A.B. Ladji Coulibaly

Cote d’Ivoire, faut-il dire OUI aux OGM?

Photo des participants à l'Atélier sur les OGM en RCI (Ph.JVE-CI)
Photo des participants à l’Atélier sur les OGM en RCI (Ph.JVE-CI)

La question des organismes génétiquement modifiés (OGM) reste une des plus sensibles depuis la fin du 20e siècle même si elle est presque détrônée par la question de l’homosexualité.  Depuis l’avènement des OGM dans l’agriculture, dans les années 90 et la volonté de diffuser leur utilisation, des vagues de mouvements se sont érigés contre. On a mobilisé partout, cultivateurs et consommateurs à se lever pour défendre leurs intérêts. Les tiraillements sont encore vifs en Europe, et l’Union européenne s’est même divisée sur la question comme on pouvait le voir à la Une du journal Lemonde.fr du 12 juin dernier.

 La Côte d’Ivoire a déclaré son intention au cours de la présentation du rapport 2013 du Service international pour l’adoption des applications agro-biotechnologiques (Isaaa) son intention de promouvoir les Cultures Génétiquement Modifiées (CGM), en raison des avantages que présente cette option d’après une publication du quotidien Le Mandat. Selon M. Coulibaly Siaka Minaya, qui représentait le ministre ivoirien de l’agriculture Mamadou Sangafowa Coulibaly «La modernisation de l’agriculture ivoirienne doit obéir à une chaîne de valeurs dont le premier maillon demeure la recherche scientifique ».

Cette annonce qui se passe de commentaire semble ne pas rencontrer l’adhésion de toutes les organisations protectrices de l’environnement en Cote d’ Ivoire. Nous avons demandé l’avis de M. Ange David BAIMEY, Sociologue, militant écologiste, membre de lONG JVE Côte d’Ivoire et Chercheur à l’ONG Internationale GRAIN.

Mais OGM (Ph.Google)
Mais OGM (Ph.Google)

APDE : Monsieur Baimey, la Côte d’Ivoire vient de signer son entrée  dans le cercle des pays qui ont choisi de promouvoir les OGM selon des réactions vue sur les réseaux sociaux, cette décision, semble inappropriée et injustifiée. Est-ce aussi vote avis?

Je pense que c’est une déclaration qui pour le moment engage celui qui l’a faite. Car cette question ne concerne pas que le secteur de l’agriculture seul  mais en grande partie ceux  de l’Environnement, de la Recherche et prioritairement même celui de la santé. Et donc je ne pense pas que le cadre de la présentation d’un rapport est idéal pour aborder de telles questions. Sauf si on m’apporte la preuve que cette déclaration est interministérielle ce qui n’est pas le cas.

Et nous, militant écologiste, militant des droits de l’homme et responsable d’Organisation Environnementale disons que pour une question si cruciale et si importante et engageant la vie de millions d’ivoiriens, cela aurait été du ressort des plus hautes autorités de notre pays de venir et nous expliquer les tenants et les aboutissants de cette volonté de conduire l’agriculture ivoirienne vers cette impasse.

Cette intention, en plus d’être inappropriée et injustifiée comme déjà l’opinion et les medias sociaux le montrent est également déconnectées des réalités sociaux économiques et aussi sanitaires de notre Pays.

Pour nous cette intervention est une provocation à l’endroit des Agriculteurs Ivoiriens en cette Année 2014 déclaré par les Nations Unies comme Année Internationale de l’Agriculture Familiale.

APDE : C’est quoi au juste les CGM ? Et dans quelles conditions réelles, un pays, peut-il y recourir ?

Pour faire simple, c’est une culture ou un organisme vivant dont le patrimoine génétique a été modifié par l’action de l’homme.

Pour embrouiller l’esprit des uns et des autres et faire diversion, l’on parle ici de CGM. On essaie de ne pas dire OGM mais c’est bien vers là-bas que veulent nous conduire les autorités.C’est donc de la diversion puisque l’appellation CGM est la plus répandue.Les CGM sont les Cultures Génétiquement Modifiées. Ici on me dira qu’on ne parle pas d’Organisme donc ‘’ ca peut aller’’ comme on dit a Abobo et que donc, nos escargots, nos cabris et nos moutons ne sont pas concernés. Mais cela est bien faux car nous connaissons très bien la stratégie de diffusion des acteurs derrière cette question. En parlant de CGM, on veut commencer par introduire ces manipulations génétiques dans des cultures telles que le coton ou l’hévéa et on dira qu’etant donne que celle-ci ne touche pas à l’alimentation quotidienne, on pourrait y aller.

Or c’est là le piège car par cette introduction toute la chaîne alimentaire sera déstabilisée par ces poisons.

APDE : Si on écoute les autorités du pays, ne pensez-vous pas que cette décision, qui s’imposera aux ivoiriens, est à saluer puisqu’elle va conduire des recherches pour arriver à l’autosuffisance alimentaire réelle?

Cette décision ne s’imposera pas aux Ivoiriens car nous allons lutter contre ces OGM et dénoncer cela au plus haut niveau comme étant une grave violation du droit à l’alimentation et également une violation de nombreuses Conventions Internationales que notre Pays a signées.

Notre Pays a ratifié de nombreux Traités et instruments juridiques tels que La Convention sur la Diversité Biologique (CDB) qui comme la Convention sur les Changements Climatiques fait partie du package de Rio 92. Et récemment comme vous le savez le Président de la République était à New-York au sommet BKM et son intervention était en faveur du Développement Durable et de la protection de l’environnement. Nous pensons donc que les actions à la suite de cette rencontre ne pourraient être contraires aux propos du chef de l’Etat. Les OSC ont salué ce message et regardent les autorités sur cette question des OGM. Et nous savons que les Gouvernants écoutent. Si les industriels du plastique ont pu obtenir de mettre entre parenthèse une décision salutaire comme l’interdiction des sachets plastiques ici en Côte d’ivoire alors que certains pays comme le Rwanda, la Somalie le Gabon et bien d’autres ont mis en application cette loi, ce n’est pas le peuple ivoirien qui ne sera pas écouté!

APDE : Combien de pays au monde ont adopté cette mesure? Pouvez-vous nous en dire les raisons ?

Nous dénombrons selon les chiffres de 2013, environ 27 Pays au monde qui se sont adonnés aux CGM. Mais des Pays comme l’Allemagne, la Pologne, la Suède et la France refusent les OGM. Les raisons évoquées par les Pays qui s’adonnent aux OGM sont entre autre raisons vous verrez la soi disant volonté de nourrir de plus en plus d’humains, mais cela n’est pas exacte car une grande quantité de ces aliments sont utilisés pour faire du carburant au bénéfice des voitures et des moteurs d’industries. Comment pouvons-nous arriver à cette immoralité, prendre des aliments qui doivent nourrir les humains pour en faire de la nourriture pour voiture ?

Aussi faut-il surtout savoir que cette question est poussée par des multinationales qui font fortune dans ce business. Ces multinationales possèdent des brevets sur les cultures et vont se faire encore plus d’argent  sur toute une chaîne d’activité qui part de la vente des semences aux bénéfices sur des droits de propriété. Et cela bien entendu au détriment de la santé des populations, de leur souveraineté alimentaire et de leur liberté de choisir leur semence. Les OGM ne sont rien d’autres que des poisons lents qu’on fait ingurgiter aux peuples

APDE : Des Etats européens, qui sont des puissances économiques et de fortes sociétés de consommation, font à travers de multiples pub, le lobbying du Bio, la Côte d’Ivoire qui se veut en voie d’émergence, ne va-t-elle pas ramer à contre-courant des modèles Européens en adoptant les CGM ?

Bien sur la Cote d’Ivoire va se mettre à dos plusieurs nations et pays qui ont compris la nécessité d’épargner à leur population les mirages des OGM. Aujourd’hui, tout le monde se tourne vers l’agro écologie ; tout le monde prône le « zéro pesticide » tout le monde veut manger sain et manger Bio car comme le disent les médecins ; la nourriture est le 1er médicament de l’homme.

Economiquement la Cote d’Ivoire ne sera pas gagnante dans cette aventure car nos fruits et légumes tel que la banane, l’ananas subiront un rejet sur les marchés de ces Pays.

APDE : Est-ce que le milieu des organisations de la société civile et de protection de l’environnement compte dans le futur annoncer des actions pour interpeler le gouvernement ? Si oui, comment compter vous y prendre et pour quel résultat ?

Oui  au niveau de la Société Civile Ivoirienne des actions sont envisagées pour exprimer l’opposition à cette intention. Le secteur agricole représente environ 22% du PIB du Pays, ce n’est donc pas un secteur avec lequel il faut jouer en voulant le soumettre aux hésitations du génie génétique qui a montré ses limites à travers le monde.

Tout comme nous, nos partenaires au niveau international ont été consternés par cette intention et nous nous organisons à tous les niveaux pour dire Non !

Une Organisation comme la COPAGEN qui lutte depuis plus de 10 ans pour la protection du patrimoine génétique a lancé une Pétition et nous soutenons cela.

Les Jeunes Volontaires pour l’Environnement ont aussi entamé un travail de mobilisation et bientôt un travail d’information sera engagé également. Avec le Réseau Climat et Développement, une plateforme de plus de 75 organisations de la Société civile Francophone avec à sa tête le RAC-France et ENDA TM une action sera conduite.

Le Probo Koala a été un grand malheur pour le Cote d’Ivoire et a entamé une descente aux enfers de notre environnement, les OGM viendront finaliser ce travail macabre et nous ensevelir.

APDE : Ange David BAIMEY, Merci/


Tu cherches ta diaspora? Laisse-moi te dire où la trouver et à quoi elle sert

Avec des expatriés en plein Europe de l'Est (Ph.Badra)
Avec des expatriés en plein Europe de l’Est (Ph.Badra)

Il paraît que l’Afrique a atteint 100 millions d’utilisateurs de Facebook. Wouahou, que c’est  un bien beau score pour le créateur de ce réseau social et son business! Un ami, à propos de ce record africain estime que ce n’est que le début. Ce chiffre va aller crescendo.

Je parie que parmi ces millions de comptes, il y a au moins une bonne partie consacrée aux brouteurs, c’est-à-dire ceux qui arnaquent quelques Blancs fortunés ou pas, qui se font passer pour des cons à plumer. Il y a aussi un bon nombre de comptes créés pour chercher son blanc ou sa blanche. Il y a des comptes créés pour le bon usage et enfin pour ne pas allonger la liste, il y a ceux qui créent des comptes, dans le seul but de demander des devises étrangères, des montres, des ordinateurs portables, des parfums…chaque jour aux parents qui sont derrière l’eau : un membre de la famille qui soit se cherche encore en travaillant au noir, soit mène une vie paisible parce qu’ayant ses papiers, ses enfants et une bonne femme. Ou enfin, au parent qui a véritablement réussi en intégrant la haute société et qui n’hésite pas à dire quand il revient dans son pays ou un autre du continent pour une quelconque raison : « Je vais en Afrique », comme si l’Afrique, ce continent de 54 Etats et gouvernements, était un pays.

Un ami qui fait forcément partie des trois catégories de diasporas citées dessus semble chercher sa diaspora. C’est-à-dire ses parents. Ceux qui viennent précisément du même pays que lui, car à l’étranger, tous les Africains s’appellent : mon frère. Lui, je parie que la solitude a motivé son avis de recherche. Si ce n’est la solitude, alors c’est le constat amer d’une diaspora ivoirienne bien en lambeaux qui le choque. Dans sa solitude, dans son isolement, au pôle Nord, il refuse le propos injuriant qui considère l’Afrique, comme un pays. ‘Je vais en Afrique?’. Combien d’expatriés européens en Afrique, qui en fin de mission ou en partance pour leurs vacances, disent, « je vais en Europe » ? Combien ? Ils disent avec précision : « Je vais en France », « Je vais à Genève », « je vais à Istanbul »…

Tu as raison mon cher. Mais combien de personnes pensent comme toi. Je jure qu’il est meurtri dans son cœur, lui le super organisateur, quand il voit que ceux dont on se moque ici en Côte d’Ivoire et qu’on taxe de moins développés chez eux sont plus solidaires, plus organisés à l’étranger que l’Ivoirien. Je pense qu’il n’a pas d’autre choix que de choisir ses amis parmi les autres Africains et de fuir ses compatriotes. Ils vivent dans un semblant de suffisance, ils vivent dans la méfiance et dans le mépris. Un mépris que les sourires hypocrites ont du mal à dissimuler souvent. Je ne me tromperais pas en disant, encore, que lui aussi a remarqué que l’Ivoirien n’aime pas  »gâter son nom ». Mais ne nous éloignons point du sujet. Je voudrais t’aider à retrouver ta diaspora et te dire à quoi elle sert. Ce que je dirai est relatif. Chacun son point de vue, sa façon de voir et de vivre les choses. Ma réponse est subjective, personnelle. C’est pourquoi elle est mienne.

Ta diaspora, tu la ne trouveras jamais, comme tu l’espères. Tu la trouveras là ou il y a les fesses, l’alcool et les débats politiques. Dans les clubs, dans les boîtes de nuit, dans les boutiques chics…

J’ai été en Turquie, à Istanbul, ville de plus de 17 millions d’habitants. Pays entre l’Europe et l’Asie et qui demande son entrée dans l’UE. Les deux rares Ivoiriens que j’ai vus m’ont été présentés par un Guinéen. Un Alpha. Mon ami Alpha, rencontré dans mes pérégrinations au détour d’une rue, devant son étable de montres. Après l’achat d’une montre, il m’a offert une deuxième chinoiserie à la moitié du prix de la première. Il m’a demandé les nouvelles et m’a invité avec insistance à lui tenir compagnie durant la vente. Il m’a filé les bons plans pour Africain. Le lendemain, il m’a introduit dans sa communauté. Nous avons pris le thé, parlé de politique, mangé du riz. De l’appartement de 24m2 où ils vivaient à 13 à la résidence du Guinéen qui avait le plus réussi à Istanbul, Alpha m’a introduit comme si j’étais un frère en visite d’Etat. Le lendemain, il m’a fait faire le tour de la ville. Mes deux frères ivoiriens étaient trop fiers de quitter leur appartement, pour faire découvrir la ville à cet autre frère ivoirien qui se disait en vacances. Ils étaient trop occupés à câliner leurs jouvencelles turques. M’accompagner serait abandonner un instant de plaisir. Les autres vendaient l’été et travaillaient l’hiver dans les fabriques. Eux dormaient et se bronzaient l’été et travaillaient l’hiver. Diantre, ne devais-je pas aussi me permettre de dire que je suis en vacances? « Alors mon frère, si tu es en vacances, il faut que tu nous reçoives. » J’ai vite compris qu’ils avaient évalué mon potentiel financier et qu’ils me dépouilleraient de mes petites économies et même peut-être de mon billet retour… Mon ami  Alpha, le Guinéen, lui m’avait reçu, m’avait plongé dans l’ambiance africaine. On a parlé dioula, peul, mano, wolof, sosso… On a plaisanté et ma seule dépense à son endroit fut le prix d’un bon kebab, rien de plus. Pour lui l’argent est sacré et au pays on en avait besoin. Alpha, durant les 3 jours de notre rencontre était toujours dans la même chemise, les mêmes chaussures, le même jeans. Mes frères, eux, avant de me mettre à la porte de leur appart ont dû mettre quelque chose de chez Zara. Bref…Tu vois  ta diaspora voulait « abuser de moi ».

J’ai été en Moldavie. Pas loin de l’Ukraine et de la Russie. Là où c’est chaud en ce moment. Là-bas on parle russe, roumain et français. Connais-tu la Moldavie? Les Noirs y sont rares. Je dirais très rares. Tu comprendras que quand on est rare quelque part, la nécessité du regroupement devient un réflexe. Mais ma diaspora pense autrement. Dans ce bled, une musique de Magic System, me fit sortir de moi. Quoi? Les magiciens ici? Allah est Grand. Des gens qui ont de la peine à s’imaginer qu’un pays du monde s’appelle Côte d’Ivoire, joue du Magic System. Mais il y a de quoi être fou un instant, crier et danser en pleine ville. Ici, ma diaspora était des footballeurs. Ils venaient de remporter le Championnat national. Ma diaspora donnait une fête. Il y avait des filles, belles à couper le souffle, de la musique, tu sais, de l’alcool. Là encore, j’ai été introduit grâce à des amies camerounaises et sénégalaises. Des communautés très bien organisées pour résoudre les problèmes de scolarité, d’appartement, de nourriture, de santé, de loisirs. Les miens étaient trop occupés à se tailler des pipes, à danser en montrant leurs caleçons de marque Dolce, Nike, Kenvelo…Ma diaspora a à peine levé la tête pour me considérer. Chacun était un peu occupé à danser, boire et guetter sa Moldave. Ils n’avaient pas tort. Dans ce bled, le froid tue. Quand la vodka viendrait à manquer, une femme ferait l’affaire dans cette prison de pays, où sortir est aussi difficile qu’entrer. Dans ce coin, ma diaspora se prélasse au soleil quand il n’y a pas de rencontre de football ou école. Les autres grouillaient en dehors de l’école et des stades.

J’ai été à Québec. Comme on le dit. Là où tu sais. La première catégorie de ma diaspora était constituée de tous ces cadres du pays, qui s’inventent des missions au compte de l’Etat.Toujours cravatés et prêts à aller faire les boutiques, lécher les vitrines et à prolonger le séjour. Ils ne sont pas de la diaspora, mais ce sont des gens qu’on rencontre. Cette diaspora ou ce type d’individus, quoi que proche de moi professionnellement n’avait pas mon temps. Moi j’aime trop les choses d’en bas. Je suis trop émotif, j’aime trop l’Afrique, pardon la Côte d’Ivoire. Je compte mes dollars, je les convertis d’abord en Cfa avant d’engager toute dépense. Eux ils dépensent, c’est l’Etat qui paie. Alors le hasard et le destin me mettent devant un autre type de diaspora dans une supérette de Laval. Une fille que le Bon Dieu a bien dessinée. Jolie et innocente. Elle cherchait un boulot de vendeuse pour les vacances. Au moins une qui veut se rendre utile. Une, deux, trois, quatre… questions, la go s’est éclipsée, pensant sûrement que j’étais un espion de Ouattara – comme ils aiment souvent à le dire tout bas – ou que je voulais lui demander un complément de dollars pour m’acheter un sandwich avec toutes les taxes qui vont avec à Québec. Mais non ma chérie. Moi je ne cherchais que la chaleur du pays. Nostalgique de l’accent ivoirien. Enfin, quand j’eus la bonne nouvelle, qu’il y a des endroits pour ma poche, j’ai vite sauté dans le Métrobus fait de retrouver DOLLARAMA. Youpiiiiiii. Tu connais bien ce coin. Un endroit que Dieu a inspiré aux Canadiens pour les Africains de ma clique. C’est le seul endroit où les gens comme moi peuvent se permettre de remplir un chariot de souvenirs et chinoiseries pour nos parents très en attente toujours de quelque chose quand ils apprennent que tu as voyagé. J’ai rencontré en cet endroit ma diaspora. Elle est facile à dénicher. Elle ne fait jamais le premier pas, elle  attend que tu agisses, sinon elle se casse la main dans la poche. Dans tous les cas, personne ne mange chez quelqu’un. J’ai vu des jeunes, des étudiants. Mais tu sais, j’ai eu une intuition. Quelque chose me disait que c’était ma diaspora. Vêtus comme le DJ Molaré ou le Yorobo 2 fois coramane, ils étaient tous flanqués de filles belles comme le diable. Ils scrutaient les rayons les plus chers de Dollarama, quand tu sais qu’à Dollarama tout est entre 1 et 2 dollars.  Encore quelques questions d’usage, un échange entre fiers éléphants. Les petits vivaient en dollars. Mais j’avais ma calculette convertisseuse. Voilà encore ta diaspora. Là-bas on ne va pas se chercher. C’est trop loin. Aucune barque aux côtes du Maroc ne peut y conduire quelqu’un. Là-bas, on va justifier et gaspiller la richesse mal acquise de papa. As-tu vu ta diaspora ? Quittons cet endroit.

Passons. T’ai-je déjà parlé de ma diaspora sud-coréenne ? Le bonheur et la nécessite m’ont conduit au pays de Samsung, de Kia, de LG. Séoul. Ha Séoul ! Sept heures de différence horaire. Le déboussolement total. Un coin perdu de la terre où les gens aiment travailler. A Séoul, il y a les Nigérians. Eux ils sont partout. Et je ne doute pas qu’il y ait des Sénégalais aussi. Mais nos frères anangos ne se mêlent jamais aux autres. Leur couleur, leur accent, leur allure de gourou les distinguent des autres chercheurs; Eux, ils sont dans le business, les kens de millions. Nous on s’amuse. Dieu merci, j’étais loin de Séoul. À Iksan. Un village où l’université est dix mille fois plus belle et plus sérieuse que toutes les universités peintes à coup de milliards de FCfa par Bacongus et sa clique d’augmenteurs d’inscription pour fabrique d’enfants de pauvres. Wonkwang Univerity fait rêver. Je vous assure. J’y ai vu pour la première fois de ma vie, ce qu’on appelle gazon synthétique. Ne m’en voulez pas. Je viens d’ici. Je viens d’Afrique. Et dans mon pays, je n’en avais jamais vu, jamais foulé. Dieu merci ma diaspora était africaine. Une dizaine. Mais eux parlaient anglais. Moi aussi. Quelquefois, je m’en sors bien. Quand Allah m’inspire, c’est fluide, comme l’eau de la bagoué à Boundiali. Là je ne te dis pas. On applaudit le Noir quand il entre dans un bus ou un super marché. Noir exquis, Noir exotique. Ma couleur je t’adore. Tu fais souvent de moi, un objet de curiosité. Les deux Gabonaises qui avaient le malheur d’être dans cet isolement à mourir pour leur études ont sauté, jusqu’à toucher le ciel à la vue d’autres frères de couleur. On partageait le repas, on allait danser le soir. On revenait ivre. Pour quelques uns bien sûr. Mais moi. Ma diaspora. Mon seul ivoirien ne daignait me visiter que quand il voulait voir mon Haïtienne d’amie et de voisine d’hôtel. Ha, elle avait de ses rondeurs ensorcelantes comme les Ivoiriens les aiment. Son sourire faisait fleurir les fleurs d’hibiscus encore boutons. Sa peau était d’une douceur de soie de premier choix. Hum. Tu vois, cette magnifique créature était la seule raison suffisante pour ma diaspora de se rapprocher de moi. Je ne plains pas ma diaspora à ce niveau hein. Tu sais une fille coréenne n’est pas facile à conquérir. Alors faut faire entre nous quoi. Mon amie été belle comme l’Hélène de Ménélas que Paris a ravie, charmante comme Circé et marchait comme Pocahontas. Tu vois ce qui attire ma diaspora ? Mais n’oublions pas le point de départ. Ma diaspora est toujours surprenante, mais se trouve là où j’ai indiqué au début.

J’ai vécu en Roumanie. A Bucarest. Beau pays, une belle capitale. Les filles en été sont sublimes, elles marchent comme des princesses. En hiver, elles sont chaleureuses. Mon hiver en Roumanie fut cruel. Mais excitant. Là, ma diaspora était étudiante. J’ai pu la retrouver grâce à la diaspora guinéenne et sénégalaise. Toujours disponible. Bien organisée. Solidaire. Les Guinéens ne font point de distinction entre forestier ou Peul ou pro ceci ou pro cela. Je ne sais quoi encore. Un Guinéen à l’étranger est un fils du pays, un frère. Les Gambiens se mélangent aux Sénégalais. Personne ne parle de sa particularité. Tous sont unis par l’origine, par la langue, par la religion. Avec cette diaspora, j’ai fait ramadan, tabasky et tous les vendredis qu’Allah m’a permis de connaître dans ce pays. Quand j’eus l’occasion de rencontrer ma diaspora, des fils et filles cachés de ministres, de préfets, de directeurs qui ont des comptes en milliers d’euros, les premiers échanges furent autour de bonnes bières, de bons vins, en compagnie de belles gos. Une diaspora hypocrite qui admet selon des critères ethnico-géographico-politico-religieux. D’abord mon nom. Ensuite ma religion. Le nom, malheureusement dans mon pays te met dans la catégorie des pros ceci ou pros cela. La méfiance les conduisait à choisir leurs mots, les sujets de conversation. Et quand ils s’égaraient, j’entendais « vieux père, on ne parle pas de toi hein. » Des jeunes qui n’ont pas encore digéré une défaite qui ne les concerne même pas directement. Eux ils ont eux la chance de s’enfuir au Ghana. Mais que dire de ceux qui sont morts, qui ont perdu leur concours, leur travail, leur père…pour un conflit idiot. J’avais une diaspora de luxe. Femmes, clubs, appartements privés et individuels. Chacun dans son chacun quoi. Il ne faut pas s’étouffer quand on sait que papa, chaque mois enverra 1000 euros au moins comme argent de poche. Des inconscients qui pouvaient boire 300 euros nuit et appeler à 4 h du matin pour aider à régler la facture avec une carte bleue en attendant le mandat paternel. Ma diaspora pouvait se permettre de prendre de vacances hors du pays hôte. Alors qu’à côté, la diaspora sénégalaise vivait en communauté. Les Guinéens même m’ont plongé dans une ambiance de sauce arachide tous les jeudis. Les miens étaient abonnés aux fastfoods réputés : Mac Donald, Spring times, KFC, etc. Tu vois ici ma diaspora gaspille. Elle s’en fiche. Et quand elle rentrera, elle trouvera un boulot grâce à papa.

Voudrais-tu que j’allonge la liste en te parlant de ma diaspora parisienne? Elle n’a jamais eu le temps pour moi. Elle se plaignait de mes appels trop nombreux. Elle habitait toujours loin et ne donnait des rendez-vous dans des endroits publics : Place St.Michel, Moulin Rouge, etc. Elle est toujours préoccupée par les questions inessentielles. Elle est méfiante. Elle passe son temps à poster des vidéos d’injures sur Youtube. Elle est organisée en groupes idéologico-politique et ethnico-religieux. Ne faut pas perdre son temps. A Paris, faut chercher ton groupe. Voilà. Moi elle m’énerve. Mais dis-toi qu’elle contribue idéologiquement à alimenter les débats à distance. Et quand elle amasse une bonne fortune, elle s’achète un billet moins cher pour aller frimer au pays dans des voitures de luxe. Ce n’est pas ADO seul qui va faire émerger le pays hein.

Devrais-je te saouler encore avec ma diaspora hollandaise ? Elle à la chance d’être à côté d’un président ivoirien. Elle peut de temps en temps lui apporter même de la bouillie de riz, de mil, de mais. Je parle de Seplou, du Lumumba ivoirien, du Mandela du siècle, lui qui a si bien compris la démocratie qu’il se retrouve dans une cage de luxe. Comme le père et le fils sont en un même endroit, ma diaspora ivoirienne est divisée en RHDP et LMP. Les héros et les zéros. Les aigris et les heureux. C’est ainsi la vie. Une dualité. Ma diaspora critique le Blanc qui l’héberge, qui lui offre le toit, la sécurité, la nourriture, le travail. Elle est bien consciente qu’elle est dans un pays de droit, statut qu’elle refuse à la Côte d’Ivoire, pour la simple raison que celui qu’elle aime est en cage. Si tu te trouves en ce pays, n’oublie pas tes couches hein.

Bon mon frère. Je suis épuisé. Si dans tout ça tu n’as pas encore trouvé ta diaspora, on peut plus rien faire pour toi.

Ta diaspora sert à dilapider l’argent amassé par nos gouvernants sans scrupule. Aux dernières nouvelles on apprend que le fils d’un ministre d’Etat de la République est rentré en Jet privé et a été accueilli avec tous les protocoles dignes du rang de son père. Vois-tu, les hommes sont pareils. C’est le peuple qui est idiot.

Ta diaspora est là, elle t’attend, elle t’appelle, mais retiens qu’elle est encore à rechercher la réponse à des questions futiles : « Tu viens de quelle région ? Tu es de quelle religion ? Qui a réellement gagné les élections ? » Pourtant, elle devrait savoir que jamais un vainqueur ne finit en prison. Si l’origine devrait être condition d’intégration, alors cher ami, reste dans ton coin. Parce que ton nom dit tout? Il dit que tu viens du Nord, même si ce n’est pas important. Il dit que tu es musulman, même si c’est pas évident. Il dit que tu es rebelle ou RDR ou frère de FRCI, même si c’est à vérifier. Comme si RDR ce n’est pas ivoirien, FRCI ce n’est pas l’armée nationale… Mais bon, c’est essentiel pour certains. Les préjugés et les stéréotypes ne sont pas seulement faits pour les autres. Entre fils d’un même pays, d’une même nationalité, ils foisonnent. Dieu te garde et n’oublie pas de te protéger du blizzard. Car tu n’as pas encore trouvé ta diaspora et si tu meurs de froid. Ta diaspora restera sourde à tes SOS.


Côte d’Ivoire : comment on meurt chaque dimanche au CHU de Treichville

Entrée des urgences chirurgicales de Treichville (Ph.Badra)
Entrée des urgences  de Treichville en Côte d’Ivoire (Ph.Badra).

Dieu, disent les livres dits saints, créa le monde en six jours. Le septième, il décida de se reposer. Dimanche est devenu jour de culte pour la majorité des chrétiens. Dimanche dans les lieux de culte, on prie pour sauver des âmes. Dimanche, malheureusement, dans certains autres lieux comme les hôpitaux, ces structures destinées à soigner pour sauver des vies, quelques individus prient pour que viennent des malades amochés afin de les escroquer ou les laisser mourir. Ce n’est pas une généralité, encore moins une généralisation. Mais, quand le verre est dans le fruit, il n’est pas impossible que tout le sac soit contaminé. En Côte d’Ivoire, il n’y a rien qui étonne. Ou qui doit étonner. Dans toutes les structures hospitalières, l’ombre des voleurs de médicaments ou de froids soigneurs plane. Ces hiboux lugubres sont toujours les premiers à dire : « Il n’y a pas ceci ici, mais allez la- bas, ça coûte ceci », « la radio est en panne depuis X jours, voici l’adresse d’une bonne clinique où il y a une radiographie .» On émergence à double vitesse ou à double sens.

Des personnes de tout âge, tout sexe, toute catégorie sociale meurent gratuitement dans les CHU du pays faute de matériels et d’appareils fonctionnels et d’hommes conscients et sensibles aux malheurs des autres. Paresseux, veules, cupides, commerçants, sensibles à la limite de l’indicible, des médecins, des infirmiers, des brancardiers, des ambulanciers du service des Urgences chirurgicales du Centre hospitalier et universitaire de Treichville (CHU) ont démontré de manière sordide, qu’il est préférable de ne point avoir affaire à eux. Ils sont sadiquement aussi insensibles et humainement froids que certaines sages- femmes face aux parturientes comme le décrit bien Suy Kahofi.

Ce dimanche 7 septembre 2014, au petit matin, 19 jeunes, des amis qui rentraient d’une veillée d’hommage, ont été victimes d’un accident de circulation à la descente du pont de Gaule. Dieu merci, pas de décès, mais des blessés. Dieu merci, ils ont été secourus dans les délais et évacués vers les Centres hospitaliers et universitaires (CHU) de Treichville et de Yopougon. Si les 8 conduits au CHU de Yopougon, ont eu la chance d’être reçus et pris en charge, les 11 déposés par les pompiers au CHU de Treichville sont restés de 7 h à 12 h entre vie et mort. Ils ont eu le malheur d’être envoyés dans un CHU piteusement équipé et où règnent en dieux, quelques personnes sans scrupule des monstres froids au sens de Nietzsche.

Pas moins de 5 heures durant, ils sont restés tels que les pompiers les avaient déposés.  Dans leurs vêtements ensanglantés, leurs plaies ouvertes, ils se tordaient de douleur pendant que les DIEUX des Urgences chirurgicales étaient tranquilles dans leurs bureaux. Quelques-uns, faisaient semblant de se rendre utiles en remplissant des bons d’enregistrement. Comble du manque de professionnalisme alors que les pompiers avaient déposé 11 rescapés d’un accident, ils n’en avaient enregistré que 10. Où était donc passé le 11e malade?

La victime gisait seule, en cet endroit sordide, dans une pièce où on l’avait oubliée. Le jeune avait pris un gros coup de froid. La seule phrase consolante qu’un infirmier trouva à dire, «  ce n’est pas grave, on voit pire que çà ici au quotidien ». Il fallait donc attendre que le dernier miraculé soit enregistré pour enfin commencer la prise en charge. Tout ce temps pour enregistrer des accidentés et délivrer des bons de médicaments, indisponibles à la pharmacie du CHU. « Vous avez la moitié ici, le reste est disponible et payant à la pharmacie interne. Allez là-bas. »

Le CHU de Treichville, un hôpital et un centre universitaire de rang. Les CHU, il n’y en a que 5 dans le pays : 3 à Abidjan, 1 à Bouaké et le dernier à Korhogo, si je ne me trompe. Et le CHU de Treichville ne dispose pas de radiographie fonctionnelle. Diantre! « La radio est en panne depuis longtemps », affirme-t-on en chœur, avant d’indiquer l’adresse privée d’une clinique, où tout se trouve. Sur le dos des malades et prétextant des pannes, se développe un business florissant. La radiographie d’un hôpital de ce rang est en panne. Dans un pays qui se voudrait émergent et qui se targue d’être en train de construire un Institut de médecine nucléaire à Abidjan. Et on le dit sans l’ombre d’une quelconque honte. L’ambulancier, qui se pavane dans sa blouse et avec son air important, remet les bons de radio en murmurant avant de s’éloigner comme si une autre tâche urgente l’attendait. « On fait ça là bas. Cela fait 30 radios. Une radio fait 10 000F Cfa ». Imaginez le calcul qui leur fait se lécher les babines et se frotter les mains quand ils s’imaginent les ristournes qu’ils toucheront sur le client recommandé.

Dimanche, chacun est responsable de son malade (Ph.Badra)
Dimanche, chacun est responsable de son malade (Ph.Badra)

Dans le fond les hôtes du jour se sont comportés comme des dieux vautours. Comment se fait-il que le matériel élémentaire tombe toujours en panne dans nos institutions hospitalières? On se souvient que le décès d’une mannequin Awa Fadiga, au CHU de Cocody, par négligence et faute de scanner a fait des tollés révélateurs de ce que cache l’émergence. Mais là il y a eu des réformes conduisant à la fermeture d’un pan des urgences pour réhabilitation et remplacement du directeur. Mais, qu’est-ce que cela change véritablement au système ? Il y a eu ces mesures parce que le jeune mannequin avait des amis et parents influents, qui ont usé de tous les moyens pour révéler les erreurs du système sanitaire ivoirien et crier leur ras-le-bol. Mais imaginez tous ces moins nantis, ces inconnus qui à défaut d’argent meurent en silence dans ces institutions.

En Côte d’Ivoire, avoir des hôpitaux équipés relève du miracle. Et quand les équipements sont trouvés, cela est annoncé en pompe dans tous les médias pour montrer que le pays est au travail. Oui, le gouvernement travaille pour satisfaire les populations. Mais quand il s’agit de prendre soin de ce qui s’obtient difficilement, on tombe dans l’incivisme. Car être bon citoyen, ne consiste pas seulement à respecter les lois et à ne pas gaspiller l’eau et l’électricité. Un bon citoyen respecte aussi les efforts consentis par l’Etat. On a l’impression que les chers techniciens et médecins rêvent que les équipements de soins tombent rapidement dans la défaillance, afin qu’ils fassent de recommandations de radio ou d’examens dans des cliniques, où ils touchent des quotas sur les patients clients orientés ou envoyés. Pour preuve, dans ce pays, si votre malade doit faire un scanner, il vous revient de louer une ambulance pour le conduire dans une clinique privée, indiquée par le soin du médecin traitant, et de revenir de cette clinique avec votre malade dans l’établissement public afin de continuer ses soins.

Dans un autre cas, on vous indique sèchement qu’il y a panne, mais si vous rentrez dans le contexte, tout se dépanne miraculeusement ou on vous trouve une solution rapidement. Faites un tour au service de radiographie de l’hôpital militaire d’Abidjan (HMA). Si vous ne payez pas le passage, vous risquez de faire de belles racines dans la salle d’attente. Faites un tour aussi à l’INSP d’Adjamé, il y a des examens médicaux qui se font sans reçu. Leurs frais sont directement remis aux techniciens aux blouses dont les poches ont changé de couleur à force de voir les mains entrer pour y déposer des billets de banque et ressortir aussitôt.

Le CHU de Treichville, ne dispose pas de radiographie. C’est grave à entendre. On suppose que le CHU fait au moins des recettes. Comment ne pas réparer aussitôt une machine défaillante, vu qu’une radiographie est une nécessité pour une institution de ce genre. L’Afrique ne ressemblera pas de sitôt aux pays développés hein. ! Combien coûte une radio, pour qu’on n’en ait pas en réserve quand on imagine le nombre d’unités mobiles de radiographie qui sont mobilisées quand il s’agit des concours du CAFOP, de l’ENS, de l’ENA, de la Police.

Si des établissements qui organisent les concours mobilisent des unités mobiles appartenant quelquefois à des structures de privés, le CHU en cas de panne, ne peut-il pas recourir à ces unités mobiles ?

Les imbéciles qui se prennent pour des dieux…

Au CHU de Treichville les demi-dieux et monstres froids sont à la base, logés dans les accueils et les dieux au sommet. Le parcours du combattant commence déjà à l’accueil du service des urgences chirurgicales.

Le vigile à l’entrée se prend pour un dieu, parce qu’il a le privilège de pouvoir ouvrir ou fermer à qui il veut. Là encore il faut négocier,  »le gérer » pour voir son sourire et ses dents dont l’éclat de couleur rivalise avec son uniforme. Son prétexte : il est interdit de rester dans les couloirs. Oui cela est vrai, mais une fois géré, lui même gère et est prêt à trouver la raison suffisante de votre présence dans le lieu interdit, aussi nombreux que vous soyez. Il y a aussi le malin des brancardiers qu’il faut supporter. Eux se prennent pour des médecins, parce qu’ils ont des blouses. Pour entrer dans leur grâce et mériter leur bénédiction hypocrite, il faut les ‘‘voir » quand-ils finissent de transporter votre malade d’un point A à un autre dit B. Les ambulanciers quant à eux se donnent un pouvoir immense. Leurs services sont ultra obligatoirement payants. Il faut les voir se pavaner avec des airs d’affairés, mains gantées et cache-nez descendu au menton. Avant de décoller avec nos malades, ils ont exigé d’être  »vus » d’abord. Evidemment, il leur faut du carburant, sans quoi la machine ne peut se mouvoir. Enfin, avant de voir les médecins, qui n’ont jamais le temps, il faut passer entre les mains des aides-soignants (A.S) et infirmiers. Ceux-là ont le pouvoir de recevoir un malade, de prescrire des bons, de commencer la prise en charge. Ils sont les plus sadiques. Leur phrase fétiche : « Nous, on voit pire que ça tous les jours. » Ce dimanche, ces braves travailleurs sont  en boule d’être au travail, un jour où les autres sont à la plage ou au repos.  Ils ne manquent jamais de rappeler leurs conditions misérables de vie et de salaire

Aucun d’eux ne s’était donné la peine de nettoyer simplement les plaies ouvertes ou les corps mouillés de sang. Cinq heures après l’arrivée au CHU, il était impossible  d’avoir la moitié des médicaments prescrits pour les premiers soins dans la pharmacie de l’institution. La tension commençant à monter face à l’attitude insultante du personnel en présence, se moquant de l’inquiétude des parents du malade, il a été décidé de transporter les blessés vers le CHU de Yopougon, où les autres semblaient avoir été accueillis dans de meilleures conditions. Surprise ! Il n’y a pas d’ambulance. Le CHU qui se trouve dans la commune du ministre-maire Amichia et de l’honorable Ami Toungara, ne dispose pas d’ambulance. La seule ambulance qui se trouvait dans les parages ne pouvant transporter que 5 personnes, le transfert des autres a été effectué dans des véhicules personnels. Là encore, les agents qui ont conduit les malades en chaise roulante attendaient une récompense. Diantre encore ! ignorent-ils que le malheur n’arrive pas qu’aux autres?

Ici on parle d’émergence

Depuis un certain temps, le mot émergence est devenu célèbre. Même Ebola n’arrivera pas à ternir son aura. Mais l’émergence, ce n’est pas forcement un pont, encore moins une autoroute. L’émergence ne se limite pas à prendre des mesures au cours des conseils, d’interdire les sachets plastiques, de casser toutes les installations anarchiques à Cocody et de faire semblant de ne pas voir ceux de Port-Bouét 2 à Yopougon. L’émergence ce n’est non plus des chiffres qui traduisent la croissance, sans que le peuple n’en ressente aucun effet. L’émergent ne devrait pas se limiter à peindre une université et augmenter les coûts des inscriptions sous prétexte que ce qui est « cher a plus de valeur ». Dans ce cas, ceux qui disent soigner mystiquement à 5 F Cfa, et qui passent toujours à Radio Yopougon, sont des idiots menteurs. L’émergence, ce n’est pas de dire à chaque apparition qu’on a transformé à titre d’exemple 100 centres hospitaliers régionaux (CHR) en CHU, 100 hôpitaux généraux (HG) en CHR, qu’on a transformé 1000 cases de santé rurale en HG… Il y a une infinité d’exemples hein !

Non! L’émergence doit être aussi dans le comportement des travailleurs ivoiriens. Les corps habillés, notamment les policiers, par exemple,. Ces derniers de doivent pas être vigilants que quand il s’agit de traquer les conducteurs qui conduisent en téléphonant ; les concours doivent être crédibles et les modes de recrutements moins népotistes…Dans les hôpitaux, l’essentiel pour le citoyen est de savoir, si le changement de nom et de statut – ce qui est simple à faire – s’accompagne des dispositions et aménagements en termes d’équipements que cela implique. L’émergence, c’est aussi le changement d’attitude. Dans nos hôpitaux on se permet de crier, d’insulter ou d’humilier les malades; on fait chanter les parents parce qu’on sait qu’on tient entre ses mains la vie d’un tiers. L’émergence c’est aussi d’avoir des hommes qui se souviennent de leur serment d’Hippocrate, hypocritement prononcé pour satisfaire à l’usage. L’émergence, ce sont des infirmiers qui savent lire et comprendre ce qui en plaque devant chaque CHU: Ne me dis pas ton nom, ne me dis pas ton ethnie, ne me dis pas combien tu as en banque, dis-moi simplement ton mal pour que je puisse faire mon travail. Celui que j’ai choisi par vocation en sachant toutes les réalités financières et sociales de ma corporation, celui que j’ai aimé parmi tant d’autres et auquel je suis arrivé par la force de mon esprit, et non malgré moi, parce qu’y a plus travail. »

Les amis, sont mal en point, mais Dieu merci, sains et saufs. Pour le reste, Dieu s’en charge.


Côte d’Ivoire; le carrefour Jacqueville entre émergence et immersion

Carrefour Jacqueville (Ph.Badra)
Carrefour Jacqueville et son décor d’eau et de sable  (Ph.Badra)

Jacqueville n’est pas loin d’Abidjan. Seulement 20 km environ de bitume et 30 minutes de voiture, si le bac, sempiternellement en panne et en retard, daigne se pointer à l’heure. C’est une ville propre et tranquille. L’histoire de la ville est liée à celle de pont. Aujourd’hui ce pont émerge, tandis qu’à quelques kilomètres, à l’entrée, la porte, pardon la voie d’entrée, s’enlise. Pour être fashion, immerge.

Les dernières pluies ont montré la précarité de l’urbanisation des grandes villes ivoiriennes un peu trop encore sous l’emprise du concept d’émergence, celles des voiries aussi. Les Ivoiriens ne cesseront de se plaindre de l’état piteux des voies mille fois colmatées, rafistolées par ces entrepreneurs bricoleurs abonnés aux boutiques chinoises. Dieu seul sait dans quelles conditions une entreprise se voit attribuer un marché. Du côté des hommes, chacun se jette la responsabilité de l’entretien des routes. La maigreur des budgets est souvent évoquée par les mairies pour se dédouaner. Qui des communes, des districts ou de l’Etat (FER, AGEROUTE et consorts) doit entretenir une route, ces chères voies dont les Ivoiriens sont si fiers?

Eau stagnante en pleine chaussé (Ph.Badra)
Eau stagnante en pleine chaussée (Ph.Badra)

Quid ? On sait que des cadres se battent pour que l’électricité, l’eau potable, les infrastructures sanitaires et éducatives arrivent dans leur hameau. Des fils d’une région se démènent pour que le goudron arrive. Et quand l’Etat, accède à leurs demandes et s’engage à exaucer leurs vœux, c’est la fête au village. On mange, on boit, on danse, on en profite pour se taper toutes les petites villageoises dont les yeux sont en feu à la vue d’Abidjanais, à la gloire du bon cadre qui a inspiré le Bon Dieu à inspirer les décideurs. Les cadres appellent les jeunes, les vieux et les femmes pour leur gaver l’esprit de tous les pendants du développement. Dans le fond, chacun cherche, un positionnement politique, pour s’enrichir au nom du développement.

La partie irritante de l’histoire, c’est qu’en Côte d’Ivoire, tout projet de développement est accueilli avec enthousiasme. Après, concernant particulièrement des charges liées à l’entretien des voiries, les grimaces font surface. On laisse le temps au sable d’engloutir les œuvres (comme la bretelle d’Adjamé-Liberté permettant de rejoindre le Latrille), on assiste passivement au passage des véhicules de tout gabarit. On permet aux eaux stagnantes de s’installer et de pernicieusement décoller progressivement le bitume toujours de mauvaise qualité, mais acheté tout de même à coup de milliards.

On évoque toujours les sorciers

Si des techniciens des mairies ne trouvent pas mieux que du grava ou du sable, pour colmater des nids de poules, ce sont des entrepreneurs ou opérateurs économiques qui utilisent du béton pour masquer des creux dans des voies dévastées par l’eau. Comment le béton peut adhérer au goudron ? On a recours à des solutions minables qui dévoilent toutes leur précarité lorsqu’un gbaka fou, ou un taxi banalisé (c’est désormais officiel, ils exercent en toute légalité, leur derrière étant bien soudé) s’y hasarde pour tester la qualité du boulot qui a causé tant de bouchons turlupinant ou d’une petite pluie pour bénir l’ouvrage, trop mal ou bien pensé. Tout se passe, comme si on se plaisait dans ce cercle vicieux et vicié de l’éternel recommencement, où on évoque toujours les sorciers et on incrimine le Bon Dieu d’avoir fait de nous des Noirs. Les discours fusent, les problèmes sont toujours traités avec urgence et priorité superficielles, mais rien dans le fond, au-delà du son, ne change.

Allez voir à Attecoubé ou à Abobo, qui ne sait pas qui sont les fameux microbes, qui ne connaît pas leur terreau ? Mais d’aucuns diraient qu’ils ont des mentors qui les protègent. Ha bon! La Solution aux phénomènes des microbes n’a-t-elle pas encore été trouvée? Ces microbes à qui ont fait des coups de pub dans les colonnes de nos médias sont t-’ils aussi tenaces qu’Ebola ? Possible.

Faites un tour à Adjamé du côté des rails d’Abrasse, ou à Port-Bouet 2… Tout le monde sait où on se chauffe les neurones,  fume officiellement l’herbe des dieux ou la poudre qui rend téméraire. Mais en dehors des mises en scène de descentes d’agents en tenue ou non pour prendre leur recette quotidienne (ou leur quota ou leur casso, pour parler comme les noussi ( et en dehors des simulacres de poursuite de quelques voyous surpris dans un lieu insolite, pour distraire un peu le quartier, rien ne présage la fin de ce commerce illicite…Chacun dans ce monde de solutions pense à la postérité. Et au milieu, il y a toujours des zélateurs pour faire gober les actions invisibles de Mr X ou Mr Y et de ce que promet l’émergence. « On passe la vie à espérer et on meurt en espérant » disait l’homme aux quarante écus de Voltaire. Il le faut bien, non ?

Les chiffres parlent, parlent et parlent

Bref c’est aussi çà l’émergence, concept plein de promesses et bien trouvé pour enterrer celui de la Refondation qui a mis dans les oubliettes,le slogan du progrès pour tous et le bonheur pour chacun. Émergence. Voilà bien le terme qui turlupine des Ivoiriens. Maître mot du projet présidentiel, les Ivoiriens alimentent les débats  en l’interprétant de diverses façons, souvent sans ironie. Tantôt, c’est une distraction et là-dessus, une chronique en fait un point, tant elle veut comme preuve les ponts, autoroutes et autres infrastructures, les hôpitaux qui se dessinent ici-et-là. Les chiffres parlent, parlent et parlent. Jusqu’à présent, rien de réellement concret pour la jeunesse. Sinon des promesses. On ne sait réellement pas comment s’attribue, et à quelle vitesse, les fameuses subventions du Fonds national de la jeunesse. On ne sait pas à quel stade est le fameux programme de volontariat national. De l’autre côté, l’AGEPE arbore sur ces murs nouvellement peints et pleins d’ions de plomb qu’elle est la solution au chômage. Il y a aussi la promesse simple que les concours se tiendront en 2015 après presque 4 ans d’attente. Ni ENS, ni ENA, ni INJS…Une chose est presque sûre : tout le monde sera au même pied d’égalité. Il n’y aura plus de listes de privilégiés venus de tel ou tel monument ou institution du parti au pouvoir. Hum.

L’Émergence obnubile les Ivoiriens. En effet, tout va bien. Le développement nécessite aussi des cures, des sacrifices, des injustices légitimes et légales. Mais il y a de petits détails qui énervent.  Des endroits du pays dont la vue peut faire enclencher un AVC, faire sortir un kôkô. Des p’ti coins oubliés, négligés, ou en attente de leur vaccin de l’émergence, qui crient au secours, qui agonisent ou même qui interpellent. Le meilleur des mondes, c’est encore loin. Je parle ici du carrefour Jacqueville. L’intersection qui nous oblige à quitter l’axe principal de la Côtière, cette route internationale.

Ceux qui empruntent la côtière, cet axe international qui relie les deux villes portuaires du pays Abidjan à San Pedro, peuvent témoigner que de nombreux efforts ont été faits pour que les milliers de poules qui y avaient fait leur nid déguerpissent. Tout a été presque colmaté. Presque; si on en juge le trajet Abidjan- Yocoboué. Pour le  reste, Dieu seul le sait. Mais n’allons pas loin. Marquons un arrêt aux portes de Jacqueville, ville du premier président de l’Assemblée nationale de Côte d’Ivoire, la grande chancelière, Henriette Dagri Diabaté.

Le sable, l’eau se sont installés sur le bitume et ont bouché les caniveaux. Ils ont englouti et détruit totalement le bitume de l’entrée de la région des Grands Ponts. Entre une station qui ne s’occupe que de son espace, un barrage FRCI dont on imagine encore la raison de la présence, une gare de 504 improvisée comme d’habitude et une espèce de marché où aucun aliment vendu n’est protégé des poussières, la dégradation choquante de la voirie est l’expression presque euphémique, faisant l’état de la situation.IMG_20130811_181015

Des trois voies ou portes d’entrée, seule celle du centre est encore praticable. La première du côté de la station-service est ensablée et la seconde, celle par laquelle tous les véhicules en provenance de la ville et en partance pour Abidjan devraient emprunter pour rejoindre la côtière a son ventre ouvert. Un gigantesque trou, où croassent des milliers têtards. Des jeunes avisés y ont planté des bâtons de bambou pour qu’aucun automobiliste ne s’y enlise par inadvertance, un soir où Delestron viendrait à frapper.

D’aucuns diraient que la responsabilité de l’entretien de cet endroit reviendrait au district d’Abidjan, car faisant partie de la zone de Songon, d’autres affirment qu’il n’en est rien. Il faut simplement que le président du Conseil régional des Grands ponts qui se trouve être un fils de Jacqueville, M. Gabriel Yacé, donne l’exemple en nettoyant devant l’entrée de sa maison. A ce jeu de ping-pong, qui aura l’attitude qu’impose l’émergence ? En attendant la fin des tapotements de balle et l’annonce des prochaines campagnes électorales, le carrefour Jacqueville continue d’offrir aux passants, son visage triste et désolé.


Côte d’Ivoire : 600 loups messagers de la paix à Tiassalé

Defilé des scouts à Tiassalé (Ph.Badra)
Défilé des scouts à Tiassalé (Ph.Badra)

Ils étaient environ 600 jeunes âgés de 8 à 12 ans et leurs encadreurs au lycée moderne de Tiassalé, ville OMD du pays, du 1er au 10 août 2014 pour la 5e édition du rassemblement national des tous petits du scoutisme catholique ivoirien (ASCCI) appelé Carnaloup. Venus des quatre 4 coins du pays et des 15 archidiocèses, les louveteaux ont répondu massivement présent au grand hurlement national lancé depuis Dabou, là où s’est tenue l’avant-dernière édition. Diminutif de Carnaval des louveteaux, le Carnaloup réunit tous les 4 ans les jeunes scouts âgés de 8 à 12 ans appelés louveteaux et louvettes et leurs encadreurs pour des activités dénommées chasses.

Cette cinquième édition avait pour thème  »Un monde de paix en faveur des droits des enfants. » Le programme concocté cette année par l’équipe nationale dirigée par l’Akela national Nelson Coffie P et son équipe a permis aux enfants logés dans 6 tanières, de vivre durant 10 jours dans l’ambiance de famille heureuse qu’on concède à la meute autre dénomination de la branche jaune, branche des louveteaux.

Les grandes chasses réalisées

Cette édition du Jamborée des louveteaux s’est déroulée autour des concepts de paix et de droits des enfants. Les tous petits accompagnés de leurs encadreurs, les vieux loups et les mères louves, se sont appropriés de ce concept et des valeurs qui les sous-tendent pour un monde plus équilibré. Ils ont donc notamment participé à des activités culinaires, sportives, de débrouillardise, de civisme, d’éducation et de sensibilisation des populations sur la nécessité et le devoir naturel de reconnaître et respecter les droits des enfants.

Atelier avec l'ONG EA (Ph Badra)
Atelier avec l’ONG EA (Ph Badra)

Ils ont été sensibilisés aux valeurs enseignées par le docteur Amadou K, membre de l’ONG Enfance en action. Une ONG de défense et de promotion des droits des enfants qui a bien voulu animer des ateliers pour lesquels les jeunes ont manifesté un grand intérêt. Afin de matérialiser leur compréhension du concept, les louveteaux à l’occasion d’un concours d’expression, ont réalisé 56 tableaux sur le thème des droits des enfants, de l’éducation, de la paix, de la solidarité… Des tableaux qui ont été présentés au défilé national afin de sensibiliser les populations.

M. le Prefet recoit une sizaine (Ph.Badra)
Le préfet reçoit des enfants  (Ph.Badra)

Il faut noter que les louveteaux ne se sont pas contentés d’assister à la célébration du 54e anniversaire de l’indépendance du pays. Ils ont enrichi de couleur cet anniversaire en ouvrant le défilé civil. Mâts, étendards, fanions, chacun arborant une superbe tête de loup. La prestation fut mémorable et plaisante au point que le préfet de Tiassalé a bien voulu recevoir en présence de ses enfants quelques louveteaux autour du thème des droits des enfants. Enfin les jeunes n’ont pas oublié d’accomplir le premier devoir du scout : devoir envers Dieu. Des temps de prière ont ponctué les aurores et les crépuscules des 10 jours du cantonnement.

Souvenirs et distinctions

Il est de coutume pour le commissariat national branche louveteau de l’ASCCI de distinguer des louvetiers qui se sont distingués au cours des grands événements. Initié il y a une décennie, le « loup d’or » distingue les meilleurs responsables de meute. Ces chefs qui se distinguent par la qualité de leur engagement et par leur aura inspirent les jeunes, mais aussi rassurent les parents.

Ainsi 13 louvetiers ont été donc honorés du « loup d’or ».

Cérémonie clôture, les Akela reçoivent leur distinction (Ph. badra)

En bonus : un aperçu du vocabulaire de la jungle

La meute est la branche des tous petits du scoutisme. Au sein de cette branche, la méthode d’apprentissage est le jeu. L’enfant joue dans un cadre symbolique taillé sur mesure à partir du Livre de la jungle de Rudyard Kipling. A la meute, le vocabulaire est particulier. Tout est symbolique et éducatif :                                                                            –   les chefs et animateurs d’unité prennent un nom symbolique d’un personnage du livre de la jungle: Akela est le vieux loup sage et solitaire, Baloo est docteur de la loi, il est bon conseiller et plein d’anecdotes et de proverbes. Bagheera, c’est la panthère noire, agile, technicien, il est féru d’idée de chasse pour mettre les jeunes en bon entrain;                        – le jeune de 8 à 12 ans s’appelle louveteau ou louvette;                                                        – la communauté s’appelle le clan. Et les équipes d’affinité, la sizaine;                                   –  le mode de rassemblement est le grand hurlement;                                                        –  les activités (match de foot, chasses au trésor, un concours, découvertes…) s’appellent chasses,                                                                                                                                  –  le lieu du rassemblement est le rocher du conseil ;                                                          –  le couteau c’est la dent, le feu c’est la fleur rouge…la liste n’est pas exhaustive.

 Prochain rendez-vous ?

La cinquième édition du Carnaloup a clos ses portes sans pouvoir passer le flambeau à une région scoute. Les rideaux sont tombés, les chasses bouclées. Le prochain rendez-vous, c’est dans quatre ans. D’après rumeurs des coulisses la région de Korhogo serait un candidat potentiel pour accueillir l’événement.


La blogosphère ivoirienne s’initie et initie au langage parlementaire.

Une vue des blogueurs en seance de formation (Ph.Behem)
Une vue des blogueurs en seance de formation (Ph.Behem)

Vendredi 15 août jour d’assomption et férié en Cote d’ivoire. Des journalistes, blogueurs, étudiants ont investi l’Assemblée Nationale de Côte d’Ivoire à l’invitation de l’Association des Mondoblogueurs Ivoiriens (AMI) pour un atelier d’information et de formation au blogging parlementaire.

Initiative de l’AMI, ce premier atelier sur les deux prévus a porté sur l’historique et le fonctionnement de cette institution où se votent toutes les lois de la République. Il a mobilisé 17 participants au nombre desquels des blogueurs, des journalistes et des étudiants en communication, venus s’initier au langage parlementaire.

 Suy Kahofi, Chef du projet formation au blogging parlementaire pour l’AMI a précisé le cadre et les motivations de cette formation qui introduit le nouveau concept  de blogging parlementaire dans l’univers des blogueurs en Côte d’ivoire. Pour le mondoblogueur finaliste du dernier concours CNN-Afrique, « il importe, pour les journalistes citoyens, pour les producteurs de contenu numériques et activistes des nouveaux médias, de maîtriser l’univers et le vocabulaire de l’institution afin de mieux rendre compte des événements qui s’y déroulent et des décisions qui s’y prennent. » Il poursuit pour dire que «  dans ce contexte, c’est seulement en se spécialisant que le journaliste, le blogueurs devient professionnel et capable de rendre compte avec objectivité ».

Comme les techniques et les pratiques de rédactions de l’information parlementaire ne doivent pas relever de l’improvisation, l’AMI fera de ce concept un credo de formation. A ce premier atelier donc, animer par Monsieur Dadi Martial, Assistant administratif au service des Débats parlementaires, suivra un autre qui portera sur les procédures parlementaires.

Bref, comme le dirait l’autre, on a créer le blogging parlementaire en Cote d’ivoire, un jour d’assomption pour les chrétiens et de prière collective pour les musulmans. Double bénédicité donc.

photo de famille des participants à l'atélier (ph.Behem)
photo de famille des participants à l’atélier (ph.Behem)


Cote d’Ivoire, le spectre d’Ebola a fait oublier celui des inondations

Alerte Ebola  Ph.Google
Alerte Ebola Ph.Google

Les ivoiriens, n’ont pas seulement l’art de tout tourner en dérision et de faire de tout sujet de drame un prétexte de création de nouveaux concepts musicaux ou des raisons d’investir les maquis pour se saouler le bec…, ils ont aussi l’art d’oublié.

L’odieuse et inique affaire du bateau hollandais Probo Koala en 2006 devenue dans les railleries populaires Probo koulaba (vase de nuit en dioula) – qui dans le fond n’a profité plus aux riches politiciens des deux derniers récents régimes qu’aux pauvres victimes réelles des quartiers poubelles de la capitale économique – fut aussi vite étouffée (par des parodie de procès médiatisé) que les douleurs des débâcles des pachydermes footballeurs en 2012 en phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations face aux Chipolo polos ou de leur renvoie à la maison à 30 seconde d’une qualification historique au second tour de la dernière édition de la coupe du monde au Brésil. La sciatique et la canne de l’émergence du Président Alassane Ouattara ne sont plus des sujets de mode, tout comme les dites troublantes révélations du dernier livre de l’ex-Président Laurent Gbagbo font moins trembler le pouvoir d’Abidjan. Le courroux de l’augmentation du coup des inscriptions dans les Universités publiques où depuis trois ans aucune ombre de bibliothèques – le minima pour une institution de ce nom relooké à coup de milliards – ne plane, ainsi que l’ire corrosive générée par l’augmentation du transport à cause de la cherté unique dans la sous région du péage sur la nouvelle autoroute qui est jalonnée de patrouilles de gendarmes toujours habités du reflexe de racket sont déjà dans le passé. Les microbes, bien qu’inquiétant d’Attecoubé et d’Abobo font désormais partie de la routine des soucis des ivoiriens. Ces temps ci, la menace de l’encore invaincu Ebola, sujet plus préoccupant que les conflits au Moyen Orient ou le suspect convoi humanitaire russe pour l’Ukraine, a fait oublié aux ivoiriens les nombreux dégâts causées par les dernières pluies.

Les ivoiriens sont comme des masochistes qui s’adaptent à toutes douleurs, à qui toutes notions de prévision manquent et qui ne sont prêts qu’à  réagir quand tout est, comme on le dit par ici, gâté. En effets, les mois de juin et juillet ont marqué la Côte d’Ivoire par l’abondance des pluies tombées. Aucune ville du territoire ou presque toutes, du nord au sud, d’est en ouest, sans oublier le centre, n’a échappé aux cordes déchainées des eaux tombées du ciel. Le mois du jeûne musulman a, en ses débuts, connu trois jours d’aspersion. Allah dans sa mansuétude a oint ce moment de pénitence par tant d’eau. Oint trop oint même, et ce ne fut que le début. Atakbir, Alleluya, Gnamien, Lago, Effozou, Bahahula… soient loués il a plu. Et souvent en non stop.

Qui dit que l’excès ne nuit pas. Il y a des excès dont on doit tirer de bonnes leçons. Des excès qui enseignent que la mesure doit gouverner tout acte humain. Car au fond, la vanité tue, divise. Les pluies ont dévoilé l’amère réalité de cette discrimination qui consiste à incriminer chaque fois que l’occasion se présence, les pauvres habitants des quartiers précaires. Elles ont montré que depuis des décennies les urbanistes trompent le peuple et s’enrichissent en réalisant des travaux, qui cachent de véritables bombes à retardement. Il n’y a eu dans certains quartiers dit résidentiels aucune juste mesure du respect de l’environnement urbain et du futur.

J’ai vue à Abobo, mon inconsolable Abobo (Akekoi route et Colatier) de nombreuses familles revenues habiter des maisons estampillées depuis 2012 – AD plan ORSEC –. Les pluies les ont foutus en plein sommeil dehors pour rebaptiser des quartiers entiers de la fondation à la cime. Ces populations qui se plaisent à être toujours des victimes se sont réinstallées au vu et au su des agents des Ministères de la Construction, de l’Habitat, de l’urbanisation et des villes. Ces agents une fois les moments d’alertes passées se prélassent sans songer à faire de la veille. La veille, c’est ce qui évite d’être surpris. Les Africains ne le savent-ils pas encore ? Diantre.

Heureusement que cette année, les pluies n’ont pas fait de discrimination dans les dégâts. Tout le pays fut servi, toutes les couches sociales reçoivent leur dose d’eau. Les quartiers résidentiels sont devenues précaires et à risques. Les quartiers dont l’essence, l’âme et le corps sont reconnus comme précaires (Mossikro, Boribana) quant à eux, ont confirmé leur titre. Ces derniers ont encore subit la furie des bulldozers…Mais bon, il en est ainsi de leur destin.

Dans le fond, les quartiers aux villas cossues de la capitale économique ont dévoilé cette indicible vérité que les riches ont obstrué les voies d’évacuation, obligeant ainsi les eaux qui ruissellent à quitter leur nid. Les pluies bénissant ont aussi montré les failles de l’énorme chantier de l’émergence? Signe que souvent la volonté de faire pour plaire ne suffit point. Les titanesques chantiers de l’Indenié et du tunnel de la Riviera ont montré leur talon d’Achille. Pour cette fois e concernant l’Indenié, ADO n’a pas mieux fait que Gbagbo. Mais on va toujours accuser les habitants du versant de Williamsville. Oui toujours eux. Pourtant c’est devenu un refrain populaire que la méga star Alpha Blondy a bâti son château sur la voie des eaux.

Les Caterpillars ont détruit tous les quartiers dits précaires et ils le sont vraiment. Les populations ont été déguerpis ici et là. Quelques habitants ont reçu des secours à la volé. De bons samaritains ont sorti leurs mallettes de charité pour aller préparer leur futur électorat sous forme de solidarité aux victimes des drames d’éboulement à Yopougon, Attecoubé, Grand-Lahou…Mais personne n’a véritablement eu le cran de dire à Jah Blondy, comme lui le demandait à l’Armée Française en 1998, de s’en aller. Personne. Et oui, les pauvres diront qu’ils ont toujours tort. C’est aussi ca aussi cette Afrique qui sera, on l’espère un jour émergente dans les faits et non dans les annonces programmatiques aux allures de prophéties.

Deux mois presqu’après les drames qu’ont engendré les eaux pluviales, les ivoiriens semblent avoir tout oublié. Personne encore ne parle d’éventuelles mesures pour prévenir d’éventuelles futures pluies abondantes. Le dossier de la recherche des centaines d’hectares pour relocaliser les populations déguerpies, est presque rangé dans les tiroirs en attendant d’autres occasions de montrer que « le gouvernement est au travail » ; les populations maintes fois chassées de ces endroits dits à risques reviennent progressivement ou sont déjà revenues en certains lieux ; le château d’Alpha ne suscite plus d’inquiétude pour le confort de ses voisins encore moins pour la voie principales qui traverse la commune en direction de Bingerville ; les humanitaires commerçants activistes des réseaux sociaux ivoiriens réfléchissent déjà à d’autres hastags (peut être bientôt- #alertebola) ; les riches solidaires ont rangé leurs mallettes de secours et de solidarité…

Ces jours, l’actualité est plus portée sur une épidémie qui décime dans le voisinage. Ebola est le nouveau cas de préoccupation nationale. Tout le monde en parle. L’imagination fertile des ivoirien se fait déjà entendre. On doit plus saluer, serrer la main, faire des accolades etc. On se croirait dans le livre la Peste de Camus. Un ministre de la République à bien voulu aussi faire son humour devançant la galaxie des DJ, qui, en en point douter sont au laboratoire pour trouver le beat de l’Ebola. Monsieur Alain Lobognon, Ministre de la jeunesse, des sports et loisirs annonçait sur sa page Facebook, que depuis le matin de l’annonce des mesures, personnes ne lui serait la main. Il espère que les gens auront la même attitude concernant les billets qu’il sort de ses poches. Hum, tous les ivoiriens sont pareils vraiment en matière d’humour. Que Dieu nous garde.