Côte d’Ivoire : Décembre des Lumières et des Pétards

Lumieres devant la mairie à Abobo (Ph.Badra)

Lumières devant la mairie à Abobo                            (Ph.Badra)

C’est désormais une habitude, dans ce pays. Ne rien trouver de mieux que d’offrir à coup de millions, chaque fin d’année un spectacle de lumière et de pétards aux populations. De mémoires d’ivoiriens, le premier spectacle offert par l’Etat de Côte d’Ivoire fut funeste. Les langues de serpents ont vite conclu aux rites sacrificiels pour bénir le nouveau pouvoir d’Abidjan. Ensuite, tirant les leçons de cette expérience macabre, l’Etat a opté pour la décentralisation du spectacle. Ce fut la lumière et les feux d’artifices pour toutes les communes et villes du pays. Cette stratégie visait à éviter les encombrements et embouteillages humains au Plateau le soir du 31 décembre.

Abobo, la fameuse commune martyre a eu son spectacle. Il parait que ce spectacle n’avait d’égal. Même ceux respectivement offert par le Président de l’Assemblée nationale à la ville de Ferké, ou à la ville de Grand-Lahou par  le député Djaha Jean, ne pouvaient prétendre rivaliser avec les lumières d’Abobo dans lesquelles quelques ivoiriens toujours farfouilleurs ont décelé des symboles francs maçonniques.  Dans tous les cas, les ornements lumineux ont ébloui la commune du député, maire, ministre Tounkara.

Abobo a eu depuis, quelques routes. Certainement, et dit-on, pour dire merci aux villages Ebrié qui dans le fond avaient manifesté une certaine proximité à la LMP. Aujourd’hui Akeikoi est fière et Abobté a un beau bitume. Le Président en plus de ces routes a promis de  l’eau pour tous et un bain pour chacun à l’horizon 2020.

Mais dans le fond, il faut dire qu’Abobo, il n’y a pas eu de changements majeurs. Et les lumières installées pour cette fin d’années ne peuvent que mettre en relief sous d’autres couleurs ce qui le jour ne prends plus le soin de cacher. Les lignes de bus n’ont point évolué, ce qui d’ailleurs faits l’affaire des gbakas, la nouvelle gare dite internationale chôme faute de clients, les lacs sont encore présents et l’ombre des microbes planent toujours, les FRCI occupent toujours les résidences universitaires et semblent s’y plaire… Malgré tous ces aspects, la vie continue. Le peu qui a été fait doit satisfaire.

Pour cette fin d’année, les ivoiriens ont ressorti les arsenaux qui avaient littéralement disparu depuis le coup d’Etat de 1999 par feu le Général Guei Robert : les pétards. Quand on dit que le Dioula exagère dans tout, c’est simplement reprendre avec beauté cette phrase d’Amadou Kourouma  l’anus de l’Hyène sent. Et quoi! Est cela prendre la coupe au sens de Billy Billy, le courageux peureux ? Depuis l’ouverture du nouveau pont, les ivoiriens ont renoué avec les pétards. Partout dans les rues, comme si la licence était accordée, les explosifs de toutes formes, de tous calibres, de tous les couts ne manquent pas dans les assiettes des vendeuses, de mes sœurs dioula. Et ils se vendent comme des petits pains. Ainsi depuis une dizaine de jour, Abidjan est rythmé par les sons d’éclatement de pétards qui rappellent d’autres sons entendus pendant la crise post-électorale.

Pétards ici, pétards par là. Les communes et quartiers où sont mes frères battent le record de bruits qui déchirent sans élégance tous les petits moments de repos, de tranquillités. Il faut dire que cette situation profite à tous les petits voleurs et braqueurs disposant d’une arme à feu ; car les sons entendus ne différèrent en rien de ceux que produire une arme réelle. Selon une dame, « alors qu’on était quiet à la maison, pensant que c’était des pétards, des malfrats ont dévalisé la boutique du quartier. » Et une autre de déplorer le danger que ces joujoux pourraient constituer pour les enfants. En espérant que le PrADO envisage déjà une solution.

Voilà 2014 qui s’en va. Tranquillement. Marqué par les scarifications de nombreuses promesses faites, mais à moitié non satisfaites par les hommes du pouvoir. 2014 fut une année de grandes décisions ou solutions à quelques situations vites passées aux oubliettes comme c’est toujours le cas dans cette Afrique où les vilaines habitudes sont teigneuses.

–  Il y a eu le péage. La route qui était censé faire circuler l’argent dans les poches des ivoiriens toujours plaintifs et à plaindre, n’a fait qu’augmenter la colère des voyageurs. Les prix du péage n’ont pas évolué d’un iota malgré les plaintes des populations. Les usagers de l’autoroute paye, quant à eux pour les transporteurs, les coûts de passages, car les tarifs des tickets de toutes les compagnies devant emprunter cette belle voie, ont augmenté d’au moins 100FCFA.

– Il y a eu les fameuses interdictions : de téléphoner au volant, de fumer dans les lieux publics, d’utiliser les sachets en plastique. Les policiers ont traqué, jusqu’en se lasser très vite. comme à leur habitue, ils aiment courir vite oubliant qu’ils s’essoufflent très vite face à la beauté de dame racket et ses sourires envoutant. On fume désormais en public, ont téléphoné au volant…la période de la mode des traques policières est déjà dans les oubliettes. Encore, les sachets circulent, car « quand on interdit, on propose de solutions : création d’espace fumeurs par exemple » confie un fumeur.

– Il ne faut pas mettre sous le boisseau les nombreux admis au CEPE  au BEPC à 80 points. Nombreux admis, très peu orientés. Comme si le Ministère de l’Education nationale voulait faire plaisir aux parents en programmant des succès de masse. A l’enseignement supérieur, le spectre d’un Ministre,  qui aime à penser et croire que ses fantasmatiques visions ses rêves sont des prophéties.  M. Gnamien Konan qui dont le rêve publique est de faire de tous les ivoiriens des informaticiens comme lui – alors qu’il y a une quantité de diplômés en informatique qui chôment dans ce pays – annonce des reformes à l’Université qui ne manquent pas de critique de la part des enseignants, étudiants, parents : Projet de mathématisation et d’informatisation des Lettres, projet de licence en 4 ans, projet de faire de tous les étudiants les anglophones…Personne ne sait d’où il tire son inspiration, mais ce Monsieur est un cas à psychanalyser. Car jusqu’à présent nos chers universités n’ont pas l’ombre d’une bibliothèque encore moins de laboratoires équipés. Ne le sait-il pas ? Ou bien Gnamien Konan, l’enthousiaste voudrait-il que les scientifiques poussent comme des champions?

–  Aussi, il y a le Pont de tous les espoirs. Promis depuis plus de 25 ans et réalisé en 25 mois. HKB le petit ruisseau de Daoukro est fièrement immortalisé. Les journalistes adorateurs vont nous tuer un jour par leur verve savoureuse. Le pont promis entraine une autre promesse. Le patron du PDCI a réitérer son soutien sans faille à son frangin aux solutions. Gbagbo de sa prison hollandaise devrait se dire «Diantre, comment un violé peut-il tant aimer son violeur ? » C’est aussi cela l’amour non ? Le pont est une merveille que nous allons devoir payer durant 30 ans au concessionnaire. L’Afrique devra apprendre à faire confiance à ses propres Ingénieurs. Ce pont se trouve être la nouvelle route directe et discrète pour le PRADO quand il rentrera de ses nombreux pérégrinations et ballades internationales.

– Avant le pont, il y a eu la Révolution acte 2 chez nos voisins et frères balafrés. Le printemps burkinabé. Depuis Beau Capitaine Compaoré a, pour utiliser cet euphémisme diplomatique, démissionné pour venir communier avec les caïmans ingrats de Yamoussoukro où il a trouvé refuge. Le beau Blaise semble avoir été piqué par le virus des voyages Magellantiques. Apres avoir posé ses valises, il a déjà en un temps records effectué un tour pour manger du bon couscous avec le Roi du Maroc. Ce qui est sûr on est ensemble. C’est la famille. Et il y a toujours une solution dans ce pays.

– En 2014, il y a eu des bruits de bottes de quelques mécontents de la grande muette. Ces bruits n’ont pas laissé indifférents le Brave-Tchè. Mais il n’y a pas pas de problème sans Solutions aux pays des éléphants. En parlant d’Elephant, il faut dire aussi dire que sportivement l’année fut marquée par une tension en Pro Drogba et Pro Yaya. Malgré ces tensions et toutes les frayeurs, les pachydermes footballeurs se sont fait abattre par les Lions indomptables avant d’obtenir in extremis une hypothétique qualification pour la prochaine CAN.

– En 2014 il y a eu Ebola et Boco Haram, mais Dieu merci, en dehors des rumeurs, le pays a été préservé grâce à un achat massif et national de toutes les couleurs de Solutions hydro-alcooliques. Enfin, en 2014 il y a eu l’ouverture du fameux procès de Simone la terrible avec ses 82 amis coaccusés. On a pu la voir enfin. Les sauces d’Odienné doublées du foutou manioc des odiénnéka,  la prière et le recueillement depuis ses geôles luxueuses ont renforcé la noirceur de son teint d’ébène et ramollient son regard de lionne.

–  2015 arrive, au galop, avec une escorte démesurée. Un quinquennat est vite passé. Les microbes agissent encore, le racket s’est accentué sur les routes et dans les hôpitaux, l’école est aux cœurs de nombreuses reformes expérimentales et incessantes, les éléphants ont comme à leur habitudes réussi à se qualifier pour la prochaine CAN, les 1 millions d’emploi promis n’ont pas été atteint. Mais 2015 est l’année d’élection. De nouvelles promesses viendront galvaniser encore l’ardeur des votants. C’est aussi ça la vie.

Paix et amour pour tous les éléphants/

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