A.D.O, la gare s’est transportée sur la route

Une gare à Abidjan Ph. Badra

Une gare à Abidjan Ph. Badra

Madame la Ministre, Honorable député,

Ceci est surement la dernière lettre, de la série que je vous expédie. L’aventure de mon ami et moi, vient de prendre fin. Nous sommes dans notre Abobo, l’oublié. Mais le chemin qui nous y a conduits, nous a offert d’apprécier vos actions. Bravo.

Comme vous avez dû le lire, mon ami du jour était dans un état qui ne nous permettait pas d’envisager le trajet direct. La diarrhée est une chose impolie, impudique, dont on ne se débarrasse pas aussi rapidement. Elle peut récidiver sans avertir. Ses attaques sont imprévisibles comme celles des Microbes.

Mon ami, n’était pas prêt à sortir de son mal. Du moins, sa diarrhée, n’en avait pas encore terminé avec lui. Quand elle décida de manifester son imminente venue, nous étions au carrefour Dokui, juste après l’immense clôture du camp de Gendarmerie d’Agban. Vos bulldozers avaient laissé un immense espace qui servait de gare au nombreux woro woro jaunes de Cocody.

#La gare a envahi les trottoirs.

Avant, ils étaient dans leur coin. Ils ne dérangeaient presque personne, vu qu’ils occupaient un espace que les syndicats avaient aménagé. Cet espace est désormais ceint par une clôture de fortune qui a dû coûter cher à l’Etat. Je suppose. Les brousses qui environnaient les flancs des collines qui dominent l’espace, offrent une belle verdure, qui pourrait servir à mon ami, à l’occasion.

Descendu du Gbaka sans avoir atteint la destination, il s’y était dirigé avec la précipitation qu’oblige toute diarrhée. Ma seule inquiétude, c’était qu’il arrive à enlever sa ceinture avant de prendre la position de la liberté que recommande la nature pour exécuter la tâche qui le pressait.

En bordure de route, je me suis rendu compte de la ribambelle de véhicules jaunes qui avaient occupé les deux cotés du trottoir. Diantre, que fait-on du droit du piéton ? Pauvre de lui, s’il ne fait attention, ce sera tant pis pour lui. On ne joue pas avec un quatre roues. Alors bipède, arrangez-vous pour trouver un autre chemin. La gare a été totalement et officiellement transportée sur la route, tandis que l’espace ceint attend de mauvais gazons. Ces gazons de mauvaise qualité et de mauvaises souches qui dégradent la beauté de la devanture du ZOO d’Abidjan. Mais pourquoi Madame ? Le gazon, ça ne se mange pas en Afrique. On n’en a que faire. Vous même regardez combien de fois sur le Latrille et combien fut désastreux, tout projet de terrassement par le gazon, ces espaces qui n’en veulent pas. Entre St Jacques et le Carrefour la vie, l’investissement fut un échec visible à Cocody.

Honorable, chère Madame, l’idéal serait que vous aménagiez mieux l’espace qui ne servira à rien avec son gazon, en une gare ordonnée. Cela éviterait l’envahissement des trottoirs. Nous restons dans l’attente de vos prochaines actions en cet endroit. Comme c’est la mode, nous espérons que vous ne direz pas que vous êtes #surprise. Mais continuons avec mon ami.

Le temps qu’il mettait commençait à m’inquiéter. Sa communion avec la nature, derrière un bosquet ou une touffe d’acacia – je ne sais pas – prenait du temps. Aussi il fallait craindre qu’il soit surpris par un Syndicat, une fille, ou je ne sais qui d’autre qui pourrait, sans connaître la raison de sa présence là, lui lancer une injure ou des mots mal placés. Mais l’inquiétude fut de courte durée. Je le vis revenir avec un visage moins tendu et le sourire sur le visage. Il fallait faire une autre courte distance par mesure de prudence. Mais encore, la diarrhée venait de récidiver. Quel poisson mal braisé, l’ami avait-il ingurgité la veille ? Allah seul sait.

#La poubelle devant le ZOO

Route du Zoo

Route du Zoo

Devant le Zoo d’Abidjan, des hommes en tenue, surement des militaires, s’occupaient du reste du nettoyage. Ils apprêtaient le terrain pour le futur gazon. Déjà devant le Zoo national d’Abidjan, des sachets avaient commencé à s’installer entre les pieds des herbes-gazon. Cet espace vert qui est institué et qui ne va pas durer à cause des gbaka qui y stationnent bon gré mal gré. Ils sont toujours indisciplinés. Ils sont impolis. Ils sont toujours pressés, car comme vous le savez aussi bien que moi, avoir un emploi est devenu cailloux, alors, s’ils ne veulent pas que le djoulatché dans sa furia leur enlève ses clés pour recette non complète, ils vont tout gnagamis sur leur passage.

Il vaut moins les craindre que les vendeurs et vendeuses ambulantes qui on été chassées. Le dioula est opportuniste, c’est pourquoi le bété ne l’aime pas. Ce n’est pas de moi ho, c’est Feu Kourouma qui l’a écrit dans un de ses livres. Il sait s’installer, se fondre dans le décor, mais jamais avec discrétion. Quand vous verrez mes sœurs avec des hangars et tables démontables, transportables, amovibles, vous comprendrez. Mes sœurs sont les championnes de l’adaptation en tout lieu et de tout commerce. Aujourd’hui vous détruisez leurs magasins, hangars d’habits. Demain, elles reviennent à la même place avec un tabouret et quelque échantillon. Avec le temps le tabouret devient table, puis la table devient baraque, avant qu’un soir, la baraque se surprend d’avoir des murs en brique et des vraies tôles sur une caisse métallique flanquée d’un vrai cadenas, et hop, ce qui avait été détruit est réhabilité.

Je disais que lorsque vous êtes devant le Zoo, des vendeurs de yaourt de toutes sortes vous envahissent. Achetez en, buvez en. Le sachet vous restera entre les mains. Car dans vos nombreux travaux, vous n’avez pas envisagé, jusque là, de mettre de simples poubelles, au fil des casses, pour tester la bonne foi de l’ivoirien. Cassez aujourd’hui. Ils reviendront. Car jamais il n’y a de suivi. Jamais avant de casser le budget qu’il faut pour valoriser n’est prêt. Et toujours, les hommes en tenue, en charge de réprimer les récalcitrants, sont corrompus. Vous-même vous constaterez avec les ivoiriens.

A bientôt. En espérant que vous me lirez. Cordialement.

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