L’AUTRE COCODY, Quand la mort rode autour des enfants

Cocody, Petite ourse. Nous ne sommes pas loin de l’Eglise St. Jean et de la voie qu’empruntent de nombreuses personnalités pour se rendre chez elles.Les circonstances font penser à une chanson du zouglouman ivoirien Vieux Gazeur. Il s’agit de SICOGI.
Facade d'un batiment, SICOGI, Cocody (Photo, Badra)

Facade d’un batiment, SICOGI, Cocody (Photo, Badra)

En chantant SICOGI, il n’eut point tort. Louanges ou diatribes à l’endroit de ces logements sociaux d’Abidjan? Difficile de répondre quand-on sait que l’artiste lui-même est issu du milieu. En substance, il avance que SICOGI est un quartier populaire où vivent de modestes familles. Presque dans toutes les communes d’Abidjan, ce type de logement existe. Les maisons SICOGI sont des HLM. Abobo, Yopougon, Koumassi, Marcory, Cocody, le décor est identique. Même pareil. Les traits des habitants sont communs : Si ce ne sont pas des vieux retraités, turfistes dans l’âme qui consacrent leurs journées aux jeux de dames ou au ludo quant ils sont paumés, c’est une jeunesse étouffée, par la pauvreté et le chômage qui rempli  les maquis et les bistrots en quêtes d’inspiration. Dans ces quartiers, tout le monde s’en fou. « On mange, on boit, on grè (fait l’amour) le surplus on s’en gnagne (s’en fou) ». C’est l’artiste qui le dit.

Enfant jouant sous un batiment (Photo Badra)

Enfant jouant sous un batiment (Photo Badra)

Si dans toutes les communes, ou presque, il y a des logements sociaux de ce type, si des traits communs peuvent être établis entre les habitants de ce type de logements, ceux de Cocody devraient se démarquer. Parce que nous sommes à Cocody. La commune résidentielle. Là où tout le monde auraient souhaité vivre, s’il le pouvait. Car ici, ne réside pas qui veut, mais qui peut. Hélas, cette façon de penser, n’est qu’une vue de l’esprit. Cocody est parsemé d’une vingtaine de bidonvilles, sans que cela ne flétrisse la beauté de cette belle commune. Mais il y existe de bâtiments sociaux  de la SICOGI, dont les bolides sur les parkings trahissent, tout de suite le statut social de ceux qui peuvent vivre dans certains bâtiments comme ceux du Quartier Petites ourses.  Dans l’ensemble, le décor qu’on y trouve  est déprimant. Les façades sont sales, délavées, dégradées. Les couloirs, souvent lugubres avec ses colonies de souries géantes qu’aucun chat, même affamé, n’oserait chasser. Les dessous d’escalier et entresol, transformés en poubelle, dépotoir grouillent de cafards…

Le bâtiment qui attire notre attention, en plus de remplir toutes les conditions, digne d’un bâtiment de la SICOGI, constitue un danger permanant pour tous ceux qui ont le malheur d’y vivre, de s’y retrouver. La façade en bois, qui sert à la fois s’accoudoir et de protège escalier, a cédé. Le lourd assemblage de chevrons, est cassé en son épine dorsale. Pour maintenir cette façade de la hauteur de quatre ou cinq étages, des esprits tordus, au lieu de s’organiser pour effectuer des travaux sérieux et d’urgence, n’ont pas trouvé mieux qu’une minable solution de fortune qui est peut regardable : appeler un Tôclô, pour faire du coupé-clouer. Des planchettes, une quinzaine, format 4cm/2cm sont agrafées ici et là pour soutenir le lourd édifice. On se croirait dans le décor d’un film où des fugitifs, traqués par des loups garous colmatent, portes et fenêtres, avec des planchettes et marteaux (on trouve bizarrement toujours ce type d’outils dans les films de loup-garou) de la maison où, ils trouvent refuge la nuit.

Logiquement, et à cause de la menace, qu’il constitue, le bâtiment devrait être classé, non habitable, non fréquentable et danger public jusqu’à nouvel avis. Mais qui oserait le faire ?  En dessous cette façade chancelante, et prête à se fracasser un matin, des enfants jouent, ignorant tout le danger qui plane au dessus de leurs jeunes cranes. Ils ne s’en soucient même pas. Les plus frêles, font des va-et-vient dans les escaliers en bois, rongés au fils du temps par les montées et descentes des usagés. Insouciance, innocence ou ignorance de ces enfants ? Ils ont toujours joué ici, ils jouent et joueront  là. Pour eux tout est normal. Mais à voir le bâtiment, le simple passant se sent en danger face à cette maudite façade colmatée, comme un blessé dans une bande dessinée. Que dire alors des parents ? Pauvres ou modestes ? Non. Les carrosses dans le parking invalident cette hypothèse. Inconscients et pingres ou « zivoirien ». Possiblement oui.

En chantant, Vieux Gazeur, a fait redécouvrir, les stéréotypes que les ivoiriens attribuent à ces quartiers et leurs populations. Et ces derniers, dans la majorité des cas, ne font rien pour justifier le contraire. Et même si l’évocation du nom SICOGI pourrait indexer une société immobilière, qui reste irréprochable pour avoir honoré ses engagements : construire, il incombe naturellement aux habitants et acquéreurs, par devoir, d’être plus responsables et citoyens dans la gestion de leur environnement. Peace.

1- Tôclô Tôclô : tailleur bricoleur, généralement des ghanéens ou des nigériens,   Champion de la débrouillardise et des petits métiers, qui se promènent en longueur de journée avec leur machine à coudre à l’épaule, une paire de ciseau métallique bruyante en main, pour raccommoder des vêtements usés.

Photos sur ma Page FaceBook.

4 Commentaires

  1. Tu sais, c’est comme le quartier Bonapriso à Douala. C’est le quartier des plus riches. Pourtant, des milliers des démunis vivent autour. Pas possible! Mais, je lisais un vieux Jeune Afrique hier avec en Une, une enquête sur Didier Drogba. Et il avait achété son terrain dans ce quartier. Pas possible!

    1. Ils sortiront leur portefeuille quand un jeune crane sera fracassé unn de ces jours. Prions pour que cela n’arrive pas et qu’un enfant paye les frais de l’avarisme programmé de parents inconscients. C’est ca l’Afrique. On n’a pas le sens de la prevention. C’est quand tout est gnagami qu’on vient regarder pour budgetiser. Peace.

Ajouter un Commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *