortes. Raides mortes. L’horreur d’une guerre ne peut pas justifier sa cause, quand bien même des innocents meurent. Gratuitement.

Je voudrais faire un hommage à Abobo. Parce que souvent, la tranquillité que j’y trouve, m’inspire. En y séjournant parfois, je me rends compte que René Dumond, cet autre ingénieur agronome, n’avait pas tort en titrant son livre ainsi : L’Afrique noire est mal partie. Une de mes amies de longue date, pour faire de l’ironie, disait que l’Afrique noire n’est même pas partie, jusqu’à dire qu’elle est mal partie. Un autre ami, a bien voulu me faire comprendre que le développent n’est qu’un vue de l’esprit.

Connaissez-vous Abobo ? On dit que c’est la commune exception d’Abidjan. Abobo, il y a tout. Franchement. Les gbakas dont les prix augmentent et diminuent selon les positions du soleil. Il y a aussi les petits cireurs qui ont investi, la place de la Mairie du Ministre du pétrole et de l’électricité, Député, grand planteur de palmiers sur goudron… Il y a aussi les loubards  disciples du Hakirisso (Maison/ cours/ temple de la conscience) de feu Big Tangara Speed Goda. Mais à Abobo, aussi, il y a les Casses, les garages, les milliers de petits magasins qui poussent en désordre, les gares de Wôrô Wôrô, de Dina agouti pour Akekoi, autour du batiment de la Mairie qui ne ressemble pas du tout au nom qui lui est attribué. Une gare où tout est vraiment ‘’mélangé’ comme le disait l’artiste Tangara, « avec les sciences décravatée ». A Abobo, la commune de Dolo Adama dit Adama Dahico, candidat très malheureux du premier tour des dernières élections présidentielles parce que soutenu par une Majorité hypocritement Silencieuse, dont la proportion ne dépasse pas les aspirations du bas ventre d’un comédien.  Bref, ce n’est pas ici son procès.

A Abobo, il y a nos frères, avant Cissé par humour, maintenant FRCI officiellement -certainement ils sont de moins en moins nombreux, mais ils sont bien présent dans ce quartier, pardon, cette commue, la ville de la solidarité et des martyrs. Rançonnant à coup de ceinturons, et de matraques leurs anciens copains et collègues, les chauffeurs, les apprentis Gbaka etc.. Tout le reste du salmigondis qui n’a pas pris les armes pour la défense de la Nation.

Ma commune martyre, ne disposant d’aucun plan d’urbanisation, croule sous le poids des eaux usées, salles, sortant en majorité des nombreuses cours communes dont les propriétaires, n’ont jamais envisagé construire des fausses communes d’évacuation des eaux usées des ménages et même des toilettes. Pourquoi le faire. La rue appartient à tout le monde. Je verse, je verse, je me brosse devant ma porte là où mes enfants jouent, je balance mes déchets de ménage et puis ‘’YA FOHI’’. Ya rien. C’est ainsi.

Cette attitude des populations, relève bien du manque de civisme vis-à-vis de l’environnement. On peut le dire. Mais le défaut d’infrastructure criard, conduit à réviser cette position. là où il faut accuser, c’est le manque de politique d’urbanisation. Les maisons et les quartiers poussent. On peut se contenter d’un camion qui passe souvent collecter les ordures, mais c’est tuyaux beats qui débouchent sur la rue, devraient être supprimés. Les services d’hygiène et de l’environnement de la commune devraient, s’ils existent, sanctionner tous les propriétaires qui déversent des eaux usées dans les rues.

Peine perdu, ou peut-on dire que le rêve est permis ? A Abobo, personne ne réagit. Personne ne va réagir. Sauf peut-être le « Maire » ou le Président Alassane Ouattara avec ses Programmes Présidentiels d’Urgence (PPU). Selon des langues indiscrètes, le budget des dernières élections municipales s’élevait à au moins à 300 millions de FCFA. Cette somme a servi à faire campagne. A payer des milliers de T-Shirt à usage unique, à offrir aux populations des concerts géants.  Pourtant, les rues avaient besoin de plus de poubelles, de canaux de drainage, de poubelles. Mais bon. Passons, puisque nous ne connaissons pas l’avenir.

Abobo, franchement, y a pas de port, comme Kouadio de la série Ma Famille le faisait croire à sa dulcinée villageoise Amoin. Et s’il y en avait un, au moins, les ordures et les eaux usées, qui dégoulinent de partout dans ses nombreuses rues, trouveraient des points de chute, la mer. Abobo, mérite son nom et sa réputation suit, bien évidemment,environnementalement. Et nous sommes bien  dans ce mois.


Environnement: ceux qui salissent nos villes…

Banderole Opération Pays        propre (© photo - Badra)
Banderole Opération Pays propre (© photo – Badra)

A Abidjan, comme dans les autres villes de notre cher pays, une anarchie environnementale se …réinstalle. On dira simplement que c’est de l’incivisme. Mais et alors, est-ce ma faute? Je n’ai jamais compris la vigueur avec laquelle les politiciens se tuent à prendre des mesures, à faire voter des lois, à investir des millions pour les vulgariser à travers des campagnes médiatiques les plus savamment montées. J’imagine que toute action politique a un but – naturellement -. Mais, encore je cherche à comprendre comment de grands projets politiques tombent aussi vite dans les oubliettes ; la négligence avec laquelle les grandes œuvres, les grands investissements, les grandes infrastructures…les grandes lois sont suivi (e) s, géré (e) s.

La politique de déguerpissement et d’assainissement des villes de la Ministre de la salubrité des villes du premier gouvernement post crise, Madame Anne Ouloto dit Mamie Casse Tout, semble avoir été d’une efficacité éphémère et pas pérenne. A l’époque, la simple évocation du nom de la Ministre amenait plus d’uns à réviser sa position et revoir l’emplacement de son commerce, de son kiosque, de sa poubelle, mais depuis que la ministre s’occupe d’un autre poste ministériel le nouveau boss de ce département semble avoir une autre stratégie. Le terrain semble ne pas être une priorité.

On a commencé, dès les premiers mois à être très fier d’Abidjan devenu une belle et saine ville. Mais très vite le pays est redevenu très sale. Le Président de la République l’a avoué il y a quelques mois. Il n’eu point tort. Les dépôts sauvages d’ordures renaissent de leurs cendres. Les canaux d’évacuations sont à nouveau bouchés. Très bouchés d’ailleurs. Les installations anarchiques le long des routes sont de retour. On reconstruit au delà des poteaux électriques  etc.

Ces jours, au Plateau, j’ai vu au coin d’une rue, non loin des tours administratives, certainement une vielle affiche de campagne du Ministère de l’environnement, de la salubrité urbaine et du développement durable. L’affiche annonçant une campagne ou classiquement comme on a l’habitude de le voir « une opération pays propre ». Je rêve de voir comment cela est possible, bien qu’ayant déjà participé multiple fois à ce type d’opération, qui  commence toujours par des discours, des distributions de balaies et  de  gangs, une simulation de nettoyage, une collation dinatoire et, enfin, un rapport de satisfaction. On ne va pas loin. Et le pays n’est jamais propre, parce que jamais, il n’est passé dans la salle et sur la table d’opération.

L’affiche, en présentant deux personnes, l’une urinant en pleine rue et l’autre déversant des ordures ici et là, conseillait en ces terme « la rue, c’est comme chez toi, elle doit rester propre ». Je vous assure que cela reste à vérifier. Allez le demander aux ivoiriens.  Allez à dans n’importe qu’elle commune de n’importe quelle région du pays, vous verrez que les ivoiriens sont propres dehors et très sales à la maison. Surement elle présentait le comportement des ivoiriens vis-à-vis de leur environnement. Incivisme ou manque de choix ?

A la vue de cette affiche, j’aurais voulu répondre à l’afficheur, – me sentant directement interpeler – que chez moi, je sais où déposer mes ordures parce qu’il y a une poubelle. Que les politiques remplissent nos villes de poubelles et de points de dépôt  des ordures. Vous verrez que l’ivoirien, trop fier, serra bon client de ces endroits. Chez moi, il y a des toilettes, alors je sais où traire la vessie. Que les politiciens ouvrent dans nos villes des toilettes publiques à tous les coins de rue, bien entretenues et que la police de salubrité soit plus vigilante et moins corrompue. Vous verrez que les ivoiriens qui citent toujours le Ghana en exemple, même saoulés, ne pisseront point partout. Mais passons.

Image Google
Image Google

En regardant l’affiche du Plateau, j’ai compris que les responsables de l’insalubrité de nos villes étaient désignés tout de fait. Selon une logique, quand on connait déjà le problème, on le soigne, on le coupe, on l’interpelle, on le sanctionne, on l’éduque, selon le cas. Cette affiche était oublieuse d’une autre catégorie de pollueur, de salisseur de nos espaces urbains. Pourtant dans Abidjan, comme à l’intérieur, cette catégorie ne se cache pas. Il faut donc dresser, au risque d’être injuste, le tableau court de ceux qui salissent nos villes.

D’abord les vendeurs, les commerçants et leurs sachets…

Il parait que dans 6 mois, le pays se sera débarrassé de tous ces sachets. L’Etat a sommé les différentes entreprises de prendre leurs précautions pour évacuer les stocks. Les corbeaux, ont aussi fait des statistiques pour montrer le nombre d’emplois que cette mesure gouvernementale, supprimerait.  C’est aussi le présage que la ménagère va retrouver son panier le sachet n’étant plus. Croyez-moi, un panier de ménagère donne du sourire à beaucoup de ventres de chômeurs, mieux que le sachet.

Si le sachet disparait, disparaitront aussi les sachets d’eau. Ils sont le nœud du problème. Les éléments principaux de salissure de nos espaces publiques. Boire un sachet d’eau, puis le jeter au gré du mouvement de la main dans la rue. Ce geste est banal, mais lourd de conséquence. Des milliers de gestes de ce type, qui s’effectuent au quotidien par les citadins, ont contribué à la naissance d’une situation d’invasion de nos villes. A Abidjan comme dans les autres villes, la prolifération des entreprises de vent d’eau est lourde de conséquence. Les sachets qui ne sont pas biodégradables, bouchent les caniveaux, salissent le décor des villes, et contribuent à la destructions et dégradation des infrastructures urbaines.

Ensuite les magasins, les lavages autos, …

Ils poussent en bordure de nos routes comme des champignons. Tant que leurs propriétaires sont en règles avec les collectivités locales ou territoriales, ils peuvent sans être inquiétés, mener leurs activités. Juste des planches dressées en forme de pont et dessus, on construit des maisonnettes, des cabanons en bois ou en tôles qui servent de magasins ou des restaurants. Le problème de ces installations anarchiques, c’est qu’elles étouffent les caniveaux, bloque la circulation des déchets solides. Ce qui oblige l’eau de ruissellement à sortir de son chemin provoquant souvent l’inondation et la dégradation des chaussées (nid de poule, effritement du goudron…). Lorsque les déchets solides ne peuvent pas être drainé dans le courant de l’eau, se forment autour des dépôts progressifs de sable et d’argile, ensablant du coup les canaux. Les lavages autos de fortune, montés le long des autoroutes en font autant. Tous les résidus de sable et de boue qui tombent des véhicules lavées sont entrainés vers les caniveaux immédiatement.  Ces entreprises constituées au pif, ne songent pas à curer les caniveaux dont leurs activités contribuent au bouchage progressif. Aucun collecteur de taxe, aucun service technique de Mairie, ne songe à inviter ces dernières à faire la toilette de leur environnement après le service. Cette fois encore, on dira que c’est de la responsabilité de l’Etat de nettoyer.

Puis les afficheurs opportunistes…

Mur du Lycée Jean Mermoz de cocody (Photo Badra)
Mur du Lycée Jean Mermoz de cocody (Photo Badra)

Tous les moyens sont bons pour sauver les âmes perdues. Car brebis égarées, il y en y a partout. De Cocody à Abobo en passant par le Plateau et bien d’autres communes et villes du pays…Des feux tricolores et couloirs d’ascenseurs, sur les murs de chantiers, des bâtiments hospitaliers, scolaires, privés…rien n’échappe à l’œil des organisateurs de spectacles et activités culturelles ou religieuses, aux guérisseurs intrépides et autres promoteurs de divers produits, notamment les écoles boutiques toujours en promotion, quand il s’agit de diffuser leur message. On affiche tout. Soirées privées, annonces d’offre d’emploi, proposition de services et quoi encore. Dans cet élan, religieux, tradipraticiens,… salissent le décor urbains en envahissant sans autorisation, ni scrupules tous les supports se trouvant en face d’eux. En affichant ca et là et anarchiquement, ils sapent bon gré mal gré le peu qui reste de notre esthétique urbaine. J’aurai bien voulu en dire plus, mais passons.

Enfin les pisseurs de la place publique…

C’est l’avis d’un ami. Drôle j’ai trouvé comme avis et analyse. Il m’a dit : «  au nombre de fouteurs de merdes à notre environnement, il y a incontestablement, les pisseurs. Ceux qui sortent leur kiki et le font vomir partout. Pipi sent plus que caca. Caca, enrichit le sol, rend dodues toutes les feuilles comestibles que mes sœurs dioula vendent dans les marchés. Or pipi, lui, ronge les murs, rend irrespirable certain endroit, fait progressivement tomber les murs, tue les herbes. A Abidjan, on tolère moins ceux qui chient que ceux qui pissent. Car si on ne descente pas aussi facilement le pantalon pour chi…r, même en situation de diarrhée, le pisseur, lui est un effronté. En urinant partout, il contribue à la dégradation de notre espace. » Mon ami a tout dit. Pour résoudre son problème, la solution est bien simple : construire des latrines publiques.

Un panneau stop. (Ph. Badra)
Un panneau stop. (Ph. Badra)

Au final, on en vient à la conclusion que l’incivisme environnemental est bien encré dans les mœurs parce qu’il n’y a pas d’infrastructures adaptées et de proximités, mais aussi parce que les politiques d’assainissement, se résument et se limitent à des discours. Il faudra du temps pour que cela change. Peace.


CAFE TOUBA – CAFE WÔYÔ : Tour d’Afrique de Saveur

Buveur de Café touba en plein Dakar (Photo Baba Mahamat)
Buveur de Café touba en plein Dakar (Photo Baba M)

Serge Katenbera, un ami et bloggeur congolais, résident au Brésil m’a inspiré cet article, suite à la publication d’un billet datant d’avril 2013 sur son blog. Depuis, cette idée de redonner le gout de ce fameux café dit Touba à un frère trop loin de son Continent, me trotte dans l’esprit, comme Lucky Luke trotte sur sa monture, las de traquer en vain les Dalton qui ressortent toujours aussi facilement qu’ils entrent en prison.

Serge, suite à son dernier séjour, au pays de la Téranga, n’avait pas pu aimer ce café inventé par un esprit qu’il qualifiait de « tordu…et auquel tout un pays s’était mis ». Il n’a point apprécié en comparaison à l’ataye ce mélange absurde qui se vendait dans toutes les rues de la capitale sénégalaise. Enfin, il n’a pas compris comment 50 traqueurs d’information sur Dakar, sont restés indifférents face à un tel produit, objet de consommation nationale aux vertus dites aphrodisiaques. Les bins bins, les dreadlocks sénégalais, Gorée ho Gorée, le riz ha le riz, les Tags sur les murs, les charrettes, Jokkolabs, CESTI, les véhicules de transport en commun,…ont plus fait l’objet de traitement. Pourtant, Café Touba, omniprésent à tous les coins de rue et lieux inespérés et même à des heures indues, comme le wolof, a été zappé.

Bien évidement, en écrivant et de son aveu, mon ami a voulu faire de l’humour. Humour qui lui a valu une vingtaine de réactions aussi citronnées que tendres de lecteurs aux origines multiples.

A la lecture de son papier, j’ai commenté que « j’en étais choqué ». Bien évidemment, ce commentaire fut le reflet de la réaction que tout amoureux récent, lorsque l’objet de son amour était qualitativement remis en cause. Je me suis à la vérité senti  frustré dans mon amour propre pour le café en général. Pardon indigné. Indigné, comme interpellé, à rappeler à mon ami, ce qu’il a manqué, en n’osant pas savourer ce bon café que d’autres auraient qualifié d’exotique. Indigné au point de vouloir présenter à mon ami, un autre mélange d’un esprit tordu de je ne sais quelle origine, mélange dont une grande partie de la population ivoirienne se méfie, quant à sa concoction et ses vertus : le café WÖYÖ.

Revenons au fameux café Touba. Serge a presque tout dit. Il est vendu partout dans les rues et ruelles sablonneuses de Dakar, pour 50FCFA la coupe. Ce mélange de poudre de café aromatisée au poivre, au gingembre et piment séchés a une saveur atypique et impulse au corps qui le sirote une sensation de chaleur dans ce pays où le climat ruse en déjouant toutes les prévisions météorologiques. S’il  doit son patronyme et sa réputation à Touba une région du Sénégal où une grande confrérie musulmane, les Mourides, se trouve, il est une boisson symbolisant une Afrique plurielle et reconstituée. Surement, les vibrations positives que dégageraient cette région vue son influence religieuse et la faramineuse quantité de bénédictions émises au quotidien par les prêcheurs et prieurs, justifient que chacun veuille porter ce nom pour soit avoir de la chance, ou mériter de figurer aux nombres des futurs admis au paradis, soit se protéger. Mais Passons.

Afrique reconstituée parce que d’un, le Sénégal n’étant pas un pays producteur de café, il serait donc importé d’un autre pays africain. Afrique de l’ouest, centrale, orientale…peu importe, le café qui compose la fameuse poudre ne parle pas sénégalais. De deux le piment sec, le gingembre, le poivre et autres ingrédients qui servent à l’aromatiser viennent de Bissau, du Burkina, de la Côte d’Ivoire, du Gabon et d’ou encore… ? Café Touba, est donc un produit qui établit un pont entre deux Afrique. Centrale et occidentale peut-être orientale.

Café moulu servant à preparer le Touuba et le Woyo
Café moulu servant à préparer le Touba et le Woyo

De l’avis de certains transporteurs, charretiers, petits commerçants ambulants… le café Touba est proche du peuple. Une boisson qui réveille les sens du travailleur lambda. Celui qui du réveil au couché du soleil, sur sa charrette, dans son véhicule, devant son étable, sur les trottoirs ou au Plateau emmerdant les touristes et tous les étrangers qui ne parlent pas wolof, trouve en cette chaude boisson, un compagnon, un médicament… Et oui, ce café serait aussi aimé pour ses vertus. Laxatif car il déconstipe, aphrodisiaque et thérapeutique grâce aux autres éléments qui le constituent. Si je puisse confirmer le premier, je me garde de vous partager mon avis sur le deuxième effet. Encore une fois, passons.

A Abidjan, quand le café devient une affaire de Sénégalais, de Guinéens, de Maliens ou de Gambiens (dans tous les cas, ce sont des pays voisins) il prend le nom de Wôyô. Wôyô dans l’argot ivoirien dit Nouchi signifie-dire, discours, parole, rumeur. Le café Wôyô ivoirien rendrait donc prolixe, bavard. Ou encore, les consommateurs de cette boisson, se retrouvent autour de leur pot, pour bavarder.

Café Wôyô comme Touba est un mélange trouvé par un autre esprit tordu. Un mélange de café moulu aromatisé de poivre, de piment et de gingembre et je ne sais quoi d’autre produit de la nature ou trouvaille des vendeurs. Comme Touba, Wôyô se vend en longueur de journée. Non pas comme de façon ambulante au Sénégal, mais en des points fixes, comme sur des terrasses occidentales. Wôyô ne se vend pas par des ivoiriens. Pour être juste, les ivoiriens qui tiennent des points de vente de café en général et de Wôyô en particulier, sont rares. Pardon peu nombreux. Il parait que l’ivoirien est trop fier pour les petits commerces qui enrichissent les ressortissants des pays ivoiriens peuplant les bidons villes de la capitale et travaillant divers secteurs, de l’appel du muézin à la tombée de la nuit. Wôyô s’est donc l’affaire des étrangers.

A Treichville,ou Treichtown la plus sénégalaise des communes d’Abidjan, là où le nombre de mosquées rivalise avec celui des commerces tenus par les sénégalais, le café Touba devenu Wôyô, coule toute la journée. Il inspire les plus beaux boubous, les plus belles broderies, les plus belles sculptures. Il fait naître des mains arrogantes de Sénégalais bien installés, l’essence de leur savoir-faire, leur talent, même dans les contrefaçons les plus réussies. A Treichtown, les sénégalais ont importé leur goût de la cherté. Le prix du café Wôyô (entre 75 et 100 FCFA le p’tit verre de thé ataye) m’a fait perdre l’envie de prendre mon pot en ces lieux quand le hasard m’y conduit.

Mon Wôyô, je le bois à Yopougon (Poy ou Yop) la plus grande commune du pays et dit-on de la sous région. A Poy ou Yop, on me serre chaque soir 1, 2, 3, 4, 5 pots (verres) au quotidien pour 50 FCFA l’unité. En sachet ou dans un verre, je sirote mon mélange aux origines inconnues, j’écoute les derniers sons du pays (rumeurs) racontés par des chauffeurs, des gnambro (les petits rabatteurs dans les gares routières), des apprentis de Gbaka (véhicule de transport intercommunal), des ouvriers, fonctionnaires, chômeurs, DJ… las de leur journée dans ce pays, où les chiffres sont les indicateurs de « tout va bien ». Passons.

Un sachet de Woyo prêt à être bu (Photo Badra)
Un sachet de Woyo prêt à être bu (Photo Badra)

Ici, le café Wôyô, est le caviar des grouilleurs, des débrouillards, de ces gens qui au quotidien se tue à la tache pour ne pas vivre en dessous de l’EURO symbolique. C’est le stimulant de ceux qui bosse ici et là pour rapporter à la maison la pitance du jour. Wôyô est un motif de retrouvailles, d’échanges…Il est pour certain ce que représentent l’essence et le gasoil pour une voiture. Il donne du tonus et de l’ardeur à l’Apprenti de Gbaka, qui en longueur de journée crie comme un Stentor pour rabattre ses clients. Il aide certain bosser pendant les périodes d’examen. Il permet à d’autres, très grands consommateur de Garba (semoule de manioc farci à la vapeur) d’avoir des anus quiets. Wôyô est un laxatif. On m’a aussi dit qu’il dépanne tous ceux qui ont des problèmes au lit. La dessus, je ne peux me prononcer. Je suis toujours en quête d’une personne qui a déjà été dépanné par Wôyô.

Si, enfin on lui concède des vertus thérapeutiques, à cause certainement des fèves de poivres, il est aussi pour les vendeurs un bon gagne pain. Les conducteurs parait-il y trouvent leur dose quotidienne. Quand ils passent leur commande, au volant de leurs bolides de Gbaka ou de WoroWoro (les taxis), ils brandissent un (1) ou deux (2) doigts. D’après les langues curieuses cela signifierait une ou deux doses. Doses de quoi ? Je vais me renseigner sur la question.

Ouf, café Touba ou Wôyô n’empêche pas la vente, ni la consommation d’autres types de café d’autre qualité. Mais moi, pour me moment, je suis encore au Wôyô. Peut-être qu’un jour, je réussirai à partager mon dada avec mon ami. Car ces cafés sont à l’image d’une Afrique colorée, riche et aux saveurs reconstituées. Chaque pays donne un p’tit brin de soit, pour faire le plaisir de quelques papilles.

Peace.