A.B. Ladji Coulibaly

Comment les Ivoiriens ont célébré la Journée internationale de la jeunesse

Musique en vogue à fond, stands gastronomiques animés, podium décoré en jaune, l’espace du jardin Canal du Bois de la commune de Treichville était fin prêt pour accueillir les jeunes. Les premiers arrivés portaient fièrement leur t-shirt jaune flanqué du logo d’ACTION 2015, et du hastag #youthpower, cette coalition d’associations et d’ONG qui a pris l’initiative d’organiser la première édition ivoirienne, depuis le coup d’Etat de 1999, de la Journée internationale de la jeunesse ce 12 août 2015. Ni la télévision nationale encore moins le ministère de tutelle n’ont fait cas de cet événement si cher aux partenaires au développement et organisations interétatiques.

Le choix du lieu disait long sur la dimension que les organisateurs voulaient donner à cette célébration. Le spot qui passait en boucle par les ingénieurs du son et qui avait fait l’objet de diffusion dans quelques radios locales tout comme l’affiche de l’événement mille fois partagée sur les réseaux sociaux annonçait la prestation d’artiste de renoms : Sapharel Obiang Dj et Espoir 2000. Deux groupes d’artistes appréciés pour leur rythme et les vérités de leurs paroles. Un public chaleureux est venu. Le ciel dans sa clémence offrait un soleil doux. Même Delestron et Electra ont pour l’occasion harmonisé leur agenda pour témoigner de leur sympathie à la jeunesse.

La prestation du groupe espoir 2000 - JIJ en RCI
La prestation du groupe espoir 2000 – JIJ en RCI

Malheureusement, tel n’a pas été le cas pour les responsables politiques. Le retard des autorités attendues ; celles des communes de Marcory, Treichville et Koumassi a aussi vu celui des interventions prévues. Comme il fallait s’y attendre, il y a des retards qui présagent le boycott et le désintérêt. Le temps s’est progressivement écoulé. Les jeunes sont restés respectueux des places des hommes de pouvoir joyeusement aménagées. Elles sont restées vides. Personne n’a eu le temps de venir célébrer la jeunesse. Une simple présence qui témoignerait d’une marque d’attention. Mais les jeunes ont montré qu’aucune absence ne pouvait gâcher leur plaisir. A cœur joie ils ont célébré ce moment. Ce fut aussi une occasion de retrouvailles pour de nombreux leaders associatifs. Entre chants et danses, ballets et chorégraphies de nombreux messages ont été véhiculés. Des membres de la coalition ont évoqué les enjeux de cette journée décrétée depuis 1999 par les Nations unies, une journée mondialement célébrée. Les artistes annoncés ont mis la cerise sur le beau gâteau offert. Et c’était d’ailleurs cela l’essentiel : 10/10 pour la coalition ACTION2015 Cote d’Ivoire et 0/10 pour nos autorités qui n’ont pas hésité une fois de plus à abandonner la jeunesse. La jeunesse ivoirienne espérait mieux.


Chinoiseries dans l’université Bling-Bling (fin) : le temps n’est pas un allié de l’émergence

Il faut en toute chose, une pause. Juste le temps de déguster un chocolat de chez CEMOI. Une nouvelle usine inaugurée il y a peu. Elle produit du chocolat avec le cacao ivoirien. Et le produit fini demeure trop cher pour l’ivoirien normal. Mais bon souvent il faut oser, pour voir. Les soucis dans nos universités vont croissants. Les autorités font de leur mieux pour que tout le monde soit satisfait. Ce n’est point d’ailleurs de leurs fautes. Il faut accuser le politique. Celui qui promet beaucoup et qui tient peu. Souvent le prétexte, c’est l’argent. Maudit et béni sois tu argent.Maudit parce que sans toi, rien n’est possible. Béni parce qu’avec toi tout est permis : luxures, vols, détournements (d’ailleurs on n’a jamais entendu dire qu’un pauvre a détourné l’argent. Le cas SIA Popo même est une exception difficile à expliquer)…

Si l’argent est bon et mauvis compagnons, le temps – chronos – lui n’est l’allier de personne. Voles, mens, tues, détournes,…ce jour et en cachette ; penses que tu te dissimules que tu as échappé aux regards, demain ton forfait sera dévoilé. Si tu n’es pas convaincu, demande à Œdipe. C’est une loi qui marche bien dans les espaces universitaires ivoiriens, réhabilités à coup de milliards de FCFA et inaugurés en grandes pontes aussi à coup de milliards. 3 ans justes après l’ouverture, en dehors des problèmes internes et anciens qui ont resurgis, la belle apparence de ces lieux a dévoilé sa face cachée. Les universités ivoiriennes sont comme ces femmes qui en voulant cacher une laideur sous un fard à lèvre, un fond de teint épais…se décapent, se dépigmentent pour laisser apparaître une clarté – éphémère -qui ne va jamais sans conséquences : taches, maladies, laideurs, chaleurs, odeurs…

Le temps a montré que même le matériau utilisé pour la réhabilitation n’a jamais été de bonne qualité. Houphouët a bâti ces espaces, il y a plus de 50 ans et les structures tiennent comme des piliers des pyramides. Mais  les fruits de la réhabilitation n’ont mis que trois petites années pour dévoiler leurs talons d’Achille. Trois, chiffre de la clôture et de la révélation. Trois n’est pas un symbole ordinaire. C’est pourquoi nous avons décidé de vous faire un inventaire de ce qui ne vas pas en trois lots d’ images. La parole et les textes parleront moins.

  • La peinture
La nouvelle peinture laissant place à l'ancienne dans une résidence universitaire (Ph.ABC)
La nouvelle peinture laissant place à l’ancienne dans une résidence universitaire (Ph.ABC)
Mur humidifié d'un nouveau bâtiment de l'ENS, résultat  d'une mauvaise étanchéité. (Ph.ABC)
Mur humidifié d’un nouveau bâtiment de l’ENS, résultat d’une mauvaise étanchéité. (Ph.ABC)
Un mur se rinçant de sa propre eau. tuyauterie biaisé dans une Cité U. (Ph.ABC)
Un mur se rinçant de sa propre eau. tuyauterie biaisé dans une Cité U. (Ph.ABC)
Mur délavée par une fuite d'eau  (Ph.ABC)
Mur délavée par une fuite d’eau (Ph.ABC)
Etat d'une buanderie.  (Ph.ABC)
Etat d’une buanderie. (Ph.ABC)
Effet de l'eau sur les murs avant le passage de nouvelles couches  (Ph.ABC)
Effet de l’eau sur les murs avant le passage de nouvelles couches (Ph.ABC)
Sol et champignon,effet d’écoulement d'eau  (Ph.ABC)
Sol et champignon,effet d’écoulement d’eau (Ph.ABC)
  • Le mobilier et les équipements
Placard de chambre d'étudiant déjà décapé  (Ph.ABC)
Placard de chambre d’étudiant déjà décapé (Ph.ABC)

 

Les lits en bois blancs rougis déjà bon pour feu de bois  (Ph.ABC)
Les lits en bois blancs rougis déjà bon pour feu de bois (Ph.ABC)
Stores deja bons pour les poubelles...Du Toks... (Ph.ABC)
Stores deja bons pour les poubelles…Du Toks… (Ph.ABC)
Ces bancs qui n'ont pas résistés à la douceurs des fesses  (Ph.ABC)
Ces bancs qui n’ont pas résistés à la douceurs des fesses (Ph.ABC)
Tables bancs deja à la poubelle  (Ph.ABC)
Tables bancs deja à la poubelle (Ph.ABC)
Portes deja édentées  (Ph.ABC)
Portes deja édentées (Ph.ABC)
  • Les autres matériaux
Le temps à deja raison des plafonds du CUEF  (Ph.ABC)
Le temps à deja raison des plafonds du CUEF (Ph.ABC)

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Les terrasses à l'epreuve du temps. Deja une dégradation constatée. de quoi rejouir les gens. Encore plus de budget et de projet ce coupe.  (Ph.ABC)
Les terrasses à l’epreuve du temps. Deja une dégradation constatée. de quoi rejouir les gens. Encore plus de budget et de projet ce coupe. (Ph.ABC)

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Les pyramides en Egypte ont plus de 3000 mille ans, La muraille de Chine est multi centenaire, l’Eglise Notre Dame de Paris a célébré fièrement ses 850 ans. Partout dans le monde, il a des nombreux édifices qui défient le temps. Leurs concepteurs ont pensé à la postérité. Ils savaient que la prouesse de leur acte et leur gloire seraient dans la durabilité de leurs œuvres. Nombreux voulaient la gloire, non la richesse. Mais pourquoi en Côte d’Ivoire rien ne peut encore défier le temps?Nos Universités, blingbling sont remplies de chinoiseries. Tout brille. Rien n’est durable.

Apres 2 ans de fermeture pour réhabilitation et une ouverture très pompeuses et exagérément médiatisée, ni les promesses de campagne d’Alassane Ouattara, ni les fausses peintures de C. Baconco encore moins les projets idéels de l’informaticien Gnamien K., n’ont contribué à changer le visage de la situation universitaire. Les parents se plaignent des coûts trop élevés des inscriptions, les grèves persistent, les infrastructures manquent, le restaurant sert de la nourriture consommée, mais peu appréciée et digne des soupes collectives des années noires (1929-1930) en Europe, les bus ne sont presque jamais au rendez-vous, les bourses d’études sont payées avec extrêmement de retard, le wifi n’est qu’un leurre, il n’y a pas l’ombre d’une bibliothèque digne de l’émergence, l’omniprésence de la police sur les résidences sapent l’idée de franchise universitaire tant aimée par les syndicats…et on chante les performances réalisées. Comment la jeunesse dans ces conditions peut-elle être bien formée

Performante?…Bref…L’Afrique, la Côte-d’Ivoire a encore du chemin…Et un long chemin pour espérer un jour faire partir des tops 100 universités d’Afrique. Il faut tout de même espérer. Le soleil se lèvera un jour. Salam.


La FESCI célèbre ses 25 ans dans la violence

Affiche des 25 ans de la FESCI (Ph.ABC)
Affiche des 25 ans de la FESCI (Ph.ABC)

Les nombreux problèmes qui jalonnent le quotidien des étudiants ivoiriens ont fait le lit du retour inévitable des syndicats et de la violence.

Ce vendredi 25 juillet 2015, l’université Felix Houphouët Boigny connaissait une ambiance, non particulière. Les membres de la Fédération Estudiantine et Scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI) ont encore prouvé qu’ils ne peuvent engager aucune action, sans que violence s’en suive.

Ce vendredi était jour de célébration du 25e anniversaire de fameux syndicat estudiantin ivoirien qui a produit les personnalités les plus célèbres des deux dernières décennies en Côte d’Ivoire. L’actuel président de l’Assemblée nationale Soro Guillaume alias Tieni Gbanani et l’actuelle deuxième ivoirien de la Cote d’Ivoire post crise à se retrouver dans les geôles de luxe de la CPI, Blé Goué Charles, dit génie de kpô.

Pour l’occasion, la police (CRS et BAE, impatiente de se mettre quelque chose sous la dent) était encore présente, comme c’est le cas ces derniers temps. L’animation était digne de la vielle époque où la FESCI gouvernait et régnait en maitre hyper absolu dans les espaces scolaires et universitaires ivoiriens : Factions de jeunes surexcités par quelque sachets d’alcool constituée ; groupe d’individus en course – pas gym –  cadencée et rythmée de chants guerriers scandés et répétés en cœur pour marquer la présence des troupes, coups de sifflets désordonnés comme des grillons déboussolés le soir d’une pluie et la cerise sur le gâteau, cette volonté de vouloir faire arrêter les cours de forces et inviter tout le monde à suivre leur spectacle para militaire.

 La suite on la connait. Echanges de pierre et de bombes lacrymogènes entre étudiants et policiers qui s’en sont donnés à cœur joie dans le matraquage et le gazage. Les vielles habitudes progressivement reviennent. Si l’Université du Départ nouveau – après deux ans de fermeture pour réhabilitation, avait pu résoudre les anciennes préoccupations majeures des étudiants, ces derniers seraient occupés à étudier dans des conditions commodes qu’à se syndiquer.


Chinoiseries dans l’Université Bling-Bling (9e partie) : les toilettes émergentes, ces dames blanches aux joints fragiles

Une vue des toilettes jamais montées - UFHB (Ph.ABC)
Une vue des toilettes jamais montées – UFHB (Ph.ABC)

L’Université Felix Houphouët-Boigny (UFHB) de Cocody est un lieu fabuleux. Celles de l’intérieur du pays, le sont aussi. Tout est si beau qu’on imagine que tout va bien. Mais comme le dit cette chronique, elle est frappée du sceau de l’émergence dôyô-dôyô. Il est récurrent que les étudiants se mobilisent pour manifester leur mécontentement, partager leur galère dans ces aires parées de fleurs et de gazons. Il est aussi récurrent que toute volonté de rassemblement pour s’exprimer en toute liberté est systématiquement et tendrement réprimée par le déploiement de CRS et de BAE. A l’UFHB, les policiers arrivent plus vite que le SAMU et les Sapeurs-Pompiers en cas d’urgence.

La liste de ce qui ne va pas, de ce qui est incompréhensible, de ce qui est énervant dans cet univers de l’intelligentsia est loin d’être exhaustive. Le mal a inscrit définitivement ses empreintes dans ces hauts lieux de science malgré tous les efforts consentis pour leur réhabilitation. Le mal. Il faut bien trouver des mots adéquats pour mieux traduire ce que la réhabilitation a coûté à la vielle Université nationale, ce qu’elle a introduit de séduisant, d’enchanteresse, mais hélas de provisoire et de précaire.

En parlant de beau, de provisoire et de précaire, nous jetons dans le cadre de ce billet un regard sur ces nouveautés introduites à l’Université de Cocody rebaptisée Université Felix Houphouët-Boigny de Cocody. Il s’agit de ces belles toilettes préfabriquées, semblables à des boîtes sur pilotis placées çà et là dans l’espace universitaire. Belles, blanches, faites de tôles renflouées d’isolant et montées, sûrement aux derniers moments avant l’inauguration pour une opération de charme et de séduction.

 Avant la réhabilitation, l’Université de Cocody à Abidjan comptait très peu de lieux de soulagement. L’ex FLASH fragmentée en 3 UFR (SHS, LLC, ICA) ne disposait que d’un bâtiment de 8 cabines comme toilette. La FESCI vers fin 2010 avec l’appui du District d’Abidjan a réussi à construire un deuxième avec le matériau issu d’appel à cotisation des étudiants (sable, gravier…) qui devait – selon l’opération lancée à l’époque – servir à construire un amphithéâtre. Une autre opération d’escroquerie soutenue à l’époque par quelques éminents enseignants et qui n’était qu’un projet sans suite évidente. Les URF de droit et d’économie, à elles deux, avait aussi un bâtiment de toilettes d’une sixaine de cabines pour le grand nombre  d’étudiants qu’elles comptent. Il en était de même pour les autres UFR comme celle de médecine, de pharmacie et d’odontostomatologie.

Juste apres 2 ans, les toilletes s'affaissent seules - Coté Forum - ph.ABC
Après 2 ans, les toilettes s’affaissent seules – Coté Forum – ph.ABC

Ces installations demeurent. Mais les concepteurs de l’Université du « départ nouveau » se sont vite rendu compte de l’évidence qu’après avoir repeint l’Université et meublé les salles avec des bancs et tables qui s’abîment à la vitesse du vent, qu’il fallait apporter un élément nouveau au décor trop séduisant qu’ils offraient aux étudiants ivoiriens. Un élément qui attire l’attention et qui ne laisse personne indifférent. Voilà que leur vient à l’idée que l’Université était bâtie pour accueillir des hommes et des femmes qui ont des besoins naturels à satisfaire. Il fallait donc songer à augmenter le nombre de toilettes.

Ils ont eu l’ingénieuse idée, de laisser une entreprise tester ses produits. Le modèle des toilettes défie l’entendement. En effet, on a assisté après les réouvertures des universités, au montage et à l’installation de boîtes blanches préfabriquées. Au début, certains pensaient qu’elles serviraient de points de vente de nourriture, de rafraîchissement, de reprographie. Mais tous ceux qui ont parié dans ce sens ont perdu, car elles se sont révélées être des toilettes.

Blanches, belles au finish, elles avaient fière allure. Cette beauté cachait malheureusement la fragilité de leurs reins joints. Ces toilettes trop luxueuses, montées à la hâte, à la suite certainement d’un constat d’oubli mémorable, ont la particularité d’avoir les qualités de tout produit biodégradable, autodégradable, biogâtable et autogâtable.

Comment imaginer que de pareilles toilettes dignes des plages et bordures de maquis, ont pu être choisi pour un endroit comme le campus ?  Pour une université qui accueille plus de 50.000 étudiants et dont le taux de fréquentation journalier avoisine les 30.000 personnes, on se demande pourquoi on a pu penser à des toilettes si précaires et si luxueuses ? Imaginons la force des jets d’urine d’étudiants déjà énervés par leur condition, imaginons la colère des ventres parfois pressés de libérer ce que leur propriétaires ont englouti au restau U.

Restes de toilettes et conséquences de l'affaissement (Ph. ABC)
Restes de toilettes et conséquences de l’affaissement (Ph. ABC)
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Batiment se disloquant. (Ph.ABC)

Ces toilettes ont été conçus sans regards, ni fausses septiques réellement aménagées. Elles ont été déposées à des endroits stratégiques pour le plaisir sûrement des yeux des visiteurs. La société responsable de leur installation n’a même pas eu le temps de les installer toutes. On peut compter sur l’étendue de l’université 20 bâtiments blancs. Sur cette vingtaine,  seulement une quinzaine restent debout mais clopinant. Trois n’ont jamais été montés tandis que deux autres n’ont pas eu la force de continuer à être debout.  Il n’en reste que des décombres, comme si un tsunami de casseurs et de collecteurs de vieux fer était passé par là. Environ 9 bâtiments sont, pour des raisons qu’Allah seul sait, restés fermés et non fonctionnels. 

Les dames qui s’occupent de l’entretien de du nettoyage de ces lieux sont fatiguées des va-et-vient de ces étudiants pas toujours pas disciplinés, pas toujours bien éduqués,, pas toujours respectueux des espaces publics et des efforts des autres. L’eau coule. Les odeurs se sont installées et souvent le javel manque pour les étouffer. Le plancher s’affaissent doucement, les joints se desserrent progressivement sous le poids des pas qui entrent et qui sortent, des bâtiments se dégradent progressivement.Déjà, il est remarquable que des bâtiments (Celui du Forum de l’Université tout comme ceux l’UFR Maths) sont tombés, dépouillé de leur contenu, bidets, lavabos, robinets, tuyauterie… Leurs tôles serviront à constituer certainement les murs d’une maison de vigile quelque part dans un certain bidon ville de la capitale économique.

Offrir un tel luxe à un Etat émergent et PPTE, c’est une façon de jeter de l’argent par les fenêtres. Pour un pays qualifié de très pauvre et de très endetté, le peu d’argent doit servir à construire du durable. Il faut opter pour des infrastructures durables. C’est-à-dire des bâtiments dont la présence ne fait point regretter la dépense. Certes ces toilettes apportent quelques chose de nouveau au décor OBV de nos universités,  ou l’entretien du gazon semble  passer avant la satisfaction des besoins élémentaires des étudiants, mais elles se présentent comme une ruse pour camoufler la bagatelle somme allouer pour la réhabilitation des universités ivoiriennes.

Une chose est sure. Avec l’annonce que l’espace de l’Université de Cocody sera le village des futurs jeux de la Francophonie, les toilettes seront réhabilitées car devant l’étranger, il faut donner une bonne image.


Chinoiseries dans l’Université Bling-Bling : séchage à fenêtre ouverte

Fenêtres de Chambre d'd'étudiant à Cocody (Ph.Badra)
Fenêtres de Chambre d’d’étudiant à Cocody (Ph.Badra)

Huitième épisode de ma série, avec aujourd’hui le problème du linge que les étudiants font sécher aux fenêtres, malgré les interdictions…

Dans les campus universitaires ivoiriens, les interdits vont croissant. Mais quand on interdit une pratique, il faut bien proposer des moyens alternatifs qui conduiraient aux changements de comportements. En Cité U, il est formellement interdit de laisser sécher le linge aux fenêtres, aux balcons et à n’importe quel autre endroit que ceux indiqués… mais qui n’existent nulle part.

Le règlement intérieur du CROU-A, cette institution en charge de la gestion des œuvres universitaires en Côte d’Ivoire (restauration, bourses, cités), est précise bien en son article 19 : « Il est formellement interdit de sécher le linge aux fenêtres et balcons, et de jeter des ordures sur l’espace. Tout contrevenant à cette règle s’expose à des sanctions. » Derrière cette consigne, un souci de maintien de l’esthétique externe de ces espaces chiquement entretenus.

Plus sain de laisser son linge à la fenêtre

Mais voilà, depuis l’ouverture des résidences universitaires, sur les 12 autres que compte la ville d’Abidjan, des étudiants ont trouvé judicieux de sécher leurs linges aux balcons de leurs paliers et aux fenêtres de leurs chambres. Ce comportement intuitif, stratégique et naturel répondrait à des soucis de sécurité et de santé.

A une certaine époque en effet, les Cités U disposaient d’espaces aménagés de séchage de linges. Malheureusement, la furie des bulldozers des concepteurs de l’université du départ nouveau, a tout balayé, pensant que les buanderies blingbling aux canalisations gauchement installées et aujourd’hui flanquées – Allah seul sait pourquoi ? – d’écriteaux ‘CUISINE’ – pour certainement plaire à la Francophonie – suffiraient. En l’absence de ces anciens lieux, détruits avec l’intention de mieux faire sans jamais rien avoir fait de mieux, les résidents n’ont trouvé que ces lieux qui s’offraient à eux. En étalant leurs linges aux fenêtres, ils se donnent la chance de les retrouver à leur retour de cours.

D’autre part, les buanderies mal aménagées sont transformées en salles d’études occasionnelles, car, celles dédiés à cette activités sont de plus en plus, mises en location par le CROU-A à des particuliers, qui en font des lieux de commerces (centres de reprographie, restaurants, cafés, auto écoles…). En choisissant de faire sécher leurs linges aux fenêtres, les étudiants évitent les tics, puces et autres verres présents dans l’herbe drue et de facto des maladies de la peau que ces bestioles pourraient occasionner.

IMG_20130101_015650En agissant pour sécuriser leurs vêtements et se préserver d’éventuelles maladies, les chanceux étudiants résidents, détruisent l’harmonie OBV de l’espace dont la beauté est chère aux autorités en présence, qui ont même réquisitionné un bâtiment entier pour en faire la résidence de familles de certains travailleurs du CROU-A. Au lendemain d’une conférence -bilan de visite des sites des futurs Jeux de la Francophonie, conférence annoncée avec beaucoup de fanfares, mais à laquelle, les organisateurs et communicateurs se sont illustrés par un retard magistral le 14 juin, des réunions de mise au point ont été tenues avec les différents chefs de paliers des résidences « U » de Cocody. Il leur a été demandé de soigner les apparences, de dégager des balcons et fenêtres tous vêtements, d’aménager eux-mêmes les buanderies en espace de séchage et de sourire à tous les étrangers qui viendraient voir les installations du futur village des Jeux.

Les gens ont voulu soigner les apparences pour faire comme si tout allait bien. Dans ces résidences, où le moindre rassemblement d’information des étudiants attire automatiquement, comme le miel attire les abeilles et la pourriture, des mouches vertes; des hordes de policiers de la CRS et de la BAE, les choses ne vont pas mieux, dans ce meilleur des mondes. Les problèmes universitaires sur lesquels les syndicats estudiantins – toujours sur pied de guerre – fondent la raison de leurs retours, font des nids douillets au retour de la violence.


Chinoiseries dans l’Université Bling-Bling (7e partie): Affichage « Macabre »

Ce endroit est juste en dessous de la Présidence de l'UFHB (Ph. ABC)
Ce endroit est juste en dessous de la Présidence de l’UFHB (Ph. ABC)

Macabre est devenu par la force des choses, une expression célèbre en Eburnie. Une Miss s’est permisse dans de qualifier le comportement de ses compatriotes vis-à-vis de leur environnement de macabre. Il faut le reconnaitre, elle était à cours de mot dans son improvisation préméditée. Et les ivoiriens ne se sont pas fait prier pour lui faire un complément de prénom : Miss Macabre. Pourtant dans le fond, l’ivoirien est à éduquer pour améliorer son rapport quotidien avec son milieu de vie. Ce rapport n’est rien que le produit de ce que les politiciens ont établi, ont voulu. Il y a des taxes –incompréhensibles – de collecte des ordures ménagères sur les factures d’électricité alors qu’on n’a jamais vu la CIE collecter des ordures dans les ménages. Mais bon, c’est aussi cela l’envers de l’émergence. Nous empruntons donc l’expression à la Miss Côte d’Ivoire Macabre qui vient de laisser sa couronne sertie de diamants à une autre il y a quelques semaines. Pour l’événement les dons ont plût comme les pluies de ces derniers temps. Et le très controversant et boulimique Victor Yapobi, – M. Miss Côte d’Ivoire – était heureux. Ces pluies, une fois encore viennent à point pour aider à tester la qualité des infrastructures émergentes et donner à quelques opportunistes de la République, dans idées pour encore « bouffer ».

Revenons à nos moutons bling bling. Jetons un regard sur un fait banal. Comment on affiche dans l’espace universitaire ivoirien ? Pourquoi ce qu’on retrouve sous les ponts et panneaux de signalisation dans nos capitales, est reproduit à l’identique dans l’espace des intellectuels ? Ce fait laisse à voir qu’il y a de la barbarie dans l’agir des uns et des autres vis-à-vis de l’environnement. Une sauvagerie qui détruit l’esthétique des lieux et agresse la beauté de la nature bling bling de nos Universités hyper tuiner. Dans tous les cas, on ne pouvait s’attendre à mieux, à d’autres attitudes que celles qu’on observe. Tout semblait bien prémédité. Il faut laisser des poches trouer pour justifier la nécessité de l’intervention d’un tocklo tocklo, pour engager des travaux non prévus, pour bouffer. C’est ainsi AU PAYS DES ELEPHANTS où, de plus en plus malgré, les performances chantées à la TV nationale, la corruption gagne du terrain. Mais cela ne nous regarde pas. Voilà les faits : Affichons sauvagement, où on veut, quand on veut, même si c’est interdit par des règlements.

Affichage de Résultats de sociologie . Murs et Portes à contribution. (Ph. ABC)
Affichage de Résultats de sociologie . Murs et Portes à contribution. (Ph. ABC)

Les penseurs de l’Université du départ nouveau, n’ont apparemment pas pensé que l’africain de Cote d‘ivoire aime s’afficher et afficher là où il ne faut pas pour mieux se faire voir. C’est une attitude stratégique. Une bonne leçon de communication qui ne s’enseigne dans aucune école. Mais ceux qui le font le savent par intuition. Et c’est une intuition efficace. Dans le nouvelle environnement OBV (Murs : couleur orange, Affiches : couleur blanche, Gazon : couleur verte), les étudiants, les syndicats, les enseignants, les administrateurs du CROU, les ivoiriens  et non de ces lieux, ont pris l’habitude de mettre des affiches n’importe où. Le constat turlupine. Trouble à la limite. Tout est trop beau pour être vrai. Trop vrai pour croire. Mais hic. Rendez-vous devant les facultés au moment de l’affichage des résultats, l’évidence rattrape la réalité que de simple tableaux d’affichage à la dimension du publique des lieux, n’ont pas été prévus. Dans quelques facultés, de petits cadres ont été fixés ; mais restent incapables de contenir la grandeur des surfaces étalées des Procès-verbaux d’examens. Alors les murs viennent à la rescousse. Ensuite les portes, les couloirs, l’intérieur des toilettes et pour finir les arbres.

A l’UFHB on peut distinguer plusieurs catégories d’afficheurs « Macabres »

  • Les administrateurs des départements, de la Présidence, de la Scolarité centrale (pour résumer cette catégorie): ils font de leur mieux, pour coller là où les étudiants peuvent avoir accès à l’information. Dans les départements, lorsque le moment de la publication des résultats vient, murs, portes, morceaux de contre-plaqués trouvés selon le hasard et la nécessité, font l’affaire. A la Présidence de l’UFHB comme à la scolarité centrale, les vitraux, les murs, les niches de passage de tuyaux sont des panneaux d’affichage.
  • Les associations, ONG, Syndicats, annonceurs d’évènements : Ce sont les plus terribles. Eux ne privilégient aucun espace. Pour mieux dire, tous les lieux sont bons, pourvu que l’ombre d’un homme y passe. Ils mettent à contribution toutes les surfaces planes, plate ou non : bornes de délimitation de routes, arbres (les syndicats sont même les champions de ce choix) ; couloirs, murs, arbres, toilettes,…partout où le bon Dieu conduit leurs pas. 
  • Le CROU A. Cette institution a quelque chose de spéciale. Son règlement intérieur interdit l’affichage désordonnée et sans autorisation en son article 13 : « Les résidents peuvent mettre des affiches dans la cité, après l’accord du chef de la cité, à des endroits prévus à cet effet. » Quel endroit a été prévu à cet effet ? Pourtant elle-même ne donne pas d’exemple. Elle déroge à ses propres règles. Autrefois, dans les couloirs des bâtiments, il y avait de petits tableaux. La réhabilitation les a fait disparaitre. Et il est impérieux pour ne pas laisser l’anarchie s’installer, que la Direction de cette institution songe, à faire des économies sur l’entretient des gazons pour doter chaque palier d’un petit tableau d’affichage. Cela lui servirait, puisqu’elle-même affiche sur les murs. Peut-elle qu’elle a un pass spécial.

Il faut s’arrêter à ces catégories, à ces groupes, qui s’ils avaient trouvé des lieux indiqués, certainement n’afficheraient pas là où il ne faut pas. Les tableaux d’affichage, simple à concevoir sont des lieux de socialisation et de contrôle. Aussi, faut-il que les autorités de nos Universités prennent leur responsabilité en sanctionnant toux ces groupe, qui pollue l’espace collectif. Shalom.

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Chinoiseries dans l’Université Bling-Bling (6e partie):Le gazon, la sangsue et les hérons

Tracteur tondeuse, Bas fonds de l'UFHB - Ph ABC
Tracteur tondeuse, Bas fonds de l’UFHB – Ph ABC

Si la bourse ne vient pas à l’heure, on peut se permettre des tours gratuits et touristiques dans l’enceinte de nos universités nationales devenues par la beauté de leur jardin, des lieux de plaisance et de détentes pour les cinq sens humains. Les immenses étendues de gazon bien tondu sont spectaculaires. Verdure irréprochable, drue, tendre, entretenue au quotidien par des centaines de dames et d’hommes que la vie a durement éprouvés et qui ne cherchent que pitance journalière dans leurs blouses bleues. Tout est donc au mieux dans le meilleur des mondes universitaires ivoiriens. Mais ce mieux est inquiétant et souvent provoquant.

Les étudiants de l’Universités FHB de Cocody, résidant ou non dans les Campus, tournent la situation en bourrique. Pour eux, l’essentiel pour les autorités de ces lieux, c’est « l’entretien du gazon ». C’est seulement en Côte d’ivoire qu’on voit que le Gazon est important. On soigne l’extérieur, pendant que l’intérieur est pourri de nombreux petits problèmes, qui aujourd’hui créent le nid du retour en force de ces nombreux violents syndicats estudiantins. D’ailleurs ces derniers (FESCI, AGEECI, LIGES, CES,….) commencent à marquer leurs territoires sur l’espace universitaire, comme les animaux marquent le leur en pissant. Eux ont décidé de polluer les espaces commun par leurs nombreuses affiches et aux marqueurs. Mêmes les arbres ne sont point épargnés par le syndicat champion de l’affichage barbare : l’Association Générale des Élèves et Etudiants de Cote d’Ivoire (AGEECI).

Mais « ne plante pas du gazon qui veut, mais qui peut», me disait un jour un ami, estimant le coût du carburant nécessaire pour tondre tout ça. C’est une plante de luxe qui pousse selon les caprices du temps et qui exige qu’on l’entretienne, comme le gourou entretien sa maîtresse. (Studios, bijouteries, restaurants, vêtements…Imaginons la suite. Les maîtresses en générale sont – parait-il très exigeantes aiment le chics, les prix non chocs, les choux et les fleurs…)

IMG_5329Irréprochable est la verdure de nos universités. Ce gazon est une sangsue dont le simple entretien – en plus de mobiliser des centaines de bras d’hommes, de mains de femmes devenues calleuses à forcer de contacts avec le sol, de soulèvements de brouettes, de coups de daba dans le sol, – englouti des milliers de litre de fuel. Si vous vous promener à l’université, à l’exception de l’Université Nangui Abrogoua d’Abobo-Adjamé qui devient une litière de rats, de criquets gras…, vous rencontrerez des tondeurs avec des instruments, des machines qu’on monte sur le corps, qu’on pousse, qu’on tient dans la main, sur lesquels on s’assoie comme dans un fauteuil de pacha. Toute une technologie avide de carburant est mobilisée pour ce gazon. Mais cela reste insuffisant, au vu des différents mouvements observés, ces temps-ci, coté terrains de Tennis du campus et au siège de le SIMDCI.

La SIMDCI, société qui s’occupe de l’entretien et du nettoyage de l’espace du campus vient de se doter de 5 tracteurs chinois blingbling et de 3 véhicules de type 4X4 double cabines. Si l’étendue de l’espace universitaire et les pluies actuelles qui favorisent la poussée rapide du gazon et justifient la nécessité de l’usage de gros moyens, on se demande pourquoi de nouveaux véhicules? Si on imagine que les petites tondeuses chinoises très bling-bling et très fashion, dans lesquelles plastronnaient des conducteurs aux airs de patrons, qui au passage, séduisaient avec leurs joujoux toutes ces étudiantes aux gros yeux,  ont – comme on le dit –mouillé face à ce gazon devenu coléreux à force d’être toujours coiffé ; on se dit que les tracteurs sont les bienvenues, bien évidemment s’ils sont du patrimoine du CROUA. Vu leurs plaques d’immatriculation, faut pas rêver. Et ces nouvelles 4X4 immaculées dans lesquelles grouillent chaque matin des hommes surexcités et contents d’aller au travail, comme des rebelles à la poursuite d’évadés ennemis dans Rambo 4, servent à quoi quand on sait que cette SIMDCI a un parc auto impressionnant. Il faut aussi compter son arsenal de plaisance constitué de véhicules de plage et terrain difficile. Des Karts bruyants qu’aiment conduire de petits blancs. – Le campus est devenue est lieux de plaisance.On se demanderait combien leur coûte leur contrat ?

Parlant de cette société, elle a investi après la réhabilitation, les locaux de l’ancienne Poste et Banque de l’UFHB. Ce lieu donnait au campus un air d’Université moderne, mais que les envoyer de l’ancien Ministre Cissé Bacongo, n’ont pas hésité à vider pour le transformer en bureau d’une entreprise privée. Pourtant avec tout l’argent engloutit dans la réhabilitation, elle pouvait se permettre de se construire des locaux provisoires, comme on le voit pour d’autres compagnies, construisant le pays. Une bêtise simplement. La Poste avait sa place. La banque avait sa place. Mais bon, ceux qui ont pensé l’Université émergente, ont encore décidé de ce qu’ils pensaient bien pour le petit peuple d’étudiants.

Pendant que le luxe circule, la misère des étudiants augmentent. La rumeur dit que le simple budget alloué pour entretenir le gazon avoisine les 2 milliards. Et quand le gazon drue passe sous les lames tranchantes de ces bolides tondeuses, délogeant les criquets dans leurs nids et trous, un ballet d’hérons pic bœufs blancs accompagne. Dans ce mouvement émergent, seuls ceux qui sont proches ont l’occasion de manger. Je parle des hérons.

A bientôt. Nous verrons si en ces temps de pluie, l’émergence a pensé l’affichage et le séchage sur le campus…