Kong, éblouissant vieux royaume

Mosquée du 17e Siècle (Ph.ABC)

L’adage a souvent des zones de vérités. Après l’orage, l’embellie. Après la poussière et les boursouflures causées par les zigzags du 32 places de marque Mistral, le goudron en abondance, la lumière en exubérance.

Tout voyage vers Kong, ville ancestrale dont l’histoire danse la valse en couple avec Mosquée, Samory Touré, Alassane Ouattara, commence avec de nombreuses inquiétudes et craintes. Il revient dans les rumeurs que l’accès à la ville présidentielle est pénible. La raison, en dehors de l’éloignement, est l’absence de bitume sur tous les axes d’entrée : Ferké-Kong, Tafiré-Kong et enfin Dabakala-Kong.

Un voyage enchanté

Après plus de 10h assis, les fesses longuement éprouvés, les narines exténuées par la poussière, le corps épuisé par les différences positions prises en quête d’espace d’étirement dans un véhicule surchargé exagérément de tout, à partir de Tafiré, une question à mon voisin de siège me vint, à la vue de la lumière : Sommes nous arrivés ? Et celui-ci-de répondre, lisant la colère d’un voisinage stoïquement accepté (cette femme, son bébé, son gobelet de lait, ses poulets, ses baluchons…), que la surcharge est due au fait que lundi est jour de marché à Kong et quand nous y seront, personnes n’aura à ma dire que nous y sommes.

Environ 70km sur une route profilée, après avoir enjambé de drôles de petits ponts en dessous desquels coule des bras du fleuve N’ZI en partant de Tafiré et de N’golodougou, sous une bonne escorte militaire, l’entrée de Kong, ville historique et éblouissante, se présente à nous.

Tout, la  nuit, semble beau à Kong. Tout, la nuit, est illuminé et illuminant. Routes et ruelles sont entretenues et font oublier les abidjanaises, jonchées d’immondices, de sachets, de déchets solides. Le goudron brille de mille feux. Partout, du bitume. La lumière de cette ville pourrait défier Grand-Lahou et Yamoussoukro.

Tout juste 200 mètres après avoir dépassé la pancarte indicative de l’entrée dans la ville, le Foyer Des Jeunes Filles De Kong, dont la beauté défie celle du Lycée, en face, portant le nom de la Première Dame du pays. Un établissement de classe. De l’extérieur, on peut déjà se faire une idée du confort interne.

Une  hospitalité de choc

M’avait-on dit « on vous promet logements, soyez sans crainte ». Celle qui avait fait cette promesse et celui qui me la colporté n’avaient « lancé qu’un appât ». Dans tous les cas, le devoir m’a, d’une façon ou d’une autre, obligé de prendre l’appât imposé. Il n’en était rien du tout. Que du vent. Les amis contactés à la nouvelle d’un départ en cet endroit, avaient tout de suite lancé : « y a pas maison ». Le Foyer des jeunes filles de Kong, d’après l’écriteau mural, est un don. Il fut inauguré par Monsieur le ministre des Affaires présidentielles, par ailleurs député-maire de la ville, Brahima Ouattara, dit Photocopie.

La sincérité impose de dire les choses telles quelles sont. Kong est une ville magnifique. Tout est en chantier. Elle ressemblera à un oasis en plein désert ou à savanne. Mais à Kong, une préoccupation pour le fonctionnaire qui y arrive, et qui de fait lui donne l’envie de foutre le camp dès qu’il pourra, c’est le coût excessif des loyers, flanqué à la rareté des logements. Même si on dit que « tout ce qui est rare est cher ». Les propriétaires n’hésitent pas à faire la comparaison avec Abidjan. He Allah, Kong, c’est très loin d’Abidjan hein. On se dit que travailler à l’intérieur du pays est une occasion de repli pour mieux sauter, pour faire quelques économies. Erreur d’appréciation pour qui ne s’informe pas mieux et ne vit pas l’expérience. Bouna, Kong, la réalité est commune. Les fonctionnaires en ont marre des caprices de ces propriétaires.

Le Foyer des jeunes filles de Kong reste en attente de ses premières pensionnaires. D’ici là, il est occupé par l’administration de l’école comme bureau, salon et salle de réception… Le bloc dortoir compte 8 salles d’une capacité, d’après le nombre de lits observés, de huit (8) personnes par chambre. Cela fait une potentielle capacité de 62 personnes. C’est déjà une motivation et un bon stimulant pour la scolarisation des jeunes filles.

Les administrateurs du lycée occupent trois (3) salles du bâtiment, à titre de domicile provisoire.  De nombreux protégés du Chef, occupent pour le temps qu’ils souhaitent les autres pièces. Ils vivent comme chez eux. Aux foyers, vous n’avez de sourire et d’accueil convivial que lorsque vous êtes un proche, un protégé de la Chef. Pour le reste, si vous êtes enseignants, votre présence, même pour des raisons professionnelles, est accueillie de avec la froideur. Elle est symptomatique de la qualité médiocre des relations ou tensions entre les administrateurs et le corps enseignant. Tensions résultants d’une volonté inouïe d’abaissement des exécutants.

L’accueil ouvre à la discussion, à la conversation, fixe même le ton de la communication et détermine l’avenir d’une relation. Au Foyer, une salle fut bon gré mal gré mise à la disposition de stagiaires durant l’année scolaire 2015-2016. Cette année les nouveaux enseignants affectés ont eu l’honneur d’y passer 1 semaine. A peine leur a-t-on accordé l’hospitalité, un logis dans une pièce commune, sans grande commodité, juste poser la valise et reposer le corps après le labeur citoyen ; instruction leur a été donné de se chercher un logis. Si cela était si facile, que font encore en ces lieux, ces donneurs d’ordres, ces anciens fonctionnaires qui y vivent en pacha avec leurs nombreux protégés, qui souvent n’ont rien à voir avec la corporation ? Ils profitent d’une gratuité et la refuse à ceux qui sont dans la nécessité. Qui travailleront dans l’attente d’un rappel à la date de venue hypothétique. Ha ville présidentielle ! Ha en-farinade des administrateurs la tour D, 20e étage! Ha « vous serez logés, avec même prime de dépaysement! » Ha les niais, les jeunes. La suite fut simple. Chacun part après une nuit, sans dire au revoir. Gardez vos logis et écoutez Carmen de Stromaé.

Kong et ses contrastes

Paysan revenant du champ (Ph.ABC)

Je découvre une ville trop nonchalante, les petites musiques des rues de Yopougon manquent à l’appel. Devant des vérandas de salon qui donnent directement sur la rue, des grins où le bruit du mouvement du thé règne en maître. Cette boisson exotique, chaude, se consomme pourtant en ce lieu chaud.

Dans les rues bien tracées, bien illuminées, des moutons, des cabris, quelques motards qui abordent les intersections avec classe tandis que les tricycles semblent se faire la course à la recette. Au marché, ce lundi : des aubergines, du maïs, et même du bon attieké. Le marché du lundi est animé. On y trouve tout ce que le monde paysan produit. Légumes, céréales, volailles diverses, poudres de perlimpinpin… Il y a aussi des tas de poissons séchés sur les étables et des cuvettes pleines de vieux pains. On dit pain godio ou pain mort ou le pain invendu, remis sur le marché à moindre coup. Ha café baoulé!

La ville de Kong semble résister à l’insolence de la modernité. Modernité qui a tendance à engloutir l’histoire, à la transformer, à l’installer dans l’oubli définitif. Un juste équilibre semble trouvé entre ancien et nouveau. Cet équilibre apparaît dans l’architecture urbaine. Une mairie stylisée avec des rondeurs de maison en banco, de vieille mosquée historique entourées de préaux et toilettes modernes. Dans la ville des belles villas entre des concessions couvertes de pailles. Greniers sur leurs trépieds en pierre, trous à ordure, les kongois, comme tous les habitants du Nord de la Côte d’Ivoire, sont déjà, historiquement des protecteurs de la nature et des fabricants de compost naturel.

A Kong les coups du logement sont exorbitants. C’est la plaie de la ville. Ces proprios ce sont les coûts que lance les propriétaires. Ils veulent amortir leur investissent en si peut de temps.

Pour une ville située à plus de 600 km de la capitale, le prix de location mensuelle des studios commence à 35.000 Fcfa, on n’hésite pas souvent à dire 50.000Fcfa. Haaaa… Kong, haaaa… ville présidentielle, comment le fonctionnaire lambda dans la souffrance de sa désillusion, peut-il s’offrit ce luxe quand on sait que vivre à l’intérieur, offre l’occasion de faire des économies. Une ami enseignant-chercheur à l’Université PGC de Korhogo ; à propos, me lance 2 jours après mon arrivée ceci : « Comment ça va à Kong ? Tu ne pourras que t’enrichir là-bas ? » Mon frère et collègue Dr. K. Haaa. que sait-il lui, de Kong ? À l’évidence rien.

Ville moderne qui conserve ses habitudes (Ph.ABC)

Maisons faites de briques ordinaires, couvertes de paille, maisons bâties avec des briques de terre aux joints en banco ou le plus souvent avec du ciment, symbole d’un passé riche d’ingéniosité. Kong l’ancien et le moderne se confondent, se conjugue au même temps, dansent la valse au même rythme sans toutes fois donner l’impression que l’un prendra d’ici peu le dessus sur l’autre.

Bienvenue à Kong. Une ville historique, ville présidentielle. Au fils des jours, mes chroniques sur Kong, vous donneront envie d’y faire un saut, tour.

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