Musée du Costume de Grand-Bassam: La Côte d’Ivoire à travers ses vêtements

Une vue du Musée National du Costume ( Ph.Badra)

Une vue de profil du Musée National du Costume ( Ph.Badra)

Les musées en Côte d’Ivoire, il y a en a peu. Dieu seul sait pourquoi. En dehors du Musée national du costume de Grand-Bassam et du trop modeste bâtiment abritant le Musée des civilisations d’Abidjan, qui – selon les communications autour – a subit les effets collatéraux de la guerre d’avril 2011, on compte deux musées régionaux. A Korhogo au nord, capitale du Pôrô, le bâtiment, devenu savane clôturée, est fermé tandis qu’Abengourou, capitale de l’Indenié à l’Est, joue le maintien.

Pour la nième fois, nous avons visité le Musée qui est à Grand-Bassam, première capitale ivoirienne. Ville historique et balnéaire, elle est patrimoine mondiale de l’UNESCO. A l’angle de la rue du Angoulvant, dans les environs de la Préfecture et face à l’ancien Palais de justice, se dresse tout mélancolique l’ancien Palais des Gouverneurs.

D’après l’écriteau à l’entrée, le bâtiment fut érigé en Palais des Gouverneurs en 1893. Ce fut d’ailleurs le premier du genre, avant celui de Bingerville aujourd’hui Orphelinat National et d’Abidjan détruit. Bâti dès 1849, le bâtiment qui a servit de Palais des Gouverneurs jusqu’au transfert de la capitale à Bingerville, a subi au fil des années des adaptations architecturales. La colonisation n’étant plus, il sert aujourd’hui de musée national. Deuxième plus grand musée du pays, le Musée National du Costume de Grand-Bassam existe depuis 1981.

Des passants, visiteurs et des habitants qui fréquentent le quartier France de la ville, très peu semblent intéressés ou attirés par le bâtiment de deux étages dont la cour est très calme. Un regard prospectif, laisse toute personne s’interroger sur ce qu’on pourrait voir de bon en un endroit aussi peu attirant, méconnu, par défaut de communication et mal achalandé, si on peu utiliser le terme. D’ailleurs, combien d’Ivoiriens fréquentent par curiosité ou désir de culture les musées nationaux ? Question.

Costume de chefferie Akan (Ph.Badra)

Costume de chefferie Akan (Ph.Badra)

La cour est presque toujours vide. Et dans le hall d’accueil et d’informations, les travailleurs sont assis. L’ennui règne en ce lieu, ou bien c’est la concentration méditative qui s’impose. Rien donc d’anormal. En effet, dans la plupart des grands musées, l’ambiance est plutôt calme. Très calme d’ailleurs. Les hommes et les femmes viennent voir, admirer, lire les fiches descriptives quelque fois interroger, puis s’en vont. Le Musée de Grand-Bassam n’échappe pas à cette réalité. Seulement, sa trop calme ambiance inquiète. Tout de même.

Salle d'exposition Musée de Bassam (Ph.Badra)

Salle d’exposition Musée de Bassam (Ph.Badra)

Les personnes qui ont déjà visité l’endroit, peuvent penser ou même rapporter qu’il n’y a rien de bon à voir. Mais, un tour motivé dans le vieux Palais permet d’avoir, pour les chanceux un bon temps d’échanges avec les animateurs et guides de la maison dont le bagout et la verve savoureuse transportent le visiteur au quatre coin du territoire national ivoirien en parcourant l’histoire des peuples à travers les quelques pièces représentatives de l’habitat et des vêtements des grands groupes ethniques du pays.

 La visite se déroule en cinq étapes. Du haut vers le bas ou du deuxième étage au premier. Si on peu le dire. D’abord la salle de bain des Gouverneurs (#1). Il n’y a aucune indication en termes de date. Seule information, elle a été conservée. Et c’est un mérite qu’il faut reconnaître à nos muséologues. Une salle de bain moderne, issue d’une époque lointaine dont les robinets été alimentés par un système d’adduction à traction manuelle permanent. L’eau qui innervait les tuyaux de cuve, coulait en permanence parce que des individus, par la force de leurs muscles tournaient de jour comme de nuit en non stop une manivelle au dessus d’un puis dix mètres (10) plus bas.

Photo de portage (Ph. Badra)

Photo de portage (Ph. Badra)

Ensuite vint la revue de clichés de l’époque coloniale accompagnée du récit commenté de l’histoire du travail forcé (#2) à travers quelques vieilles photos encadrées. Des plus remarquables, on compte le creusage d’une tranchée du chemin de fer dans la région de l’Agneby et le portage d’un colon dans un hamac par quatre gaillards aux cheveux crépus et bien encadrés par des gardes habilement vêtus. C’était la voiture officielle  de l’époque et le cortège. Il y a aussi des images « très exotiques » dignes films de guerriers barbares dans lesquelles les têtes tombent et trônent au sommet de pieux après chaque conquête. Toujours dans l’Agnéby,  des têtes de rebelles Abbey sur des pieux, brandies en trophée et symbolisant la fin du matage de ceux qui ont eu la folie de se révolter contre l’autorité et le courage d’avoir avec de la viander un certain Rubino. Enfin pour terminer, en beauté la sélection une scène de marché montrant un colon tripotant et testant la fermeté des seins nus surement d’une esclave. Selon les interprétations et explications, c’était la meilleure façon de choisir sa par soi même sa prochaine monture nocturne. Par Zeus que cette affaire  de seins clairs remonte à bien longtemps.

La visite de l’étage supérieur finie par la salle où se bunkerisaient les Gouverneurs quand des troubles venaient à éclater (#3). La grande salle vide au planché suintant, n’offrait à voir qu’un faux mur flanquer d’une échelle. Pour ceux qui connaissent l’histoire récente de la Côte d’Ivoire sauront ce qu’un bunker, un endroit où on se cache quand on n’as pas le courage d’assumer ses actes. Bref, le bunker est donc lié aux viscères de la chère patrie d’Eburnie. Qui donc est fou ? Chacun prévoit son échappatoire. L’idée de la mort, hante et effraye même les plus téméraires. Il faut descendre, maintenant pour mieux comprendre le sens et la raison du musée.

La découverte des différents habitats des grands groupes ethniques fait suite à celle du Bunker. En effet l’étape #4 de la visite donne à voir des maquettes savamment disposées en fer de cheval autour de la salle principale d’exposition. A chaque extrémité du fer de cheval se dresse une gigantesque statue. La première est celle d’un chasseur rapportant son gibier au cou et la deuxième représente une femme portant son enfant. Entre chaque statue en bois, les maquettes alignées le long du mur présentent chacune un type d’habitat d’un grand groupe ethnique. Chaque maquette quelque soit l’habilité de son artisan demeure muette. Les cartons descriptifs ou indicatifs sont tantôt illisibles, tantôt inexistants. Mais bon, les yeux trouvent leur plaisir à voir et cette absence d’information invite le visiteur à soit imaginer soit trouver par lui même à quel groupe correspond tel ou tel type d’habitat.

Enfin (#5) la salle d’exposition. Du nord au Sud, de l’Est à l’Ouest, via le Centre, les grandes les vêtements de la royauté, de la chefferie, de la paysannerie, de la religion, de la création, de la danse, de la culture, de l’initiation…sont représentées. Groupe Akan, groupe Mandé, groupe Krou, groupe Voltaïque tous se retrouvent.  On s’attendrait à voir 61 types de costumes, comme le pays compte 61 ethnies. Mais non. Ils ont été regroupés selon leurs habitudes et les aires culturelles et les costumes exposés semblent parfaitement représenter ce regroupement. Pour combler la trop grande vacuité de la trop grande salle d’exposition, le guide explique, pare son discours qui transporte le visiteur d’un point à l’autre du pays. Les épisodes superfétatoires dans le bâtiment (visite de la salle de bain, du bunker, les maquettes d’habitats…) en ce lieu où le vêtement, restent donc nécessaires.

On devrait repartir satisfait de la visite. Mais on repart à demi satisfait. Pour un pays qui compte 61 ethnies, la salle d’exposition devrait être beaucoup plus parlante. Des écriteaux pourraient aider les visiteurs solitaires qui n’ont point la chance de bénéficier d’une visite guidée enfin, une communication sur le musée à cette époque où les réseaux sociaux ouvrent à toutes les fourmis l’opportunité de se faire connaitre au monde serait un atout. Aussi la Cote d’Ivoire a connu une période pré et post coloniale. Entre ces deux moments, le type d’habillement des ivoiriens a considérablement évolué. La Musée pourrait donc s’inspirer de ces changements pour mieux s’achalander.

Le Musée national du costume a le mérite d’être unique en son genre. Ses travailleurs ne manquent certes pas d’imagination, mais leur bonne volonté à mieux faire leur travail se heurte souvent à la précarité de leur condition de travail semble t’il. Cette situation les a conduits à observer souvent des moments de grèves entraînant la fermeture de l’établissement. La dernière date du mois d’avril. Déjà qu’il draine peu de visiteurs, s’il faut compter des jours de fermeture, c’est toute la culture ivoirienne qui prendrait un coup.

A bon en tendeur salut.

8 Commentaires

    1. On n’a pas besoin de tirer la Sonnette ho;. Les autorités en charge de ces questions, le savent bien. Ils voyagent au frais du contribuable et visite de nombreux lieux pareils, mieux que chez eux. Mais pourquoi ameliorez ce qui n’est que lieu culturel? Ont-ils fini d’abord de se servir…

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *