Cote d’Ivoire:Le plomb se beigne des les peintures à usage décorative

Pots de peintures à huile (Ph.Google)

Pots de peintures à huile (Ph.Google)

Les peintures à huile à usage domestique ou peintures décoratives à base d’émail fabriquées et vendues en Côte d’Ivoire sont, en grande partie « bourrées de plomb ». Parce que contenant une concentration extrêmement élevées de plomb, elles constituent des dangers certains pour les enfants et les femmes enceintes en particulier et l’homme en général et posent un problème préoccupant de santé environnementale.

Cette annonce – inquiétante – a été faite à la Fondation Freidrich Neumann pour la Liberté, sis à Cocody-Abidjan, le 23 octobre 2013, à l’occasion de la semaine internationale d’action pour l’élimination de l’intoxication au plomb, par l’ONG-Jeunes Volontaires pour l’Environnement (JVE), qui a participé à une étude menée simultanément dans huit (8) autres pays par le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE),  en échantillonnant, au niveau national 30 pots de peintures de 7 marques différentes, vendus à Abidjan et dans ses alentours. Ces échantillons ont été expédiés pour être analysés au Laboratoire de la Santé des travailleurs du Wisconsin aux Etats-Unis. Journalistes, Bloggeurs, Représentantes d’institutions et membre d’organisation de la société civile, qui ont animés les échanges suite à l’exposé de JVE, ont été stupéfiés par le potentiel, mais réel danger auquel une simple volonté de rendre simplement agréable aux yeux un cadre de vie, pourrait la santé.

Tableau des résultats (Photo Badra)

Tableau des résultats (Photo Badra)

« On s’en fou. Nous les Africains, nous les Ivoiriens, nous les Noirs, nous sommes différents des autres. Ce qui les tue, nous fortifie. Dieu est au contrôle ». Ou bien «Ҫa tue pas ivoirien ». Voici biens d’opinions – souvent dictées par le désespoir et le dépit de la débrouille -, que des langues se déliant, peuvent laisser entendre de la bouche de nombreux ivoiriens. Pour même banaliser des situations, des interdictions formelles ou des événements dramatiques, la sagacité et la fertilité de l’humour ivoirien sont mises à contribution.
L’ivoirien métamorphose la défaite en occasion de danse et de boisson (l’annonce de la mort d’un Chirac, suite à une défaite cuisante des pachydermes footballeurs toujours malchanceux depuis 1992, pour pouvoir invertir le soir les Maquis de Yopougon) ; transforme l’inquiétant et le choquant en humour pour éloigner l’alerte (Probo Koala est devenu Probo koulaba ou vase de nuits ou déversoir de caca, pour dire plus simple ;  l’affaire de grippe aviaire est devenu concept DJ…) ; trouve toujours un argument pour outrepasser le proscrit, l’interdit, le dangereux (le manque extrême d’hygiène de la plut part des Garbadrôme transformé en raison d’amour pour le plat presque internationalement réputé ; enfin entre autre, aujourd’hui la menace de la fièvre Ebola qui décime au Liberia, en Guinée, qui inquiète le Mali, le Ghana et nargue le Sénégal qui a fermé hermétiquement ses frontières avec la Guinée est devenu un argument pour des jeunes filles d’embrasser leur nouveau Gaou ou pour les vendeurs et consommateur agrées d’Agouti et autres viandes dites de Brousse (comme si la viande de maison avait son qualificatif aussi) de fulminer en ces temps de Paquinou contre l’Etat.
Niais, ou trop fier, Gaou ou ignorant, l’ivoirien est souvent très négligent. Si Dieu est dit Unique et Créateur de tous, il est alors au contrôle de  la vie de tous. Dans tous les cas, Il n’est pas obligé. Ou bien ?
Mais Monsieur Kouassi M’Bra Richard, conférencier de l’occasion, a été strictement formelle dans sa présentation : Le plomb est dangereux. Sans préciser les noms et marques des peintures échantillonnées, il a notifié que l’étude dont il présente les résultats nationaux a été effectuée par le PNUE par l’intermédiaire de ses partenaires dans neuf (9) pays à savoir : l’Argentine, l’Azerbaïdjan, le Chili, la Côte d’ivoire, l’Ethiopie, le Ghana, le Kirghizstan, la Tunisie et l’Uruguay. Dans ces pays, se vendent malgré les risques signalés des peintures dont la teneur en plomb est critique.
Les industries de peinture ajoutent intentionnellement le plomb pour au moins trois raison : renforcer le pigment, faciliter le séchage et empêcher la rouille. Pourtant des solutions de remplacement de bonne qualité, et d’un bon rapport coût-efficacité sans incidence ou presque sur les caractéristiques et le prix des peintures à produire existent.
A quoi le plomb expose –t’il réellement et comment ?         
Ces comportements industriels mercantiles exposent les utilisateurs à des problèmes réels de santé environnementale. En effet, l’exposition au plomb s’effectue de deux manières : soit par l’air lorsqu’on inhale les fumées de brûlure de différents déchets (yako donc aux habitants de Akouédo) ou des poussières issues de vieux murs, soit par ingérence d’aliments ou boisson d’eau. (Quand je sais que tous les tuyaux de la SODECI du banco 2 sont sexagénaires, j’imagine la quantité de plomb en moi).

Ce métal toxique, d’après un rapport de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), a « des effets sur la santé, (qui) sont en général irréversibles et permanents.»(1) Des preuves qu’une exposition au plomb entraîne une diminution de l’intelligence ont amené l’OMS à reconnaître le retard dû au plomb comme une maladie. L’Organisation cite également cette dernière comme l’une des dix principales maladies dont la charge de morbidité parmi les enfants est imputable à des facteurs environnementaux modifiables. On pourrait aussi citer entre autres effets dus à l’exposition au plomb : l’hypofertilité des hommes (sperme défaillant), les avortements spontanés (cause de fausses couches), l’augmentation de la pression artérielle, la perturbation du système nerveux, le retard et la perturbation du système cérébrale de l’enfant (le plomb pénètre dans le fœtus par le placenta de la mère, perturbe le cerveau et le système nerveux de l’enfant à naître), la perturbation du comportement des enfants (agressivité, comportements impulsifs…).

Que donc faire ?

Depuis au moins 40 ans, les pays fortement industrialisés ont adopté des lois et règlements interdisant la fabrication, l’importation, la vente ou l’utilisation de peinture au plomb pour l’intérieur comme pour l’extérieur des maisons, écoles et bâtiments commerciaux. Ces réglementations sont devenues de plus en plus strictes avec le temps. Aux Etats-Unis comme au Canada, une limite réglementaire de 90 parties par million (ppm) a été instituée en réponse  aux préoccupations croissantes que les expositions, même à faible teneur en plomb sont dangereuses pour les enfants. D’autres pays, en Europe occidentale, ont établi des bornes de 600 PPM de plomb dans les peintures, au poids sec.
Les résultats de l’étude en Côte d’Ivoire, cité dans le Rapport final de l’étude dans l’ensemble des neuf (9) pays ci-dessus nommés, montrent que les peintures vendus dans le pays sont scandaleusement au delà de ces normes occidentales. Les échantillons prélevés présentent, pour la plus part une concentration très élevées en plomb allant de 10000 à 42000 ppm soit plus de 1000 fois au-delà des normes fixées, selon le continent entre 90 ppm et 600 ppm à poids sec. Le rapport précise aussi qu’il n’existe actuellement aucune loi en Côte d’Ivoire qui contrôle ou limite la teneur en plomb des peintures utilisées pour la décoration des  ménages en Côte d’Ivoire.
Face donc au danger que représente le plomb pour les jeunes vies, le PNUE a formulé d’après son rapport trois recommandations majeures que la Côte d’Ivoire à l’instar des autres pays concernés par les menaces du plomb devra appliquer à savoir : l’institution d’un cadre de réglementation nationale, la sensibilisation du publique et l’invitation a des producteurs à éliminer les composés de plomb de leurs formulations et d’étiqueter les pots – là où, il n’y aurait pas de réglementation en s’engageants dans un processus de certification.
Enfin, notons, que l’exposition au plomb n’engendre pas que des problèmes de santé. Elle draine aussi dans son sillon des problèmes économiques. En effet, une étude récente a examiné l’impact économique de la réduction de la productivité de l’enfance liée à l’exposition au plomb sur les économies nationales et estime une perte cumulée de 977 milliards de dollars par an pour tous les pays à revenus faible et mayen. La perte économique estimée pour l’Afrique est de 134,7 milliards de dollars soit, 4,03% du produit intérieur brut. (2)
Mon frère, affaire de chiffre là, c’est pour les initiés. Si tu vas peindre ta maison pour plaire à tes yeux, fait simplement attention. Il parait que les peintures à eau sont moins toxiques. Mais parait-il qui sait ? Au pays des éléphants, rien n’est sûr. C’est Dieu qui contrôle.
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1- Childhood Lead Poisoning, OMS, 2010, p.iii 
2- Economic Costs of Chilhood Lead Exposure in Low and Middle Income Countries, By Teresa M.Attina and Leonardo Trasande : Environmental Health Perspectives ; DOI :10.1289/ehp.1206424 ; http:/ehp.niehs.nih.gov/1206424/

2 Commentaires

  1. Merci Ladji, pour ce beau billet !
    L’exposition de la population aux plomb est une réalité dans nos pays ; que ce soit par le biais de la peinture ou du carburant de moteur. Il reste voir si nos autorités appliquent les recommandations du PNUE.

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