Les chinoiseries de l’émergence : les universités bling-bling et le système LMD

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23 avril 2015

Les chinoiseries de l’émergence : les universités bling-bling et le système LMD

Entrée de l'UFHB (Ph.Google)
Entrée de l’UFHB (Ph.Google)

Il y a trop de chinoiseries dans tout ce qui se dit, s’inaugure ici et là au pays des éléphants. Le cas des universités est remarquable. De la réhabilitation aux nombreuses réformes, beaucoup de choses vont mal dans l’enseignement supérieur, mais on ne constate aucun écho dans nos médias, comme si l’Etat veut museler ses échecs dans ce secteur.

Cela fait au moins 4 bonnes semaines que les enseignants des universités publiques ivoiriennes sont en grève. Aucun bruit sur la situation hormis l’annonce par le ministre de tutelle Gnamien Konan que les syndicats seront reçus par le premier ministre. Pour faire diversion comme à l’habitude de ce gouvernement, le ministre a annoncé la création d’un fonds pour la recherche doté d’une enveloppe de la ridicule somme de 500 millions de FCFA. Diantre, ce ministre prendrait-il les universitaires pour des enfants qui se ruent en classe quand l’odeur de l’argent est rependue ? Fonds de la recherche pour quelle utilité ? Il s’agissait de donner des réponses aux préoccupations des enseignants et non on encore de répandre de la poudre de promesse pour détourner si maladroitement les attentions. A l’évidence, l’argumentaire n’a pas été efficace. La grève qui continue est qualifiée d’illimitée.

La situation commence à turlupiner, à inquiéter quand on sait que l’Université de l’émergence n’a pas réussi le pari de la stabilité des années universitaires tellement les problèmes se sont accumulés au fil des années de fermeture, des hautes performances fabriquées aux examens du BAC… Mais bon, c’est aussi cela, la Côte d’Ivoire sur les sentiers de l’émergence, où tout doit s’accommoder avec les anciennes habitudes qui restent têtues. Rien dans le fond n’a changé. Rien ne s’est amélioré. On a simplement reporté la souffrance en fermant durant deux ans les universités aux motifs, combien nécessaires et urgents de les réhabiliter.

L’émergence se construit sur fond de promesses et en mode doyodoyo. L’Université ivoirienne « du nouveau départ » est une université bling-bling, toute l’humanité le sait. Heureusement que sous nos cieux tout ce qui brille n’est pas de l’or. Réhabilités à coup de milliards, mais encore inachevés, comme quelques chantiers de l’émergence inaugurés pompeusement et bruyamment. La réalité africaine a très vite rattrapé ces hauts lieux du savoir, version SOLUTION et les replonge progressivement dans les réalités d’avant crises : grèves incessantes, menaces d’année blanche, absences d’infrastructures doublées d’une augmentation exponentielle des coûts d’inscription jusque-là difficile à justifier.

 #DLMD vs #LMD

Dans ce tourbillon de trouble dans les universités bling-bling, une réforme : celle du LMD. On entend par là Licence Master, Doctorat. Le passage de l’ancien système DEUG, LICENCE, MAITRISE, DEA, DOCTORAT, vieux de plus de 40 ans aux systèmes LMD a fait l’objet de plusieurs séminaires coûteux, dits séminaires de réflexion, dans des luxueux hôtels de la première capitale du pays. Ce passage n’attendait que la bonne opportunité pour s’effectuer. Et la crise a offert cette opportunité. Et le LMD a divisé le monde universitaire sur la nécessité de son application dans les conditions actuelles que traversent les universités.

Il y a ceux que cela peut arranger. A l’origine, ce système devait résoudre l’adéquation formation emploi, rendre plus compétitifs les diplômés qui sortent des universités, d’homologuer les diplômes et de les rendre plus crédible… LMD a fait des heureux. Dans certaines facultés l’introduction des disciplines sportives a vu la transformation de certains enseignants en professeur de sport. La rumeur dit qu’à l’UFR CBG de l’UFHB, au lieu de recourir aux services d’un professionnel du sport, un enseignant du département, jeune docteur plein d’énergie, se serait transformé en prof. de sport pour la circonstance, afin de bénéficier du volume horaire dévolu. Une autre rumeur renchérit en laissant entendre qu’une fois sur les aires de sport, l’éminent jeune professeur reconverti n’a pas trouvé mieux que de se souvenir des actes de ses profs. d’EPS du lycée : 10 tours du terrain de football, deux équipes de foot constituées, et hop l’ECUE est validée. Une autre rumeur répandue de cette UFR annonce qu’un autre doyen, armé de ses expériences linguistiques constituées pendant ses nombreux voyages, s’est transformé en enseignant d’anglais. Pendant son enseignement, tout se faisait en français. La cerise sur le gâteau d’après cette rumeur, c’est que pendant la composition, les questions étaient en français et les étudiants devaient répondre en anglais… Mais bon, ce sont souvent ces bonnes rumeurs, souvent fondées, souvent mal fondées qui circulent pour détendre un peu les mines… Sans aucun doute, LMD arrange aussi les enseignants paresseux, déjà spécialiste dans la vente de fascicules. Selon ce qu’on peut entendre souvent : « Le système veut que l’étudiant travaille et compose les 75 % de l’enseignement et qu’il ne revient qu’une marge d’intervention de 25 % à l’enseignant. » Ce nouveau slogan est un passe pour ne plus donner de contenu aux enseignements. Mais bon c’est aussi cela la réforme.

En face, il y a les irréductibles de l’ancien système. Pour ces derniers, une belle femme fera toujours l’objet de critiques si le regard commun lui découvre un petit défaut. La bouche de l’Ivoirien dira « cette fille est jolie hein, elle sort de l’eau comme Mami Wata, mais son pied est un peu tordu, ses lèvres sont un peu noires, son point de beauté là est mal placé… ». Ces petits défauts qui entachent une beauté divinement innocente…Voilà des petits points que la langue de l’Ivoirien ne peut taire. C’est aussi ça la liberté. Allez demander un service dans un décanat où à la scolarité centrale. Selon votre interlocuteur, vous serez servi. « Je suis en L2 » pour dire en 2e année. Vous pourrez entendre « quelle L (Licence) ? Tu es en DEUG 2, vos diplômes internet là fatiguent les gens ici hein ». Dans le fond personne n’a tort. L’étudiant se plie et subit le système, l’agent de l’administration, qui a encore ses fiches organisées selon l’ancien système est troublé et énervé quand il doit rester dans une ancienne logique pour effectuer des tâches d’une autre logique, de tout adapter.

 Les diplômes mal accordés

Un exemple loufoque et délirant. Les étudiants admis à l’ENS cette année ont rencontré de nombreuses difficultés aux services des diplômes de la scolarité de l’UFHB et ont reçu pour la même promotion des diplômes différents. Pour être précis deux types de diplômes. La Maîtrise n’existant plus et le Master 1 n’étant pas un diplôme, mais un niveau dans un cycle, l’université FHB a été dans l’obligation de transformer les Master 1 en Maîtrise et de délivrer, selon les heures d’arrivée au guichet des attestations ou des certificats. Kouadio et N’Goran sont normaliens au cycle des professeurs de lycée. Ils ont tout deux soutenu leur Master 2, qu’ils ont donc validé la même semaine de l’année 2014. Lorsqu’ils se présentent à la scolarité pour demander leur diplôme, afin de constituer les dossiers d’inscription à l’ENS, Kouadio qui fut le premier, a reçu un document dit certificat d’admission en maîtrise, sans aucune trace, ni mention des Unités de valeurs (UV) validées. L’agent administratif avance qu’il y avait trop de matières et qu’elles ne pouvaient toutes être répertoriées sur le diplôme. Ils ont dû donc trouver ce raccourci pour délivrer les diplômes urgents. Deux jours après, N’Goran se rend au même lieu pour la même requête. Il recevra quelques semaines plus tard, son diplôme, le même que Kouadio, mais avec ses UE obtenues, ses mentions et les dates d’obtention. Comment voulez-vous qu’une université soit crédible si elle délivre pour des circonstances identiques des documents différents. N’est-ce pas là une porte que l’UFHB ouvre aux faussaires? Ce n’étaient là que des exemples loufoques, disais-je.

Il n’y a pas que le LMD  dans nos universités qui ont du mal à fonctionner. Un jour peut-être la levure prendra. Pour le moment, il faut s’accommoder, s’accrocher. Certes sous Alassane Ouattara, le pays se réveille. Les chiffres parlent d’eux même. Mille ponts par-ci, mille routes par-là, le quotidien de l’Ivoirien ne change pas. Rien n’est gratuit. L’autoroute qui était censée faire circuler l’argent qui travaillait a entraîné une augmentation douce des tarifs de transport. La réhabilitation des universités a conduit à ce qu’on sait, des propositions indécentes. Les universités publiques qui jusque-là sont incapables d’offrir des services de qualité ont des coûts d’inscription qui rivalisent avec ceux des universités et grandes écoles privées… Les infrastructures croulent sous le poids des effectifs qui vont grandissant. Payer n’est rien. Mais il faut consommer pour ce qu’on paye et en être satisfait. Il paraît que le LMD s’accompagne de Wifi pour régler la question des places dans les amphithéâtres. Mais ce WiFi est-il fonctionnel ? Peut-il permettre la connexion de 50 000 postes comme prévu ? Asseyons-nous dans le gazon de luxe de l’UFHB, et testons…

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Commentaires

Al
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Trop vrai! au lieu de travailler, les gens bavardent seulement
lolll Toi les journaux bleus là vont voler ton papier la encore...

Aly Badra Coulibaly
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Ha ha, AboboN, il y a une place chaude pour les voleurs à la MACO

larissakouassi
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Des reformes "doyodoyo", Lol tu l'as dit et c écoeurant. J'aime!

Aly Badra Coulibaly
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Merci, ou bien ca sonne pas doyodoyo?

Benjamin Yobouet
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Belle analyse, vivement que cela change !

Aly Badra Coulibaly
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Les choses malheureusements s'empirent. et c'est le visage de l'Afrique...

jeogo
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Ahahah!magnifique ! On se croirait à l'Université de Lomé.

Aly Badra Coulibaly
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hum, ha. Abidjan est pire////