#Jacqueville – Des toilettes sur pilotis

Toilette sur pilotis à N'djem et enfant en posture (Badra)

Toilettes sur pilotis à N’djem et enfants (Photo Badra)

N’Djem est un village dont les limites sont bercées par deux lagunes. Ebrié et Aby. Point d’entrée et de sortie du département de Jacqueville, c’est un village animé. La pêche, l’agriculture et le commerce occupent ses populations.  A son embarcadère qui ne désempli jamais, tangue un colossal bac donc le coup de réparation a conduit à son abandon et une partie du fameux pont dit de Jacqueville. Les petites vendeuses de tôfis (un bonbon traditionnel fait de lait de coco), de gâteau amidon (une autre recette ivoirienne propre aux zones côtières faite d’une combinaison d’amidon de manioc et de sucre), de bananes douces vraiment naturellement mûries  vous accueillent, avec des sourires commerçants quand vous y posez les pieds.

Outre son décor pittoresque,ses maisons en bambou, son ambiance de chantier, son air  tranquille régulièrement marqué par le vrombissement des petits bateaux-taxis,  ce qui frappe l’attention de tout passant et choque souvent les entendements, ce sont ces toilettes suspendus sur l’eau. Toilettes sur pilotis. Tout sort et tombe dans un plouf mélodieux dans l’eau pour le bonheur des poissons qui ont fini par rapprocher leur habitat de ces lieux. Qui est fou ? En ces périodes de disette, il ne faut pas refuser la nourriture.

La méthode étant tellement efficace, qu’elle est une astuce pour apprendre à pêcher. La matière fécale serait un bon appât. Les enfants qui s’essayent à la pêche, dans ces villages ont souvent recours à la méthode observée. L’astuce du maître consiste à déféquer sur un bout de filet à l’abandon, et les bons poissons, ou quelques poissons accourent pour se laisser capturer.

En parlant des toilettes sur pilotis, l’ingénieur qui a imaginé cet artifice d’évacuation et de soulagement comme on le dit chez nous, n’a pas effectué d’études d’impact environnemental ou sanitaire. Pour l’inconscient collectif de cette zone, tout comme dans ceux de la plus part des villages riverains du pays, en effet, faire des toilettes sur pilotis est une stratégie qui épargne tout une communauté de frais, souvent exorbitant, de creusage de fosses sceptiques. Ce même inconscient convainc, des esprits trop naïvement pingres que l’eau coule. Parce qu’elle coule, on peut se laver à deux (2) mètres des bordures, puiser l’eau destinée à la boisson cinq (5) mètres plus loin et déféquer ou uriner un peu en avant cela n’affecte en rien la qualité et la propreté de l’eau. Comme s’il s’agissait seulement de propreté.

A N’Djem, on pense que quand l’eau coule, elle emporte toutes les insanités qu’on y déverse. En effet, l’observation est loin d’être fausse. Elle est d’ailleurs d’une éloquence scientifique. Toutes fois puisque les villages sont en ligne, et que l’écoulement emprunte un sens ou un autre, les insanités sont simplement entraînées vers d’autres lieux, exposant ainsi d’autres populations qui sans savoir ce qui se passe en amont, juge l’eau par sa clarté et non, sa qualité, ignorant tout ce qui a pu se passer bien avant. Ces dernières aussi, de part leur activités, exposent d’autres populations et ainsi de suite, la chaîne poursuit son chemin macabre.

En voulant se mettre à l’abri d’éventuelles dépenses en infrastructures sanitaires, les riverains, sans le savoir, contribuent à la création d’autres situations? Ils polluent leur environnement et mettent en danger la santé et la vie de leurs enfants et de toute une population insulaire. Les déchets fécaux qui tombent, et qui sont avalés par les poissons, reviennent dans les marmites. On remange ce qu’on rejette.  Drôle de recyclage. Plouf, ça tombe, plouf plouf plouf on peut entendre les poissons se battre et se débattre pour avoir un morceau de la précieuse ambroisie et plouf dans le filet pour prendre la direction de la marmite.

L’Etat pour des raisons de pollution du fond marin, a interdit la pêche et la consommation des poissons de Jacqueville. Cette mesure prise par le Ministère de l’environnement et du développement durable, il y a quelque mois est salutaire. Les causes des pollutions ne peuvent pas uniquement se trouver dans l’attitude de quelques individus, qui pour faire bonne recette, n’hésitent pas à déverser des produits chimiques aux effets mortifères dans l’eau. Il faudrait aussi ausculter les effets des déchets humains. Enfin, inviter les populations côtières à de meilleures pratiques sanitaires ou les contraindre d’une manière ou d’une autre à détruire les toilettes sur pilotis.

N’Djem, n’est pas un cas unique, si on estime que ces toilettes sont des dangers à la fois pour l’environnement et pour la santé. S’il vous arrive d’être un jour sur la belle île de Jacqueville, s’il vous arrive d’avoir des envies de balades  quand l’aurore se pointe, si au cours d’une balade matinale, des villageois vous dépassent à répétition et en ordre ;  ne pensez pas que tous vont chercher à humer de la bonne air fraîche et saline de la mer en guise de cure par voex nasale. Bien au contraire, ils vont polluer la quiétude de la nature sablonneuse des bords et plages. Le pagne noué à la hanche pour les hommes et autour de la poitrine pour les femmes, les pas pressés ou lents,  petits sacs ou sachets contenant un objet rouge semblable à un instrument de laboratoire, mais qui en réalité sert à stimuler la libération du corps par voie anale… ne sont que des signes caractéristiques de villageois maillot officiel et munis de leur arsenal de toilette.

On comprend du coup que d’un endroit à un autre de la bande, les habitudes sanitaires sont différentes mais conduisent à la même réalité déconcertante : dans les villages de l’île les habitants n’ont pas l’habitude de se construire des toilettes. Ils aiment la liberté das vastes espaces. Parce que N’Djem ne s’ouvrent pas sur la mer, mais plutôt sur des lagunes, le mode est de mettre les toilettes sur l’eau ou de déféquer directement dans la lagune. Parce que les autres villages sont limités par l’océan, les plages servent automatiquement de toilettes et dépotoirs.

Sassako, Avagou, Akrou, Andoumangan… sont de beaux villages. Leur propreté est admirable. Leurs vastes plages parsemées de cocotiers, de loin, semblent bien entretenues. Et elles le sont. Mais en s’y promenant, il s’impose à toutes personnes étrangères de faire attention. Le passage est accompagné de petites senteurs divines, et les regards peuvent avoir la chance d’admirer en grandeur nature, de belles crottes humaines, artistiquement sculptées par les exploits de quelques anus trop rassasiés d’attiéké (semoule de manioc farci à la vapeur) et de fruits de mer.

En ces lieux, se mettre ne position de libération, sous un pagne, est un fait banal. On s’offusquerait en d’autre espace de voir un homme ou une femme, sur le point de se libérer, on pourrait même crier au manque de pudeur. Mais ici, point besoin d’alerté le monde à la vu d’un individu qui ne veut que satisfaire un besoin physiologique, donc répondre à un appel légitime de la nature. Ainsi, de jour comme de nuit, personne ne se cachent. Si de loin vous apercevez un vieillard ou un enfant, un homme ou la fille que vous avez abordé la veille, accroupi, ne soyez pas choqué. Cette personne est simplement en position de méditation d’urgence. Un petit trou dans le sable, une crotte moelleuse qui disparaîtra aussitôt fini sous le sable, par un coup de pied machinal. Et la vie continue après comme de rien fut.

En attendant que ces populations changent d’habitudes et modifient leur relation avec les bordures de l’océan qui berce leurs villages, les passants devront  s’accommoder.

3 Commentaires

  1. Article très intéressant. je fais actuellement des recherches sur les moyens d’evaccuer les eaux vannes (matières fécales et autres) lorsqu’on est dans une maison flottante ou sur pilotis. J’aimerais savoir si vous avez quelques solution à ce problème de dégradation de l’environnement.

    1. Bonjour. Malheuresement, la solution qu’on peut imposer aux populations de Djam, et au riverain des Jacquville, c’est simplement la contruction de toilette sur des fosses perdues. Cela permet plutard d’utiliser à titre de compost le contenu des fosse sceptiques une fois pleines. Il faut éduquer les populations de cette zone de notre pays. pour les solutions que tu demandes, je pense que en Cote d’Ivoire, les habitations flottantes sont rares. Mais nous allons cherchers.

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